37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira. |
Le Sauveur compare la situation des serviteurs de Dieu dans le peuple de Dieu à celle d'un esclave intendant. Il nous paraît aujourd'hui étrange de confier le soin de la maison et des serviteurs à un esclave. Mais dans l'Antiquité, une telle pratique était assez largement répandue : tout dépendait de la mesure de confiance du maître envers tel ou tel esclave.
Une telle situation était particulièrement répandue là où, comme en Israël puis en Judée, l'esclavage était domestique, de sorte que les esclaves vivaient dans la maison en fait comme des membres plus jeunes de la famille. Si le maître de maison plaçait l'un de ces esclaves comme intendant en son absence, cet esclave ne cessait évidemment pas d'être esclave, mais le cercle de ses devoirs, et donc de ses droits dans la maison, s'élargissait considérablement, se rapprochant des devoirs et des droits du maître.
Mais on ne pouvait parler des devoirs et des droits d'un tel intendant qu'en relation avec les autres esclaves et serviteurs de la maison, qui lui devaient une soumission formelle ; envers le maître, il restait esclave, lié à lui par ces relations en partie formelles et en partie personnelles qui unissaient habituellement maître et esclave dans une situation d'esclavage patriarcal. Et seule la stabilité de ces relations, seule la bienveillance du maître déterminait la position de l'esclave dans la maison, décidait s'il resterait intendant ou non, et comment le maître agirait avec lui à son retour. L'esclave en lui-même, bien sûr, n'avait et ne pouvait avoir aucun droit ; malheur à l'esclave qui l'oubliait. Ce sont précisément de telles relations que Jésus donne en exemple comme analogue terrestre des relations du Royaume.
En un certain sens, dans le Royaume tous sont sans droits, sauf le Roi qui a apporté ce Royaume dans le monde : car personne ne l'a mérité et personne ne peut y entrer par droit. Et lorsque le Royaume se projette dans notre monde encore non transfiguré, il arrive souvent que le serviteur de Dieu reçoive un pouvoir sur les hommes, parce que les lois du monde non transfiguré supposent un tel pouvoir : Dieu agit dans notre monde de telle sorte que Son action procède pour ainsi dire de l'intérieur, sans faire exploser le monde ni le détruire.
Ici tout dépend déjà de ceci : un tel serviteur se sentira-t-il dans la position de l'esclave auquel le vrai Maître a confié l'administration temporaire de Sa maison, ou s'imaginera-t-il disposer de pleins droits, droits qui ne seraient pas conditionnés par la situation concrète du service, mais lui appartiendraient dès l'origine en vertu d'un statut particulier ou d'une position particulière dans le Royaume ? Et il ne s'agit pas de dire que le vrai Maître serait vexé et voudrait punir l'usurpateur, mais de comprendre que toute tentative d'affirmation de soi dans sa propre indépendance sépare celui qui tente de le faire du Royaume. Et donc de Celui qui a apporté le Royaume dans le monde.
35 « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. |
36 Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. |
37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira. |
38 Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s’il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils ! |
39 Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. |
40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. » |
41 Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tout le monde ? » |
42 Et le Seigneur dit : « Quel est donc l’intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur ses gens pour leur donner en temps voulu leur ration de blé ? |
43 Heureux ce serviteur, que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte ! |
44 Vraiment, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens. |
45 Mais si ce serviteur dit en son cœur : « Mon maître tarde à venir », et qu’il se mette à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, boire et s’enivrer, |
46 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas ; il le retranchera et lui assignera sa part parmi les infidèles. |
47 « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups. |
48 Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre. À qui on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage. |
49 « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! |
50 Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé ! |
51 « Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. |
52 Désormais en effet, dans une maison de cinq personnes, on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois : |
53 on sera divisé, père contre fils et fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et bru contre sa belle-mère. » |
54 Il disait encore aux foules : « Lorsque vous voyez un nuage se lever au couchant, aussitôt vous dites que la pluie vient, et ainsi arrive-t-il. |
55 Et lorsque c’est le vent du midi qui souffle, vous dites qu’il va faire chaud, et c’est ce qui arrive. |
56 Hypocrites, vous savez discerner le visage de la terre et du ciel ; et ce temps-ci alors, comment ne le discernez-vous pas ? |
57 « Mais pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? |
58 Ainsi, quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, tâche, en chemin, d’en finir avec lui, de peur qu’il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre à l’exécuteur, et que l’exécuteur ne te jette en prison. |
59 Je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu même jusqu’au dernier sou. » |
Le thème de la soudaineté, de l'inattendu, revient souvent dans les paraboles du Sauveur sur le Royaume. Comme dans le cas du maître de maison qui apparaît alors que ses serviteurs ne s'attendent nullement à son retour. Une visite aussi soudaine peut jouer le rôle d'une sorte d'exercice d'alerte : puisqu'on ne sait jamais exactement à quoi s'attendre, il faut rester constamment prêt à tout.
C'est bien sûr une qualité importante pour la vie spirituelle, et pour la vie en général. Mais il ne s'agit pas seulement d'être constamment prêt. Il s'agit aussi de l'état intérieur que suppose cette disponibilité. Être toujours prêt à tout est impossible par principe, du moins au sens où l'on parle de préparation dans la vie de ce monde. Dans notre monde, être prêt signifie généralement avoir prévu des réactions à certaines situations elles-mêmes anticipées.
Ces réactions sont consignées dans les instructions correspondantes, que les responsables des décisions sont tenus de suivre. Mais prévoir à l'avance toutes les situations possibles est une tâche irréalisable. Ce n'est même pas parce qu'elles sont en nombre infini, mais parce qu'à chaque instant donné, nous ne pouvons, par principe, prévoir que certains types de situations, liés à ce que nous savons à cet instant précis. Autrement dit, à tout moment peut, en principe, se présenter une situation absolument imprévisible.
Absolument imprévisible signifie impossible à prévoir non par manque d'informations ou d'outils de prévision, mais par principe, même si nous disposions de toutes les informations existant dans le monde à cet instant et de tous les outils de prévision possibles au même moment, dans les limites permises par la nature de notre monde.
Dans l'évolution de tout système complexe, il existe des moments où il est impossible, par principe, de prévoir son évolution à partir de son état présent. Les scientifiques appellent ces moments des points de bifurcation. Mais le système ne reste imprévisible que vu de l'extérieur. De l'intérieur, la situation apparaît autrement : tout dépend entièrement soit du hasard, soit du choix de celui qui se trouve dans une telle situation.
Or le retour du Sauveur et la plénitude du Royaume entièrement dévoilée supposent précisément que le monde passe par un tel point de bifurcation. Un moment où rien ne peut être calculé ni prévu à l'avance, et où tout est déterminé par le choix concret de chacun. Si l'homme participe à la vie du Royaume avant même que ce moment n'arrive, celui-ci ne le prend pas entièrement au dépourvu, ne le fait pas dévier de sa route et ne le désoriente pas jusqu'à le rendre totalement incapable de prendre des décisions. C'est cela, être prêt à rencontrer le maître qui revient. Le Roi. Et le Royaume dans toute sa plénitude.
35 « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. |
36 Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. |
37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira. |
38 Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s’il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils ! |
39 Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. |
40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. » |
41 Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tout le monde ? » |
42 Et le Seigneur dit : « Quel est donc l’intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur ses gens pour leur donner en temps voulu leur ration de blé ? |
43 Heureux ce serviteur, que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte ! |
44 Vraiment, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens. |
45 Mais si ce serviteur dit en son cœur : « Mon maître tarde à venir », et qu’il se mette à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, boire et s’enivrer, |
46 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas ; il le retranchera et lui assignera sa part parmi les infidèles. |
47 « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups. |
48 Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre. À qui on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage. |
49 « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! |
50 Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé ! |
51 « Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. |
52 Désormais en effet, dans une maison de cinq personnes, on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois : |
53 on sera divisé, père contre fils et fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et bru contre sa belle-mère. » |
54 Il disait encore aux foules : « Lorsque vous voyez un nuage se lever au couchant, aussitôt vous dites que la pluie vient, et ainsi arrive-t-il. |
55 Et lorsque c’est le vent du midi qui souffle, vous dites qu’il va faire chaud, et c’est ce qui arrive. |
56 Hypocrites, vous savez discerner le visage de la terre et du ciel ; et ce temps-ci alors, comment ne le discernez-vous pas ? |
57 « Mais pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? |
58 Ainsi, quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, tâche, en chemin, d’en finir avec lui, de peur qu’il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre à l’exécuteur, et que l’exécuteur ne te jette en prison. |
59 Je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu même jusqu’au dernier sou. » |
La lecture d'aujourd'hui touche un autre thème, très important pour comprendre ce qu'est la vie dans le Royaume. Mais le sens des paroles de Jésus ne devient clair que dans le contexte de la situation de cette époque de transition qui a commencé avec la venue du Sauveur et dans laquelle nous vivons. On pourrait l'appeler l'époque du Royaume qui vient, et elle s'achèvera par le retour de Jésus. Mais puisque nous ne connaissons pas les dates exactes de ce retour, la disponibilité est requise toujours, chaque jour et à chaque heure.
C'est précisément là le sens des paraboles racontées par Jésus (v. 36-48). Car lorsque, dans l'Évangile, il est question de la proximité du Royaume, il ne s'agit pas de la date de la seconde venue du Christ, mais du fait que le Royaume est déjà entré dans le monde, que sa présence pour nous aujourd'hui n'est déjà plus future mais présente; et si nous ne remarquons rien de semblable, c'est seulement parce que nous ne voulons pas le remarquer. Certes, il arrive que, sur ceux à qui Dieu confie des ministères liés au Royaume, l'éloignement apparent du terme du processus ait un effet relâchant, semblable à celui qu'avait sur le serviteur déchaîné de la parabole la pensée que le maître était loin (v. 45).
Il n'est pas étonnant que ceux qui savaient tout et qui, malgré cela, se sont permis de se relâcher soient l'objet d'une exigence plus sérieuse que ceux qui savaient moins (v. 47-48). Mais autre chose est intéressant. Dans le monde, il y a ceux qui savent davantage et ceux qui savent moins, mais, semble-t-il, il n'y a personne qui ne sache rien. Ce n'est pas un hasard si Jésus compare les signes du Royaume qui vient aux signes par lesquels, en ce temps-là, on déterminait l'approche d'un changement de temps: ils étaient tout aussi évidents et tout aussi compréhensibles pour chacun, de sorte qu'il était tout simplement impossible de ne pas les remarquer du tout et de ne rien comprendre (v. 54-57).
C'est précisément pourquoi la venue du Royaume divise les hommes, et la division, semble-t-il, ne passe pas par une frontière nationale, sociale ou religieuse, mais par-dessus toutes les frontières, séparant ceux qui accueillent le Royaume de ceux qui le rejettent, parfois vivant non seulement dans le même pays et la même ville, mais même dans la même maison (v. 51-53). Et cela arrive non parce que Dieu aurait besoin de divisions, mais parce que le Royaume est une réalité absolue: il est impossible d'y entrer en partie ou à moitié, et même d'y entrer «presque complètement» ne réussira pas. On entre dans le Royaume jusqu'au bout et sans regarder en arrière, ou bien on n'y entre pas du tout. Voilà pourquoi, dans l'Église, selon la parole de l'apôtre Paul, il ne peut y avoir «ni Grec ni Juif»: si l'Église demeure le Royaume et ne se transforme pas en organisation religieuse parmi beaucoup d'autres, une seule division reste actuelle pour elle: entre ceux qui accueillent le Royaume et ceux qui le rejettent. Toutes les autres divisions sont conditionnelles et relatives; celle-ci est absolue, aussi absolue que peut l'être la séparation entre la vie éternelle et la mort éternelle.
35 « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. |
36 Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. |
37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira. |
38 Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s’il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils ! |
39 Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. |
40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. » |
41 Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tout le monde ? » |
42 Et le Seigneur dit : « Quel est donc l’intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur ses gens pour leur donner en temps voulu leur ration de blé ? |
43 Heureux ce serviteur, que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte ! |
44 Vraiment, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens. |
45 Mais si ce serviteur dit en son cœur : « Mon maître tarde à venir », et qu’il se mette à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, boire et s’enivrer, |
46 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas ; il le retranchera et lui assignera sa part parmi les infidèles. |
47 « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups. |
48 Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre. À qui on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage. |
49 « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! |
50 Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé ! |
51 « Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. |
52 Désormais en effet, dans une maison de cinq personnes, on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois : |
53 on sera divisé, père contre fils et fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et bru contre sa belle-mère. » |
54 Il disait encore aux foules : « Lorsque vous voyez un nuage se lever au couchant, aussitôt vous dites que la pluie vient, et ainsi arrive-t-il. |
55 Et lorsque c’est le vent du midi qui souffle, vous dites qu’il va faire chaud, et c’est ce qui arrive. |
56 Hypocrites, vous savez discerner le visage de la terre et du ciel ; et ce temps-ci alors, comment ne le discernez-vous pas ? |
57 « Mais pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? |
58 Ainsi, quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, tâche, en chemin, d’en finir avec lui, de peur qu’il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre à l’exécuteur, et que l’exécuteur ne te jette en prison. |
59 Je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu même jusqu’au dernier sou. » |
La venue du Royaume de Dieu est un mystère peut-être aussi grand que celui du Royaume lui-même. C'est pourquoi le Seigneur appelle les disciples à veiller, afin de ne pas manquer ni laisser passer dans leur sommeil la venue du Royaume dans leur vie. Il ne s'agit probablement pas seulement d'être constamment prêts à mourir ou à accueillir la Seconde Venue du Christ.
Le Christ entre aussi dans la vie humaine au moment où l'homme s'y attend le moins : à tout instant, nous pouvons nous trouver devant un choix d'une importance vitale ou une rencontre décisive. Malheur à celui qui ne remarque pas le Christ au moment où il est appelé à participer à l'accomplissement du Royaume de Dieu. Ce n'est pas que Dieu S'offensera et le punira, mais qu'en passant à côté de ce Royaume, l'homme manquera l'événement le plus important et la rencontre la plus importante de sa vie. C'est pourquoi, à l'approche de la Rencontre définitive, le Seigneur appelle les hommes à ne pas manquer Sa présence dès ici-bas, en chemin vers le triomphe du Royaume de Dieu.
35 « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. |
36 Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. |
37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira. |
38 Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s’il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils ! |
39 Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. |
40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. » |
41 Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tout le monde ? » |
42 Et le Seigneur dit : « Quel est donc l’intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur ses gens pour leur donner en temps voulu leur ration de blé ? |
43 Heureux ce serviteur, que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte ! |
44 Vraiment, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens. |
45 Mais si ce serviteur dit en son cœur : « Mon maître tarde à venir », et qu’il se mette à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, boire et s’enivrer, |
46 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas ; il le retranchera et lui assignera sa part parmi les infidèles. |
47 « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups. |
48 Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre. À qui on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage. |
Toute la prédication terrestre de Jésus parle du Royaume qui s'approche. Et Il accorde une très grande attention à notre disponibilité à y entrer. La venue de ce Royaume inclut le jugement et la séparation, car on ne peut pas y être tiède, on ne peut pas servir deux maîtres. Et tant que nous sommes en chemin vers lui, nous avons la possibilité, peut-être la dernière, de nous réconcilier avec celui qui nous accusera au jugement. Cela peut être notre conscience, ce peuvent être les personnes à qui nous avons fait du mal, et ce peut être le Seigneur Lui-même, comme dans la parabole du Jugement dernier (Mt. 25). Et plus la pousse du Royaume du Christ grandit dans nos coeurs, plus il faut courir vite nous réconcilier avec nos adversaires, afin de venir au jugement avec eux, déjà comme des amis.
35 « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. |
36 Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. |
37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira. |
38 Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s’il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils ! |
L'appel à veiller revient très souvent dans l'Évangile. Entre autres parce qu'être toujours sur ses gardes, toujours se rappeler pourquoi et comment nous vivons, est un labeur insupportable. Insupportable parce que nous vivons dans le temps, tandis qu'il faut veiller dans l'attente de l'éternité.
Après avoir rencontré Dieu, nous sommes tellement éblouis par lui que, les premiers temps, un rappel aussi fréquent de notre inconstance nous paraît risible. Mais le temps passe, et il devient de plus en plus difficile de garder cette tension intérieure des premiers jours de la foi. Comme les premiers chrétiens, nous comprenons soudain que nous attendons avec impatience le second avènement, mais non plus depuis un jour ou deux, plutôt depuis dix, vingt ans ; et combien de décennies encore de cette vie lourde et terrible nous faudra-t-il pour l'attendre ? Et lui ne cesse de dire : « Veillez, ne vous relâchez pas, soyez prêts. L'essentiel, soyez prêts. »
Comme il est lourd d'être prêt. Chaque jour, se rendre compte qu'il faut attendre sa venue à lui, et non autre chose. Comme on voudrait mettre de l'ordre une fois pour toutes. Mais même si l'on cessait de bouger et qu'on restait assis sans remuer, il n'y aurait pas de désordre, certes, mais on se couvrirait de poussière. Et il faudra tout de même, jour après jour, dans l'attente de la venue du Christ, remettre de l'ordre, essuyer la poussière, laver les sols et attendre qu'il vienne.
32 « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume. |
33 « Vendez vos biens, et donnez-les en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, où ni voleur n’approche ni mite ne détruit. |
34 Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. |
35 « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. |
36 Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. |
37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira. |
38 Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s’il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils ! |
39 Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. |
40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. » |
Le Sauveur parle souvent du retour du maître — par lequel Il Se désigne Lui-même, comme on le devine aisément — comme d'un événement inattendu. Et même si cette surprise peut être attendue, il se peut fort bien, à en juger par les paroles de Jésus, que ceux qui attendent ne soient pas prêts à rencontrer Celui qu'ils attendent. Pourquoi donc ? Bien sûr, l'incertitude du moment explique beaucoup de choses : il n'est pas facile de se tenir constamment prêt, tant cela exige de tension intérieure.
Jésus Lui-même ne considère pas cet argument comme une excuse : Il dit clairement que, si le maître de maison savait quand le voleur tenterait de s'introduire chez lui, sa vie serait beaucoup plus simple ; mais, hélas, il n'en est pas ainsi. Pourtant, s'il veut préserver sa maison, il doit rester toujours sur ses gardes. Il en va de même pour les serviteurs qui attendent leur maître, s'ils ne veulent pas s'attirer des ennuis de la part de leur seigneur revenu à l'improviste. La vie spirituelle du chrétien suppose manifestement de maintenir une vigilance spirituelle constante, sans laquelle on ne peut demeurer dans le Royaume. On pourrait bien sûr dire que toute démarche spirituelle ou ascétique sérieuse exige la même chose de ses adeptes. Il ne saurait en être autrement : il s'agit d'un chemin spirituel où toutes sortes d'imprévus sont possibles.
De plus, sans maintenir cette vigilance spirituelle, il faut renoncer à avancer : chaque pas sur le chemin spirituel suppose un effort, tout comme la possibilité de se maintenir au nouveau point atteint grâce à cet effort. Sinon, l'homme qui se relâche spirituellement risque de retomber facilement dans son état antérieur. Mais cette vigilance a une importance particulière pour la vie du Royaume : à l'époque du Royaume qui avance, chacun de ses habitants se trouve inévitablement à la frontière de deux mondes. Sans les efforts nécessaires, on peut facilement sortir de l'espace spirituel du Royaume et se retrouver entièrement sous le pouvoir du mal dans lequel demeure le monde non transformé.
Il ne peut alors plus être question d'être prêt à rencontrer le Ressuscité : on ne s'y prépare pas en un instant. Il faut un processus spirituel lié à la transformation de la nature humaine, et c'est pour cela que nous est accordé le temps séparant la venue du Sauveur dans le monde de Son futur retour dans la gloire. De l'usage que nous faisons de ce temps dépend la nature de cette rencontre.
32 « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume. |
33 « Vendez vos biens, et donnez-les en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, où ni voleur n’approche ni mite ne détruit. |
34 Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. |
35 « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. |
36 Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. |
37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira. |
38 Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s’il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils ! |
39 Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. |
40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. » |
«Ne crains pas, petit troupeau!» C'était aussi le titre d'un article du père Gueorgui Tchistiakov, où l'on trouve le passage suivant:
«Si l'on analyse la Sainte Écriture à partir de ce que les linguistes appellent la «fréquence» d'emploi de tel ou tel mot, nous découvrons que l'appel «Ne crains pas!» y apparaît presque 370 fois. Il s'adresse tantôt à Abraham, tantôt à Jacob, tantôt à Gédéon dans l'Ancien Testament, tantôt aux apôtres et aux femmes myrophores dans l'Évangile. Cet appel est constant et insistant. Dieu ne dit pas: ne craignez pas ceci ou cela. Il s'adresse à nous avec une simplicité extrême: ne craignez pas. Jamais rien! Bien sûr, la peur est inscrite dès l'origine dans notre nature, comme beaucoup d'autres choses. Mais certaines particularités naturelles doivent être développées, et d'autres dépassées. Surmontées. Dieu s'adresse précisément à notre mémoire animale: «Ne crains pas, petit troupeau!» et même plus durement encore: «Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups»» («Ogoniok», 1999).
Ici tout est dit avec une exactitude et une unité extrêmes, il est difficile d'ajouter quoi que ce soit. Mais on peut tout de même rappeler ces paroles si connues de l'évangéliste: «Il n'y a pas de crainte dans l'amour; mais l'amour parfait bannit la crainte, car la crainte suppose un châtiment. Celui qui craint n'est pas parfait dans l'amour» (1 Jn 4:18). Pour nous, c'est paradoxal; chez nous, en règle générale, tout est inverse: plus nous aimons, plus nous craignons pour l'être aimé, mais ce n'est que le commencement de l'amour. Car si le Seigneur est tout-bon, et si la «station» finale sera l'état où «Dieu sera tout en tous», de quoi aurions-nous peur? Il ne reste qu'à endurer et attendre; endurer et attendre, cela signifie croire. Mais le terrible se dresse clairement devant nos yeux, tandis que le monde angélique est caché. Comment ne pas avoir peur? Comment ne pas vouloir manger, ne pas vouloir dormir, et ainsi de suite... C'est impossible. Et c'est précisément en vertu de cette impossibilité que c'est quelque chose d'absolument vrai.
J'accepterai tout, je prendrai tout ce que Tu donneras,
Ce que Tu donneras, ce que Tu m'enverras.
Que s'accomplisse le caprice sauvage,
Que le sombre mensonge enveloppe tout.
Donne-moi de T'entendre au milieu du mensonge
Et de ne pas confondre Ta voix avec une autre.
Aide-moi, fortifie-moi, soutiens-moi
Par Ton souffle prudent.
(Juli Schreider)
«Que s'accomplisse le caprice sauvage»: ces mots font vraiment peur d'une certaine manière. Et pourtant, comme l'a dit encore un autre poète, «Nous n'avons pas à craindre cette obscurité, et nous ne ferons pas semblant d'être heureux» (B. Okoudjava).
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