4 Dans le métier des armes, personne ne s’encombre des affaires de la vie civile, s’il veut donner satisfaction à qui l’a engagé. |
Dans l'épître à Timothée, comme dans quelques autres cas, Paul compare le chrétien à un soldat qui ne peut se permettre d'être lié par ces affaires quotidiennes de la vie qui pèsent sur les autres.
On pourrait penser qu'en ce cas le chrétien ne doit avoir ni maison ni famille, et que le seul chemin chrétien possible est la voie monastique: le moine ressemble précisément au soldat en ce que rien dans ce monde ne le lie. Mais en réalité il ne s'agit pas nécessairement du monachisme, même s'il existe un certain lien entre la voie du moine et celle du soldat, du moins telle qu'on la comprenait dans les cultures traditionnelles. Il s'agit avant tout de l'état intérieur de l'homme, que la Bible appelle pauvreté. Non pas au sens de la situation matérielle, mais précisément au sens d'un état spirituel.
Bien sûr, dans certains cas et pour certaines personnes, la voie de la pauvreté intérieure n'est possible qu'avec un renoncement complet, y compris extérieur, non seulement à toute richesse, mais aussi à la famille et à la maison, et donc à tout bien en général, sauf au minimum le plus nécessaire. Mais l'essentiel n'est pas ce renoncement en tant que tel. L'essentiel est de renoncer à toute tentative de s'appuyer dans la vie sur quoi que ce soit d'autre que Dieu.
Et pour cela il faut que l'homme prenne conscience de ce fait simple et, au fond, évident: nous ne nous appartenons même pas à nous-mêmes, car nous sommes devenus des êtres humains grâce à ce «souffle de vie» que Dieu a «insufflé» en nous lors de la création. Et si nous ne sommes déjà pas à nous-mêmes, mais à Dieu, nos prétentions à posséder quoi que ce soit en ce monde n'ont guère de sens. Dieu nous donne le monde entier, non pour le posséder, mais pour en user et l'administrer, toutefois à une condition nécessaire: la reconnaissance pratique de sa souveraineté pleine et inconditionnelle sur le monde comme sur nous-mêmes.
Alors l'homme peut, en usant de tout, vivre sans rien posséder et sans se lier par rien, comme un soldat qui, tant qu'il est en service, ne pense pas à gagner sa vie, mais à accomplir l'ordre reçu. Quant à sa subsistance, celui au service de qui se trouve le soldat s'en charge. Et si une telle attitude envers la vie est présupposée pour quiconque s'est engagé sur le chemin spirituel, elle doit d'autant plus être propre au chrétien comme habitant du Royaume; c'est ce que Paul rappelle à Timothée.
1 Toi donc, mon enfant, fortifie-toi dans la grâce du Christ Jésus. |
2 Ce que tu as appris de moi sur l’attestation de nombreux témoins, confie-le à des hommes sûrs, capables à leur tour d’en instruire d’autres. |
3 Prends ta part de souffrances, en bon soldat du Christ Jésus. |
4 Dans le métier des armes, personne ne s’encombre des affaires de la vie civile, s’il veut donner satisfaction à qui l’a engagé. |
5 De même l’athlète ne reçoit la couronne que s’il a lutté selon les règles. |
6 C’est au cultivateur qui travaille dur, que doivent revenir, en premier lieu, les fruits de la récolte. |
7 Comprends ce que je veux dire. D’ailleurs le Seigneur te fera tout comprendre. |
8 Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, issu de la race de David, selon mon Évangile. |
9 Pour lui je souffre jusqu’à porter des chaînes comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée. |
10 C’est pourquoi j’endure tout pour les élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus avec la gloire éternelle. |
11 Elle est sûre cette parole : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. |
12 Si nous tenons ferme, avec lui nous régnerons. Si nous le renions, lui aussi nous reniera. |
13 Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. |
La question de la souffrance pour le Christ est toujours l'une des plus difficiles. Les incroyants trouvent insensé de défendre sa foi jusqu'à la mort : selon eux, cela n'en vaut pas la peine, on ne prouve rien à personne de cette manière et, d'ailleurs, il n'est pas nécessaire de prouver quoi que ce soit. Les croyants comprennent que, dans une situation difficile, l'esprit, la force et le courage peuvent leur manquer pour résister à la pression physique et morale. Et pourtant, dans l'attente de la mort, Paul nous appelle à demeurer fermes face à toutes les épreuves, car le reniement de Jésus est toujours la conséquence de ce qu'il appelle l'enchevêtrement dans les affaires de la vie. Nous craignons l'inconnu, la douleur et les conséquences possibles de notre fermeté pour nos parents et nos proches. Paul ne nous donne aucune recette pour résister à la tentation du reniement ; il nous appelle simplement à nous souvenir toujours que, malgré toute notre infidélité, Dieu demeure toujours fidèle et toujours pour nous. Et rien n'est plus terrible que de renier Celui qui nous a confié Sa propre personne.
1 Toi donc, mon enfant, fortifie-toi dans la grâce du Christ Jésus. |
2 Ce que tu as appris de moi sur l’attestation de nombreux témoins, confie-le à des hommes sûrs, capables à leur tour d’en instruire d’autres. |
3 Prends ta part de souffrances, en bon soldat du Christ Jésus. |
4 Dans le métier des armes, personne ne s’encombre des affaires de la vie civile, s’il veut donner satisfaction à qui l’a engagé. |
5 De même l’athlète ne reçoit la couronne que s’il a lutté selon les règles. |
6 C’est au cultivateur qui travaille dur, que doivent revenir, en premier lieu, les fruits de la récolte. |
7 Comprends ce que je veux dire. D’ailleurs le Seigneur te fera tout comprendre. |
8 Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, issu de la race de David, selon mon Évangile. |
9 Pour lui je souffre jusqu’à porter des chaînes comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée. |
10 C’est pourquoi j’endure tout pour les élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus avec la gloire éternelle. |
11 Elle est sûre cette parole : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. |
12 Si nous tenons ferme, avec lui nous régnerons. Si nous le renions, lui aussi nous reniera. |
13 Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. |
Poursuivant la conversation sur le témoignage, Paul attire l'attention sur la responsabilité du témoin. Pour l'apôtre, le témoignage est une sorte de relais spirituel, au cours duquel quiconque a reçu la possibilité de participer à la vie du Royaume devient ensuite lui-même témoin pour ceux qui cherchent une vie nouvelle (v. 1-2). Et il ne s'agit pas ici, semble-t-il, d'un simple sentiment du devoir, fût-ce un devoir que l'on appelle parfois, dans de tels cas, sacré. Il s'agit du fait que le témoignage est l'état spirituel normal du chrétien. Il ne s'agit évidemment pas de dire qu'un chrétien doit prêcher toute la journée en parlant à son entourage du Christ et du Royaume. Il s'agit d'autre chose : si le christianisme est pour quelqu'un une vie réellement nouvelle, et non simplement une nouvelle religion ou une nouvelle morale, il ne pourra pas cacher cette vie nouvelle à ceux qui l'entourent, et il ne voudra sans doute pas la cacher. Et il ne s'agit pas seulement de la joie éprouvée par quiconque sait ce qu'est le Royaume.
Il s'agit aussi du fait que le Royaume ne peut exister qu'en s'étendant sans cesse et en incluant en lui de nouveaux habitants. Ce n'est pas par hasard que le souffle du Royaume fut éprouvé (notamment le jour de la Pentecôte) comme un vent : comme le vent, il ne connaît pas d'obstacles et, comme l'air, il pénètre partout où cela est possible, occupant tout l'espace disponible. La différence entre ce souffle et l'air physique tient seulement au fait qu'il se propage de coeur à coeur, et que l'amour du prochain devient pour lui un milieu de diffusion aussi organique que l'atmosphère l'est pour le vent. Et le chrétien, s'il ne veut pas perdre le Royaume, doit nécessairement devenir une partie de ce processus, de ce mouvement spirituel lié à l'extension du Royaume dans notre monde en cours de transfiguration, mais pas encore totalement transfiguré. C'est alors seulement que sa propre vie spirituelle sera pleinement accomplie, ce que Paul rappelle à Timothée (v. 3-7).
Il rappelle aussi autre chose à son disciple : cette fidélité au Christ sans laquelle il n'y a pas de Royaume (v. 8-13). Pour Paul, il est évident que la fidélité au Christ et la fidélité au Royaume sont une seule et même chose, car Jésus de Nazareth n'est pas seulement le Maître qui montre la route : Il est Lui-même le Royaume, Il le porte en Lui dans toute sa plénitude. Le chrétien peut renier le Royaume dans la mesure où, avant la transfiguration complète de sa nature humaine, il mène encore une vie double ; n'appartenant au Royaume qu'en partie, il appartient encore en partie à l'ancien ordre des choses, non transfiguré. Il en va autrement du Christ : Il est tout entier Royaume, il n'y a en Lui aucune autre vie, et renier le Royaume signifierait pour Lui se renier Lui-même. Et Paul, semble-t-il, appelle Timothée comme tous les autres chrétiens à ressembler au Christ précisément dans cette plénitude, dans la plénitude de la vie du Royaume.
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