21 Et il leur disait : " Est-ce que la lampe vient pour qu'on la mette sous le boisseau ou sous le lit ? N'est-ce pas pour qu'on la mette sur le lampadaire ?
22 Car il n'y a rien de caché qui ne doive être manifesté et rien n'est demeuré secret que pour venir au grand jour.
23 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende ! "
24 Et il leur disait : " Prenez garde à ce que vous entendez ! De la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous, et on vous donnera encore plus.
25 Car celui qui a, on lui donnera, et celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé. "
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Les paroles de Jésus sur la lampe que l'on ne cache pas sous le boisseau, et sur le fait qu'il sera donné à celui qui a, sont très étroitement liées entre elles. Ce n'est pas un hasard si, dans l'Évangile, elles se trouvent côte à côte. À première vue, l'affirmation selon laquelle il n'est donné qu'à celui qui a peut paraître injuste : nous sommes habitués à penser que ceux qui possèdent doivent aider ceux qui n'ont rien, et voici qu'il apparaît que ce sont précisément ceux qui possèdent qui ont une chance de recevoir quelque chose en plus de ce qu'ils ont déjà, tandis que les autres n'ont guère sur quoi compter.
Le fait est cependant que les lois de la vie spirituelle diffèrent quelque peu des lois de la vie physique, tout comme le monde spirituel lui-même diffère à bien des égards du monde physique. Dans le monde physique, donner suppose toujours l'appauvrissement de celui qui donne. Si je partage quelque chose avec un autre, j'ai moins de ce que j'ai partagé.
Dans le monde spirituel et dans la vie spirituelle, tout est différent. Différent, non parce qu'il serait composé d'une substance particulière aux propriétés particulières, mais parce que le monde spirituel se distingue du monde physique par la présence immédiate de Dieu, qui détermine son existence. C'est pourquoi le potentiel du monde physique est limité, tandis que le potentiel du monde spirituel est sans limites. Le monde physique est limité par sa propre nature ; le monde spirituel, étant au fond l'incarnation d'une théophanie qui se prolonge sans cesse, n'est limité par rien.
Il ne s'agit évidemment pas de deux mondes différents, mais seulement d'une description plus ou moins conventionnelle de deux états de la création : d'une part, sa face tournée vers Dieu, et d'autre part, son envers tourné vers l'intérieur de lui-même. Habitués à une vie sur l'envers de l'univers, que Dieu ne nous destinait nullement, nous avons du mal à nous représenter le don comme un processus d'accumulation et non de dépense ; or dans le monde spirituel, sur la face de l'univers, il en est bien ainsi.
Là, plus on donne, plus on reçoit, car donner signifie entrer dans le courant de cette vie divine qui constitue le fondement du monde spirituel. Voilà pourquoi on ne peut pas cacher la lampe sous le boisseau : s'il y a de la lumière, elle doit être visible, sinon il n'y aura pas de don. Cette logique nous est certes inhabituelle, mais c'est la logique du Royaume, et Jésus nous appelle à vivre en la suivant, et non selon la logique de ce monde.
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