15 Tout ce qu'a le Père est à moi. Voilà pourquoi j'ai dit que c'est de mon bien qu'il reçoit et qu'il vous le dévoilera.
16 " Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. "
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : " Qu'est-ce qu'il nous dit là : "Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez", et : "Je vais vers le Père" ? "
18 Ils disaient : " Qu'est-ce que ce : "un peu" ? Nous ne savons pas ce qu'il veut dire. "
19 Jésus comprit qu'ils voulaient le questionner et il leur dit : " Vous vous interrogez entre vous sur ce que j'ai dit : "Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. "
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie.
21 La femme, sur le point d'accoucher, s'attriste parce que son heure est venue; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu'un homme soit venu au monde.
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l'enlèvera.
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom.
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Le Seigneur dit aux disciples qu'après la joie entrée en eux avec sa venue viendra une tristesse qui ensuite se changera de nouveau en joie. Comme deux jours séparés par une nuit. Il est très important de comprendre que cette nuit de tristesse, lorsque le Seigneur repose au tombeau et qu'il n'est plus avec nous, cette nuit d'abandon de Dieu, est ce que traverse nécessairement quiconque parcourt vraiment le chemin de la formation spirituelle. Le témoignage en est que nos grands maîtres ont eux aussi vécu un état semblable, lourd et plein de grâce. On sait que saint Tikhon de Zadonsk, qui vécut au XVIIIe siècle, connut la nuit mystique de l'âme; mais plus tôt encore, au XVIe siècle, le grand mystique espagnol saint Jean de la Croix créa une notion étonnamment profonde et riche: «la nuit obscure de l'âme». Il est impossible de l'expliquer en deux mots, mais dans le poème qui porte ce titre, il donne une allusion à l'hymne pascal «Exsultet», que les catholiques chantent le Samedi saint:
C'est la nuit,
où jadis nos pères, les fils d'Israël,
tu les as fait sortir d'Égypte
et tu leur as fait traverser la mer Rouge à pied sec.(...)
C'est la nuit,
où, brisant les liens de la mort,
le Christ est remonté victorieux des enfers. (...)
Ô nuit vraiment bienheureuse -
la seule qui ait mérité de connaître le temps et l'heure
où le Christ est ressuscité des enfers.
C'est la nuit dont il est écrit:
et la nuit sera claire comme le jour;
et la nuit sera ma lumière et ma joie. (...)
Ô nuit vraiment bienheureuse,
où s'unissent la terre et le ciel,
l'humain et le divin.
Revenons encore à l'expérience des ascètes orthodoxes. Théophane le Reclus écrit ainsi dans son commentaire de la lecture d'aujourd'hui: «On dit que toute âme, sur le chemin de la perfection, subit une semblable atteinte. Une ténèbre universelle la couvre, et elle ne sait où aller; mais le Seigneur vient, et change sa tristesse en joie». Efforçons-nous, nous aussi, lorsque nous enveloppe l'obscurité de l'abandon de Dieu, de la perte de la foi, lorsque «l'intelligence cherche la Divinité et le coeur ne la trouve pas», de ne pas perdre courage, mais de comprendre que cette nuit est inévitable, et que devant nous nous attend un Jour nouveau.
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