La vie conjugale dans le judaïsme était considérée en fait comme une sorte de devoir religieux ; elle était liée, dans la conscience des croyants, à l’accomplissement de ce commandement...
La vie conjugale dans le judaïsme était considérée en fait comme une sorte de devoir religieux ; elle était liée, dans la conscience des croyants, à l’accomplissement de ce commandement : « Soyez féconds et multipliez-vous », qui fut donné aux hommes tout au commencement, aussitôt après la création de l’homme, avant même la chute. C’est pourquoi éviter la vie conjugale était jugé inapproprié et indigne d’un homme cherchant à observer les commandements de Dieu. Bien sûr, dans la vie, tout arrive ; tout le monde ne parvient pas à fonder une famille. Mais les personnes sans famille, sauf si, bien entendu, elles n’avaient pas de famille sans que ce soit de leur faute, étaient regardées comme des personnes ne suscitant rien d’autre que la compassion.
Cela valait également pour les prêtres, les lévites, les rabbins, les maîtres de la Torah. On considérait qu’aucun service de Dieu ne pouvait, en soi, devenir un obstacle à la vie familiale. Quant à Paul lui-même, il n’avait probablement pas encore eu le temps, au moment de sa rencontre avec le Ressuscité sur la route de Damas, de se marier et de fonder une famille : il était alors un homme relativement jeune, qui venait tout juste d’achever sa formation rabbinique. Peut-être même ne l’avait-il pas tout à fait achevée : on ne sait pas exactement si Paul, alors encore Saul, poursuivait à ce moment son apprentissage auprès de Gamaliel, ou non.
Mais devenu Paul et apôtre, l’ancien disciple de Gamaliel, Saul, ne pouvait plus vivre comme avant ; sa nouvelle vie était tellement remplie de déplacements et de voyages, souvent loin d’être sans danger, qu’il jugea préférable de ne pas avoir de famille du tout, afin de ne pas exposer les siens à toutes les peines de sa propre vie. On voit que c’est précisément cela que Paul a en vue lorsqu’il dit que l’homme marié est obligé de penser à sa famille, tandis que celui qui n’a pas de famille peut se consacrer entièrement au service, sans être distrait par rien d’autre et sans avoir à se retourner vers personne.
Mais l’apôtre comprend qu’un tel chemin ne peut pas être universel, qu’il est conditionné par la spécificité d’un appel concret et d’un service concret. En parlant de lui-même comme d’un homme qui « a l’Esprit de Dieu », Paul défend son droit, de même que le droit de toute autre personne, si Dieu l’appelle précisément à un tel chemin, de rester sans famille. Il invite à ne pas regarder les célibataires comme des personnes malheureuses dont la vie a échoué, affirmant qu’il peut y avoir là aussi un choix conscient d’un chemin correspondant.
Une telle affirmation de la dignité du célibat, sur fond de mépris traditionnel à son égard, était alors absolument nécessaire. Mais l’apôtre attire aussi l’attention sur le fait qu’en ces temps présents, lorsque le Royaume s’est déjà approché selon la parole du Sauveur Lui-même et que Son retour dans la gloire peut être attendu chaque jour, il ne faut pas s’attacher à la famille pas plus qu’à quoi que ce soit d’autre dans ce monde. Il y a en effet la famille comme union conjugale, comme profondeur et plénitude de relations qui, s’il s’agit de chrétiens, sont enracinées dans la vie du Royaume ; et il y a la famille comme phénomène social et domestique. Or cette vie domestique et la société qui l’engendre n’entreront pas dans le Royaume, restant dans ce monde-ci. Cela signifie qu’il est absolument nécessaire de vivre même la vie familiale de telle manière que le quotidien et le social ne prennent pas le dessus sur sa composante spirituelle ; c’est ce que rappelle Paul.
25 p) Des deux sexes.
26 q) Celle qui accompagne le temps intermédiaire entre la venue du Christ et son retour, cf. 2 Co 6.2.
28 r) Non pas les épreuves provenant de la concupiscence, 7.2, 9, mais les tracas de la vie conjugale.
29 s) Terme technique de navigation. Littéralement « le temps a cargué ses voiles. » Quel que soit l’intervalle entre le moment présent et la Parousie, il perd de son importance étant donné que, dans le Christ ressuscité, le monde à venir est déjà présent.
31 t) Style oratoire, où la recherche de l’expression globale l’emporte sur la précision de chaque terme. Paul n’invite pas à l’indifférence à l’égard des réalités terrestres. Il veut éviter qu’on s’y enlise et qu’on oublie leur caractère relatif par rapport au Christ et à son Royaume qui vient.
34 u) Var. « 33 ... des moyens de plaire à sa femme. 34 Et il y a une différence entre la femme mariée et la vierge. La femme non mariée a souci des affaires du Seigneur... »
38 v) « Sa fiancée », litt. « sa vierge ». — L’interprétation ancienne de ce texte y voit le cas de conscience d’un père qui se demande s’il va ou non marier sa fille. La traduction est alors la suivante « 36 Si pourtant quelqu’un croit manquer aux convenances envers sa fille en lui laissant passer l’âge, et que les choses doivent suivre leur cours, qu’il fasse ce qu’il veut, il ne pèche pas qu’on se marie. 37 Mais si l’on est fermement décidé en son cour, et que, à l’abri de toute contrainte et libre de son choix, on ait résolu en son for intérieur de garder sa jeune fille, on fera bien. 38 Ainsi donc, celui qui marie sa fille fait bien, et celui qui ne la marie pas fera mieux encore. » Mais cette interprétation se heurte à de telles difficultés qu’elle est de plus en plus abandonnée. Il s’agit sans doute, non pas de jeunes filles qui mettaient leur virginité sous la protection d’un homme de confiance avec lequel elles vivaient dans une intimité périlleuse, mais de fiancés. Après avoir parlé des époux, des vierges, et avant d’envisager le cas des veuves, Paul traite de ceux qui étaient fiancés au moment de leur conversion, état auquel ne peut évidemment pas s’appliquer le principe trois fois répété (vv. 17, 20, 24) « Que chacun reste dans l’état où l’a trouvé l’appel de Dieu. » La solution de Paul est conforme à ce qui est dit aux vv. 8-9.
39 w) Elle doit prendre un mari chrétien.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.