29 Comme les foules se pressaient en masse, il se mit à dire : " Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas.
30 Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l'homme en sera un pour cette génération.
31 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon!
32 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas !
33 " Personne, après avoir allumé une lampe, ne la met en quelque endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la clarté.
34 La lampe du corps, c'est ton œil. Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier aussi est lumineux; mais dès qu'il est malade, ton corps aussi est ténébreux.
35 Vois donc si la lumière qui est en toi n'est pas ténèbres!
36 Si donc ton corps tout entier est lumineux, sans aucune partie ténébreuse, il sera lumineux tout entier, comme lorsque la lampe t'illumine de son éclat. "
37 Tandis qu'il parlait, un Pharisien l'invite à déjeuner chez lui. Il entra et se mit à table.
38 Ce que voyant, le Pharisien s'étonna de ce qu'il n'eût pas fait d'abord les ablutions avant le déjeuner.
39 Mais le Seigneur lui dit : " Vous voilà bien, vous, les Pharisiens ! L'extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, alors que votre intérieur à vous est plein de rapine et de méchanceté !
40 Insensés! Celui qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur?
41 Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous.
42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela.
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques!
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! "
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : " Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! "
46 Alors il dit : " A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts !
47 " Malheur à vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués !
48 Vous êtes donc des témoins et vous approuvez les actes de vos pères; eux ont tué, et vous, vous bâtissez!
49 " Et voilà pourquoi la Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils en tueront et pourchasseront,
50 afin qu'il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la fondation du monde,
51 depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui périt entre l'autel et le Temple. Oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération.
52 " Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science ! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! "
53 Quand il fut sorti de là, les scribes et les Pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement et à le faire parler sur une foule de choses,
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La lecture d'aujourd'hui est consacrée au thème central de la polémique qui s'est développée entre Jésus et une partie de la fraternité pharisienne: le thème du Royaume et de la religiosité. Pour comprendre la situation, il importe de garder à l'esprit qu'il ne s'agit pas d'une forme spécifique de religiosité. La religiosité des pharisiens avait bien sûr des traits tout à fait concrets, propres à l'époque; mais, d'un autre côté, c'est précisément la mentalité pharisienne que l'on pourrait considérer comme la quintessence de la religiosité en tant que telle, et, en un certain sens, toute autre religiosité connue dans l'histoire, du moins dans l'histoire des religions abrahamiques, peut être comparée à la religiosité pharisienne comme à un étalon.
Mais le fait est que Jésus n'était pas le fondateur d'une nouvelle religion. Le christianisme n'est pas une religion, mais la vie dans le Royaume, et le Sauveur essaie sans cesse de faire comprendre cette pensée à Ses interlocuteurs. Ce n'est pas par hasard qu'Il répond si longuement au pharisien qui L'a invité chez lui à propos du lavage rituel des mains avant le repas (v. 38-44). La question de la pureté rituelle est la question centrale de toute religion; elle détermine l'appartenance d'une personne à la communauté religieuse et sa plénitude religieuse.
Jésus, Lui, parle de la pureté non comme d'un état religieux, mais comme d'un état spirituel. Car la possibilité de demeurer dans le Royaume est déterminée non par les qualités de l'homme, morales ou religieuses, mais par ses relations avec Dieu et avec ses prochains. La religion et la morale peuvent purifier l'homme extérieurement; l'accomplissement minutieux des obligations religieuses rend l'homme irréprochable religieusement, il correspond à toutes les prescriptions de la Torah, si l'on comprend celle-ci seulement comme une législation religieuse sans rapport avec la vie intérieure de l'homme.
On pourrait appeler cela du formalisme religieux, mais ce ne serait pourtant pas toute la vérité, car les mêmes pharisiens s'efforçaient d'accomplir les prescriptions de la Loi non seulement formellement; ils étaient simplement absolument certains qu'en payant soigneusement la dîme, ils étaient réellement purs devant Dieu (v. 42). Ce n'est pas par hasard que Jésus parle de l'aumône (v. 41), de ce qu'aucune loi ne peut réglementer: seul le renoncement aux tentatives de tout formaliser dans les relations avec Dieu peut amener l'homme à penser non à ses obligations et à ses droits religieux, mais à ses relations avec Dieu et avec les hommes. Alors, un tel homme n'accordera pas non plus une importance particulière au statut, si important dans la vie religieuse (v. 43). Et le problème principal ici est que ce n'est pas une religion particulière et nouvelle qui mène au Royaume, mais le renoncement à toute religion en général. Cela était inacceptable même pour les «scribes», les enseignants de la Torah (v. 45). Mais Jésus remarque en réponse que la théologie rabbinique, comme toute théologie traditionnelle en général, s'occupe de justifier cette même religiosité qui, soit dit en passant, n'oblige les théologiens eux-mêmes à rien (v. 46).
Mais le pire est que la religion et ses défenseurs, en tout temps, se sont opposés aux témoins de Dieu et ont cherché à s'en débarrasser. Il en fut ainsi auparavant, et au temps de Jésus rien n'a changé (v. 46-52). Et voilà que des hommes pleinement religieux, instruits et extérieurement pieux condamnent à la croix Celui qu'ils attendaient, selon leurs propres assurances, depuis de nombreux siècles. En choisissant entre la religion et le Royaume, ils choisissent, comme on le voit, la religion. Et ils restent avec ce qu'ils ont choisi.
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