33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
La question du pouvoir a toujours été centrale pour le monde déchu. Celui qui a le plus de pouvoir est aussi, dans ce monde, le plus grand à tous les autres égards. Il s’agit bien sûr du pouvoir au sens propre: sur les âmes, sur les hommes, sur les vies humaines que l’on peut manipuler à sa guise. Voilà le pouvoir comme tel. Tout le reste n’est que moyen, et la contrainte brutale n’est pas encore le pire d’entre eux. Le véritable but, que l’homme avide de pouvoir peut d’ailleurs ignorer lui-même, est toujours le même: s’emparer de la vie d’un autre homme. Non pas sa vie physique, mais ce que la Bible appelle l’âme, le courant de vie donné à l’homme par Dieu et unique dans chaque cas.
C’est cela que veut s’approprier celui qui recherche le pouvoir; c’est à cette vie même d’un autre ou des autres qu’il désire accéder, il veut la soumettre afin de disposer de la force vitale d’autrui et de la dépenser à son gré, comme il dépense sa propre vie. Bien sûr, chacun comprend la vie selon son état spirituel, mais une chose se révèle commune: celui qui recherche le pouvoir désire disposer non seulement de lui-même, mais aussi des autres, quoi que cela signifie pour lui. Évidemment, si l’homme n’est pas encore totalement corrompu par le pouvoir et n’est pas devenu un cynique achevé, il s’efforce autant que possible de cacher, même à lui-même, les véritables motifs de son aspiration, en la justifiant par des objectifs élevés et de longue portée qu’il atteindra une fois obtenu le pouvoir désiré.
En réalité, cependant, comme le montre toute l’expérience du monde déchu, on ne peut éviter de devenir prisonnier du pouvoir reçu qu’en demeurant d’abord un homme de Dieu, et seulement ensuite tout le reste, comme y parvint, par exemple, le roi David, qui resta toujours avant tout prophète, puis seulement roi et tout ce qu’il fut encore dans sa vie. Pour le Royaume, la question du pouvoir au sens terrestre ne se pose pas du tout; là, le pouvoir en tant que tel n’existe tout simplement pas, il est incompatible en principe avec le Royaume et sa vie. La place de l’homme dans le Royaume n’est déterminée que par la mesure de la plénitude de sa vie, et donc par la plénitude de son action, qui entraîne avec elle ceux qui veulent participer avec lui à son activité.
L’initiateur, bien sûr, répond de l’œuvre commencée, mais toute possibilité de manipuler les autres est ici complètement exclue: le but de toute activité dans le Royaume devient en effet la croissance spirituelle de l’homme, incompatible avec la manipulation, tandis que tous les autres buts sont secondaires et dérivés du principal. C’est pourquoi il ne peut y avoir dans le Royaume de pouvoir tel qu’il existe dans le monde déchu; ici, il ne peut exister que dans la mesure où, dans le monde déchu et selon ses lois, l’homme n’est jamais le but principal d’aucune activité. Dans le Royaume, cela est impossible, et c’est ce que Jésus tente d’expliquer à ses disciples.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
Tout lecteur de l’Évangile est frappé par la différence caractéristique entre les paroles du Christ sur ceux qui ne sont pas avec Lui et celles sur ceux qui ne sont pas contre Ses disciples. À propos de Lui-même, le Seigneur dit : « Celui qui n’est pas avec Moi est contre Moi, et celui qui ne rassemble pas avec Moi disperse ». Mais lorsque les disciples se plaignent au Christ d’un certain homme qui accomplit des miracles au nom du Christ sans marcher avec eux, le Seigneur leur dit : « ne l’en empêchez pas... celui qui n’est pas contre vous est pour vous ».
On peut comprendre les disciples. Si cet homme inconnu croit tellement au Christ qu’il chasse les démons en Son nom, comment peut-il ne pas suivre le chemin des Douze apôtres ? Leur chemin serait-il déficient, erroné ? Non, le chemin des Douze n’est pas erroné, mais il n’est pas le seul. Depuis des siècles, les personnes qui entrent dans la communauté des disciples du Christ cherchent à « interdire » ceux qui ne marchent pas avec eux. Le passage d’aujourd’hui de l’Évangile selon Marc rejette directement de telles tentatives.
Il est caractéristique que les évangélistes ne nous racontent rien de ces personnes qui ne marchaient pas avec les disciples, mais marchaient sur les chemins de Jésus-Christ. Seulement parfois, en passant, nous apprenons qu’elles n’étaient pas si peu nombreuses. Tantôt l’apôtre Paul trouve une communauté baptisée du baptême de Jean et, par son autorité apostolique, leur transmet le don du Saint-Esprit. Tantôt il atteste dans une lettre l’existence de plus de cinq cents témoins de la Résurrection... En fin de compte, tous ceux qui ont cru au Christ entrent dans l’unique Église sainte, catholique et apostolique. Mais ils le font en suivant Jésus-Christ, et non quelqu’un d’autre.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
C’est bien cela : dès que nous entamons cette intéressante dispute pour savoir qui est le plus grand, nous devenons aussitôt les défenseurs d’un monopole sur la possession du Christ : celui qui a la foi la plus juste possède le Christ, et c’est moi qui ai la foi la plus juste ! Ce désir presque instinctif repose sur la bonne intention de gagner davantage de l’amour de Dieu. Car, outre les motifs purement égoïstes — que nous condamnons tous résolument —, nous voulons être plus grands, plus importants et plus exclusifs, parce que dans notre monde de telles personnes reçoivent toujours davantage d’attention, de reconnaissance et d’amour. Mais l’amour de Dieu n’est pas ainsi. Il s’étend aux grands et aux petits, aux justes et aux injustes ; on ne peut le gagner ni par une bonne conduite ni par une foi correcte. Devant lui, il est absurde d’admirer notre propre grandeur — bien douteuse en comparaison — ; on ne peut pas le mettre dans sa poche et le déclarer sa propriété. La seule manière de le recevoir est d’accueillir Dieu, d’accueillir le Christ, d’accueillir tout enfant, petit ou grand — car nous sommes tous des enfants —, créé à l’image de Dieu et aimé par Jésus.
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
Regardons deux phrases très semblables. L’une vient de la lecture d’aujourd’hui : « qui n’est pas contre vous est pour vous » ; l’autre vient aussi de l’Évangile selon Luc, mais un peu plus loin : « qui n’est pas avec Moi est contre Moi » (Lc 11,23). Toutes deux ont d’ailleurs des parallèles, l’une dans l’Évangile selon Matthieu, l’autre dans l’Évangile selon Marc. Mais elles ne se ressemblent que par leur structure ; quant à leur sens, elles sont au contraire opposées. Et c’est précisément cette opposition, qui paraît parfois même paradoxale, qui possède un sens théologique très profond. Dans la société humaine, il peut y avoir des désaccords, des divergences d’opinion, et ainsi de suite. Cela n’est pas grave si les gens ne sont pas les uns contre les autres, s’ils ne se font pas la guerre. Dans la relation avec Dieu, en revanche, il n’existe qu’une seule direction véritable : celle qui mène vers Dieu ; tout ce qui n’entre pas dans cette loi rigoureuse est faux. Nous sommes habitués au fait que le Seigneur nous a créés à Son image et à Sa ressemblance. C’est la seule chose qui justifie la théologie cataphatique, c’est-à-dire une théologie fondée sur une connaissance positive du Dieu incompréhensible : nous Le connaissons « par analogie », comme nous l’enseigne Thomas d’Aquin. Mais voici un exemple montrant que cette analogie ne va pas très loin, ce qui justifie la théologie apophatique.
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
Le Seigneur, de manière étonnante, ne rejette pas chez les disciples le désir naturel, inscrit dans la nature, d’être le premier. On aurait pu s’attendre à ce qu’un homme ordinaire condamne ce désir de primauté comme indigne et dise qu’il ne faut pas s’élever soi-même. Le Seigneur le dit d’ailleurs, par exemple, dans la parabole du publicain et du pharisien.
Mais, voulant délivrer les disciples de l’orgueil, il ne se limite nullement à indiquer qu’il est mauvais de désirer la première place. Il propose d’utiliser ce désir naturel, comme nous dirions aujourd’hui, «à des fins pacifiques». Le chemin vers la primauté devient, dans les paroles du Christ, le chemin du service des autres, le chemin de l’abaissement. C’est précisément le chemin qu’il suit lui-même. Selon la parole de l’apôtre, il a pris la condition de serviteur et s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la croix, afin d’avoir en tout la primauté.
Nous aspirons tous à la primauté parmi nos semblables, et le Christ nous propose une manière radicale d’y parvenir, non pas en le trahissant, mais en le suivant.
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
Ce verset est l’un des versets les plus difficiles, et en même temps l’une des déclarations du Seigneur Jésus Christ les plus signifiantes en thème pratique. Sa fonctionnalité consiste en ce que ces mots nous donnent la possibilité de transformer l’orgueil qui vit en nous et notre avidité de l’honneur en quelque chose qui ne serait pas péché. En effet, étant donné que l’Homme veut tellement être meilleur que les autres, pourquoi ne pas essayer d’être meilleur sur la voie qu’indique le Seigneur Jésus ? C’est la voie du service, la voie du renoncement à sa propre gloire et honneur pour le bien des proches. C’est au fond une voie bien définie. La difficulté est que la détermination humaine ne suffit toujours pas pour suivre cette voie, alors nous avons besoin de l’aide de Jésus.
Il est aussi essentiel d’écouter d’une oreille attentive ce que le Seigneur veut vraiment dire. La traduction de Louis Segond ne donne pas avec exactitude certaines nuances sémantiques. L’évangéliste Marc utilise le mot grec « eskhatos » en émettant les mots du Christ. Ce mot grec signifie particulièrement « dernier » dans le sens « du plus petit », « le moins honorable », « le moins signifiant ». Il a toutefois d’autres significations, dont l’un des plus importants est « extrême ». Ce mot a acquis un caractère jargonnesque dans notre langage contemporain, mais c’est surtout son sens qui nous intéresse. « Extrême » est celui qui porte les corollaires des actes d’autrui, qui se sacrifie pour les autres. C’est effectivement ce sens que nous attribuons au Seigneur Jésus, Qui selon Sa propre parole comme Mark écrit dans le chapitre suivant « est venu servir et donner Sa vie comme la rançon de plusieurs » (Marc 10:45). Deux importants radicaux coïncident encore ici, dans les mots « servir » et « serviteur » (diakonos en grec). Ainsi donc, le Seigneur dit : « Si quiconque veut être premier, qu’il M’imite». L’évangéliste Jean enrichie cette pensée avec ces mots de Jésus: “si quelqu’un Me sert, qu’il Me suive » (Jn 12:26). Nous suivons Jésus et Le servons par notre service à autrui, en acceptant la position « d’extrême » et de moins honorable.
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
Les paroles du Sauveur sur ceux qui ne peuvent pas en même temps accomplir des miracles en son nom et aussitôt l'insulter paraissent tout à fait raisonnables et compréhensibles du point de vue humain. Il arrive qu'un mouvement religieux nouvellement apparu ait besoin non même de soutien, mais seulement d'une neutralité plus ou moins favorable. Pourtant Jésus a aussi dit autre chose : qui n'est pas avec moi est contre moi ; qui ne rassemble pas avec moi disperse. Il semblerait que ce soient deux affirmations qui s'excluent mutuellement. Et si le christianisme n'était qu'un mouvement religieux de plus, même messianique, ce serait le cas. Mais le fait est que le christianisme n'est pas un mouvement religieux, mais un chemin vers le Royaume et une vie dans le Royaume.
Ici, tout n'est pas comme dans les mouvements religieux ordinaires. Le Royaume est une réalité objective. Il est entré dans le monde par Jésus, et quelle que soit notre attitude envers ce fait, elle ne change pas le fait lui-même le moins du monde. Et pour entrer dans le Royaume, la confiance dans le Sauveur est importante. Cette confiance même que, dans la langue traditionnelle de la plupart des religions chrétiennes, on appelle foi en Jésus-Christ.
Mais même pour ceux qui demeurent hors du Royaume, il n'est pas complètement fermé. Car maintenant qu'il est dans le monde, son souffle se fait sentir partout. Et chacun peut sentir ce souffle. Bien sûr, un tel souffle, perçu par ceux du dehors, n'est pas la même chose que la plénitude de la vie dans le Royaume ouverte par le Christ. Mais c'est toujours mieux que rien. Pour le sentir, il n'est même pas nécessaire d'être disciple du Christ au sens propre du mot.
La seule chose qui protège complètement et sûrement du souffle du Royaume, c'est une attitude sans équivoque négative envers lui et envers Celui qui l'a apporté dans le monde. Cela signifie que quiconque n'a pas dit un « non » sans équivoque au Christ ou à l'un de ses disciples accomplissant son oeuvre n'est pas perdu pour le Royaume. Bien sûr, pour un chrétien, cela ne suffit pas. Pour un disciple du Christ, un autre principe est en vigueur : si tu ne fais pas l'oeuvre du Christ, si tu ne rassembles pas avec lui, alors le temps a été perdu en vain, quelque chose a été manqué. Mais ici, il y a déjà un autre chemin et une autre mesure. La mesure de celui qui cherche le Royaume et s'efforce de vivre de sa vie.
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
On reproduit habituellement cette parole ainsi : « Qui n'est pas avec nous est contre nous ». Ainsi l'immense majorité des gens est inscrite au nombre de nos ennemis. On confond ici deux paroles différentes du Christ : celle que nous venons de lire, et : « Qui n'est pas avec Moi est contre Moi »Mt. 12:30).
Là où Jésus parle de Lui-même, c'est simplement la constatation du fait qu'on ne peut pas être neutre à l'égard du Christ ; ne pas L'accueillir se transforme inévitablement en hostilité. Dans la spiritualité chrétienne, il n'existe pas d'état « entre le Christ et Bélial ». Jésus explique ensuite : « Qui n'amasse pas avec Moi disperse ». Dans la vie chrétienne, il n'y a pas d'arrêts : la pierre qui a cessé de monter tombe déjà.
Mais dans les relations entre les hommes, Jésus propose une logique tout à fait différente. Nous sommes appelés à trouver la possibilité de l'amitié, de la paix, de l'amour avec tous les hommes qui ne nourrissent pas envers nous une hostilité sans équivoque. Du reste, nous sommes aussi appelés à aimer nos ennemis !
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
42 " Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la: mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas |
La question de Jean est très facile à comprendre. Les apôtres accompagnent le Christ, partageant avec Lui toutes les difficultés du chemin, subissant le rejet des pharisiens et partageant l'attention du Maître avec des milliers et des milliers de malheureux... Soudain apparaît quelqu'un qui n'a connu aucune de ces difficultés mais qui a reçu tous les avantages possibles. Et nous savons que les disciples eux-mêmes ne réussissaient pas toujours à accomplir les miracles que faisait le Maître... Une telle question pouvait être suscitée par la simple jalousie et le ressentiment humains. Dans notre vie, nous sommes souvent tourmentés par un problème semblable et demandons à Dieu : « Pourquoi est-ce que je prie et jeûne, pourquoi est-ce que je m'applique dans la foi, sans aucun résultat, tandis que Tes dons se manifestent chez mon voisin bien plus clairement, alors qu'il ne va même pas à l'église ? » Dans l'Évangile, Jésus nous donne Sa réponse : « Ne l'en empêchez pas. » Il s'ensuit que nous devons veiller sur nous-mêmes au lieu de chercher à savoir dans quelle mesure notre prochain est digne ou indigne.
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : " Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. " |
32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger. |
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
42 " Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la: mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas |
44 |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le: mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne |
46 |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le: mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
Le passage d’aujourd’hui est consacré à l’un des thèmes principaux de tout le Nouveau Testament — le thème du Royaume de Dieu. Ce qui est particulièrement important ici, c’est que les explications concernant le Royaume sont données par Jésus Lui-même. Au centre de Son récit se trouve l’image de l’enfant, qui symbolise ceux qui occupent les premières places dans le Royaume de Dieu (v.36–37). Celui qui scandalise un enfant est pire qu’un meurtrier; car même le meurtrier est digne de jugement, tandis que Jésus compare un tel séducteur à un homme que l’on jette à la mer pour le noyer sans aucun jugement (v.42). Cette image, bien sûr, n’apparaît pas par hasard. Dans la société traditionnelle et patriarcale, dans les grandes familles, les enfants n’occupaient généralement pas les premières places honorables qu’ils occupent souvent dans les familles modernes. On regardait les enfants comme des serviteurs et des aides naturels, comme les membres plus jeunes d’une grande famille ou d’un clan patriarcal, qui étaient réellement les plus jeunes; c’est pourquoi la position d’un tel «serviteur naturel» ne les blessait pas le moins du monde et n’était pas ressentie par eux comme une humiliation ou un manque d’attention ou d’amour. Tout adulte, dans une telle position, ressent presque toujours une certaine infériorité et dépendance, ce qui se comprend, vu l’importance que revêt aux yeux d’un adulte la position sociale et le statut qui lui est lié. Les enfants n’y pensent pas, et il n’y a donc pour eux aucun problème ici. Apparemment, c’est précisément cela que Jésus a en vue lorsqu’Il donne l’enfant en exemple comme modèle de l’habitant du Royaume de Dieu: pour ceux qui veulent en être les habitants, il est important de renoncer aux représentations traditionnelles de l’importance de la position sociale et du statut social. Bien sûr, dans ce cas subsiste toujours le danger que se trouvent à côté des personnes désireuses de profiter d’un tel état de choses, de même qu’en tout temps il s’est trouvé des gens prêts à profiter de la naïveté bien connue de l’enfant et à en abuser; c’est de ce péché-là que Jésus dit qu’il est pire que le meurtre et indigne même d’un jugement — car l’homme qui agit ainsi non seulement rejette lui-même la plénitude de la vie du Royaume de Dieu, mais empêche aussi les autres de la recevoir. Cependant, il se trouve toujours dans la vie de l’homme quelque chose qui l’empêche de devenir un enfant au sens où Jésus en parle: ce peut être la «main», ou le «pied», ou l’«œil», en un mot, tout ce dont l’homme se sert pour ne pas être cet enfant qui peut entrer dans le Royaume. Et Jésus conseille de se débarrasser sans regret de ce qui fait obstacle (v.43–48). Parfois il peut sembler qu’on y perde quelque chose de vital, quelque chose sans quoi la vie deviendra diminuée; mais à l’épreuve il s’avère que la prétendue «plénitude» ne mène pas du tout là où l’on peut trouver la plénitude de la vie, tandis que l’apparente privation se transforme, au bout du chemin, en plénitude du Royaume de Dieu.
30 Étant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. |
31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : " Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. " |
32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger. |
33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait : " De quoi discutiez-vous en chemin ? " |
34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. |
35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. " |
36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit: |
37 " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. " |
38 Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. " |
39 Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. |
40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. |
41 " Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. |
42 " Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être jeté à la mer. |
43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la: mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas |
44 |
45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le: mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne |
46 |
47 Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le: mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne |
48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point. |
49 Car tous seront salés par le feu. |
50 C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. " |
Plus la Crucifixion approche, plus Jésus passe de temps avec ses disciples. Il leur parle des souffrances qui l'attendent. Mais ses disciples ne le comprennent pas ; ils ne pensent pas aux souffrances et à la mort, mais à la gloire et aux privilèges. De là vient la dispute : « Qui est le plus grand ? À qui reviendra le plus de pouvoir dans le Royaume du Messie ? ». Et Jean, en outre, cherche à protéger les douze disciples de la concurrence des « étrangers ». La frontière du « cercle des nôtres » est alors tracée selon un critère très simple : « les nôtres », ce sont ceux qui marchent avec nous.
Le Christ rejette à la fois les tentatives d'édifier une pyramide de pouvoir et d'honneurs, et le désir de transformer la communauté des disciples en club fermé. Il dit directement à Jean : « Ne l'empêchez pas ». Puis il commence soudain une conversation sur le danger des scandales, qu'il conclut par ces mots : « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres ». On peut voir ici un écho à la question de Jean et aux disputes des disciples pour savoir qui est le plus grand. Le désir de séparer les « nôtres » des « étrangers », puis de ranger les « nôtres » par ordre de rang, détruit la paix, rend les hommes soupçonneux et hostiles. Sans paix entre eux, les disciples du Christ ne peuvent accomplir leur mission dans le monde : être « le sel de la terre » (Mt 5:13). (Rappelons qu'on salait toute offrande avant de l'apporter à Dieu sur l'autel (Lv 2:13). Le sel rendait pour ainsi dire l'offrande apte pour Dieu).
Que signifie le mot « scandale » ? D'autres traductions de ce mot grec (« skandalon ») sont : piège, trappe, lacet. C'est tout ce qui, par tromperie, en cachette, pousse le simple à tomber, ou simplement gêne et fait obstacle. Réfléchissons à la mesure dans laquelle la lutte pour le pouvoir, les querelles et les divisions entre chrétiens servent de scandale pour ces « petits » et empêchent ceux qui cherchent la Vérité de parvenir à la foi qui sauve.
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