8 Déjà, vous êtes rassasiés! déjà vous vous êtes enrichis! sans nous, vous êtes devenus rois! Ah! que ne l'êtes-vous donc, rois, pour que nous partagions, nous aussi, votre royauté! |
9 Car Dieu, ce me semble, nous a, nous les apôtres, exhibés au dernier rang, comme des condamnés à mort; oui, nous avons été livrés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. |
10 Nous sommes fous, nous, à cause du Christ, mais vous, vous êtes prudents dans le Christ; nous sommes faibles, mais vous, vous êtes forts; vous êtes à l'honneur, mais nous dans le mépris. |
11 Jusqu'à l'heure présente, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités et errants; |
12 nous nous épuisons à travailler de nos mains. On nous insulte et nous bénissons; on nous persécute et nous l'endurons; |
13 on nous calomnie et nous consolons. Nous sommes devenus comme l'ordure du monde, jusqu'à présent l'universel rebut. |
14 Ce n'est pas pour vous confondre que j'écris cela; c'est pour vous avertir comme mes enfants bien-aimés. |
15 Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ, que vous n'avez pas plusieurs pères; car c'est moi qui, par l'Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus. |
16 Je vous en prie donc, montrez-vous mes imitateurs. |
17 C'est pour cela même que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur; il vous rappellera mes règles de conduite dans le Christ Jésus, telles que je les enseigne partout dans toutes les Églises. |
18 Dans la pensée que je ne viendrais pas chez vous, certains se sont gonflés d'orgueil. |
19 Mais je viendrai bientôt chez vous, s'il plaît au Seigneur, et je jugerai alors non des paroles de ces gonflés d'orgueil, mais de leur puissance; |
20 car le Royaume de Dieu ne consiste pas en parole, mais en puissance. |
21 Que préférez-vous ? Que je vienne chez vous avec des verges, ou bien avec charité et en esprit de douceur ? |
Poursuivant son propos sur le Royaume, Paul revient au thème de la pauvreté et de la véritable sagesse. En opposant sa situation à celle de ceux qui occupaient des places en vue dans l'Église de Corinthe, l'apôtre rappelle de nouveau aux chrétiens de Corinthe ce qu'il leur avait déjà dit plus d'une fois, à eux comme à d'autres croyants : le Royaume n'est pas de ce monde, et il ne peut donc en aucune façon triompher dans notre monde encore non entièrement transfiguré avant sa transfiguration complète à la fin des temps (v. 8-14). Il ne s'agit pas du fait que Paul ne voulait pas voir les chrétiens de Corinthe tels qu'ils s'imaginaient être ; il s'agit du fait qu'avant le retour du Christ, on ne pouvait y parvenir qu'en renonçant à cette plénitude du Royaume qui, dans un monde pas encore transfiguré jusqu'au bout, est incompatible avec tout triomphe.
L'apôtre ne reproche rien à personne ; il rappelle seulement à l'Église de Corinthe certaines réalités fondamentales sans lesquelles il ne peut être question d'aucune vie dans le Royaume (v. 14). Et lorsqu'il avertit les chrétiens de Corinthe qu'il peut venir à eux non seulement avec amour, mais aussi avec réprimande (« avec le bâton », v. 21), le but de l'apôtre n'est nullement de faire honte à quelqu'un ou de le discréditer. Simplement, voyant ce qui se passe dans l'Église de Corinthe, Paul ne pouvait pas ne pas comprendre qu'il lui faudrait affronter de très graves problèmes spirituels, que beaucoup de responsables locaux de l'Église ne sont, au fond, pas du tout des témoins du Christ et du Royaume et conduisent leur communauté tout autre part qu'il ne faut. Il sait que ces responsables ont cessé d'être des témoins pour devenir simplement des enseignants, semblables à ceux qu'on pouvait alors trouver en grand nombre dans n'importe quelle école rabbinique ou philosophique. Et il sait que de tels enseignants, dont toute la force consiste dans une habile maîtrise de la parole, reculeront inévitablement devant la force véritable à laquelle ils ne pourront résister : la force du Royaume, manifestée par tout témoin authentique (v. 18-20).
10 Nous sommes fous, nous, à cause du Christ, mais vous, vous êtes prudents dans le Christ; nous sommes faibles, mais vous, vous êtes forts; vous êtes à l'honneur, mais nous dans le mépris. |
Pour Paul, le christianisme est avant tout la vie avec le Christ dans Son Royaume et le témoignage rendu à Lui et à cette vie. C'est pourquoi l'apôtre dit plus loin que le Royaume « n'est pas en parole, mais en puissance ». À en juger par les paroles de l'apôtre adressées aux chrétiens de Corinthe, pour eux il en allait autrement. Et Paul ne parle pas par hasard de la vraie vie chrétienne comme de la vie de gens persécutés, pauvres, sans succès.
Il oppose pour ainsi dire une telle vie à celle que menaient beaucoup de chrétiens de Corinthe, qui avaient trouvé leur place dans le monde. Il n'est pas exclu, bien sûr, que certains dirigeants ecclésiaux de Corinthe aient réellement fait une sorte de carrière ecclésiastique, même si, naturellement, la carrière ecclésiastique à cette époque n'était pas du tout ce qu'elle devint plus tard, lorsque les institutions de l'Église devinrent non seulement légales, mais même officielles et très influentes.
Mais le problème ne tenait pas à l'ampleur, il tenait à l'état intérieur de ceux qui faisaient une telle carrière. Le problème était précisément que ces gens s'étaient trouvés dans ce monde. Ils s'étaient installés, sinon aussi luxueusement que les carriéristes ecclésiastiques d'autres époques, du moins assez confortablement. Et il ne s'agit pas du fait qu'ils soient devenus chefs de tel ou tel groupe ou mouvement ecclésial ou para-ecclésial local. Il s'agit de leur état intérieur, que l'apôtre caractérise d'un seul mot : vous vous êtes enrichis.
Ils avaient perdu cet état spirituel que Jésus, comme Isaïe de Jérusalem des siècles auparavant, appelait pauvreté. Car il ne s'agit pas de ce que l'homme possède ni de la quantité qu'il possède, mais de ce sur quoi il s'appuie. Et de savoir s'il pense posséder quelque chose. Le pauvre de Dieu comprend parfaitement qu'il est vide et prêt à recevoir en lui, dans sa vie, dans son âme et son cœur, ce dont Dieu voudra le remplir. De tout son être, il sent qu'il n'a rien sur quoi il puisse s'appuyer dans ce monde, et même rien de précieux, rien qui vaille la peine qu'on s'y attache.
Le riche, lui, est certain d'avoir quelque chose de ce genre. Quelque chose qui lui appartient de droit, non parce que Dieu le lui a donné, mais parce qu'il l'a gagné, mérité. On peut s'appuyer sur ce qui est gagné et mérité, cela ne trahira pas. C'est à toi. Tu es riche. Mais cette richesse se révèle terrestre. De ce monde. Sans rapport avec le Royaume. Le riche peut être riche en paroles sur le Royaume. Mais seule le pauvre en reçoit la puissance, et l'apôtre le sait parfaitement : il avait été plus riche que beaucoup, mais il a préféré la pauvreté à cause du Christ et du Royaume.
16 Je vous en prie donc, montrez-vous mes imitateurs. |
Paul parle assez souvent dans ses messages de ce que c'est la Tradition. Et, probablement, l’une des meilleures, des plus larges et des plus exactes de ses définitions est son appel «montrez-vous mes imitateurs». Il est intéressant de marquer que dans certaines traductions dans d’autres langues, on rencontre la deuxième partie de cette phrase («montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis pour le Christ»), étant, comme on voit, une insertion tardive, telle qu’on rencontre parfois dans les textes du Nouveau Testament. Et on peut considérer cette insertion de tout à fait opportune, prenant en considération le sens et le caractère du service de Paul, qui a vraiment fait de l'imitation de Christ sa base. Au fait, sans une telle imitation, on ne peut parler d’aucune Tradition : car le christianisme n’est pas une religion, dont il faut accomplir les prescriptions, mais une vie dans le Royaume, et dont le premier exemple était la vie du Sauveur Lui-même. Et chaque chrétien est appelé à vivre comme le Christ, la vie pleine du Royaume.
Bien sûr, il ne s’agit pas du tout d’une certaine imitation extérieure : dans la vie en général et dans la vie spirituelle, surtout, il n'y a rien de pire et de plus horrible que l’imitation, l'imitation de la vie d’autrui. Et il ne s’agit pas seulement de la vie du Sauveur, mais aussi de la vie de chacun des chrétiens justes ou des pères de l'Église : car n'importe quelle vie est unique, et le chemin de vie de chacun est exceptionnel. Mais la vie dans le Royaume est impossible pour l’homme sans des relations uniques vivantes et aussi parfaites dans chaque cas avec Christ, qui, dans toute son originalité, toutes ont entre elles et quelque chose de commun.
Voici ce commun dans les relations de chacun des chrétiens avec Christ forme le noyau de la Tradition chrétienne, comme l'expérience de la vie dans le Royaume. Mais en dehors des relations avec Christ toute telle vie suppose encore et les relations avec les prochains. Et elles sont encore plus diverses, que les relations avec Christ. Chaque chrétien vit sa vie dans le Royaume et dans l'Église, tout comme a vécu Paul lui-même. Et, bien sûr, quand il s’agit des hommes, les raisons de copier, d’imiter la vie d’autrui sont encore moins, que dans le cas du Sauveur.
Mais voici faire le centre de la vie le témoignage de Christ et du Royaume était vraiment la tâche de chaque chrétien. Le concret dépend des circonstances, dont chacun a bien sûr sa part dans la vie, en quelque chose typique, en quelque chose unique. Et il ne faut pas bien sûr ici imiter bêtement la vie d’autrui, mais la comprendre du point de vue de ces lois du Royaume, selon lesquelles vit tout chrétien juste. Et ayant compris, utiliser l'expérience des prédécesseurs dans sa vie personnelle pour ne pas répéter les erreurs d’autrui et ne pas inventer la bicyclette. Alors chaque chrétien deviendra un vrai témoin du Royaume, et l'Église sera en général ce qu’elle devrait être : le corps du Christ.
20 car le Royaume de Dieu ne consiste pas en parole, mais en puissance. |
Combien de paroles sont dites à propos du Royaume de Dieu. Certes, Jésus utilisait naturellement les mots, lorsqu’Il expliquait aux gens ce que s’est, mais la plus meilleure définition qu’Il ait donné est, probablement, lorsqu’Il dit qu’il {le royaume} est «au milieu de vous», quand Il se trouvait Lui-même au milieu d'eux. Dès lors, se sont des mots, des mots, des mots...
De très beaux mots. Mais le Royaume lui-même ne consiste pas en parole, ni dans son enseignement. La domination de Dieu est dans le cœur de l’homme, c’est une puissance vivante, efficace, transformant l'intérieur, remplissant l’homme de lumière, de joie, de justice, de paix, - et s’épanchant a l’entourage de cet homme, tout en transformant aussi cet entourage. Regardez, quels changements ont eu lieu dans les relations humaines pendant les derniers 2000 ans, quelles attitudes ont commencé de toute évidence à être considérées d’inadmissible (l'esclavage, différente sorte de discrimination), - derrière tout ceci se tient un principe spirituel: le Royaume de Dieu est dans le cœur des hommes. Certes, tout ceci n’est encore que le début de la transformation, nous sommes encore «des pithécanthropes spirituels», mais allons-y, essuyons-nous les yeux et nous verrons l'action de cette lumineuse puissance Divine et remercierons Dieu.
20 car le Royaume de Dieu ne consiste pas en parole, mais en puissance. |
Combien de paroles sont dites à propos du Royaume de Dieu. Certes, Jésus utilisait naturellement les mots, lorsqu’Il expliquait aux gens ce que s’est, mais la plus meilleure définition qu’Il ait donné est, probablement, lorsqu’Il dit qu’il {le royaume} est «au milieu de vous», quand Il se trouvait Lui-même au milieu d'eux. Dès lors, se sont des mots, des mots, des mots...
De très beaux mots. Mais le Royaume lui-même ne consiste pas en parole, ni dans son enseignement. La domination de Dieu est dans le cœur de l’homme, c’est une puissance vivante, efficace, transformant l'intérieur, remplissant l’homme de lumière, de joie, de justice, de paix, - et s’épanchant a l’entourage de cet homme, tout en transformant aussi cet entourage. Regardez, quels changements ont eu lieu dans les relations humaines pendant les derniers 2000 ans, quelles attitudes ont commencé de toute évidence à être considérées d’inadmissible (l'esclavage, différente sorte de discrimination), - derrière tout ceci se tient un principe spirituel: le Royaume de Dieu est dans le cœur des hommes. Certes, tout ceci n’est encore que le début de la transformation, nous sommes encore «des pithécanthropes spirituels», mais allons-y, essuyons-nous les yeux et nous verrons l'action de cette lumineuse puissance Divine et remercierons Dieu.
20 car le Royaume de Dieu ne consiste pas en parole, mais en puissance. |
Il est intéressant, de quelle puissance veut dire l'apôtre, parlant de la puissance du Royaume? On pourrait dire qu'il s'agit de la puissance de Dieu, et une telle réponse ne serait pas une erreur. Mais que se trouve derrière cela? En fait, beaucoup ont été dit sur la puissance de Dieu avant même l'arrivée au monde du Christ, et en outre on la comprenait différemment. Bien sûr, et à cette époque tous les croyants comprenaient que la puissance de Dieu et ce que le monde païen comprend par puissance, sont des choses différentes. Mais cette différence n'était pas toujours clairement comprise.
Il s’agissait avant tout, du fait que Dieu peut intervenir à n'importe quel moment dans n'importe quelle situation, la changeant de manière tout à fait inattendue pour l'observateur extérieur, de sorte que ce qui semblait inébranlable s'écroule instantanément, et ce qui était tout à fait impuissant et ne signifiant rien, retrouve soudain la puissance et devient le facteur décisif dans une situation donnée. Mais tout de même il s’agissait d'habitude ici des lois du monde non transformé, que Dieu utilise pour la réalisation de Ses plans, souvent en dépit de ceux qui résistent à cela, tournant l’affaire en Sa faveur de manière tout à fait imprévisible.
La plus remarquable illustration de cette sorte de tournant, peut probablement être considérée l’histoire de Joseph: ses frères ont tout fait pour que le plan de Dieu (comme ils le comprenaient) ne se réalise pas, mais tous leurs efforts, comme il s’est avéré par la suite, rapprochaient plutôt la réalisation de ce plan. Mais Paul parle d’une autre situation, de la situation, lorsque le Royaume est déjà entré dans le monde, et quand en témoignent déjà des gens ayant l'expérience de la vie à l’intérieur et la communion avec Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. Et ici, il ne s’agit bien sûr plus de la puissance extérieure. Il faut remarquer que pendant le Deuxième Temple le sermon de Dieu est devenu dans un certain sens le sermon de la parole, comme les Paroles de Dieu dans tous les sens de cette notion, tant le sermon de cette parole humaine, sans lequel on ne pouvait pas raconter au monde de l'expérience personnelle de la communication avec le Dieu et l’écoute de la Parole.
Tel était le sermon, en particulier des instructeurs et les professeurs pharisiens, avec qui a tant polémiqué le Sauveur pendant Son service terrestre. C'était aussi un témoignage, mais le témoignage de l'expérience personnelle assez souvent subjective de la communion avec Dieu. Le témoignage chrétien au sens original du mot est toujours objectif, ce n’est pas le témoignage de soi devant Dieu, mais de Jésus Christ et du Royaume. Mais un tel témoignage est possible seulement lorsque le témoin a déjà joint la vie du Royaume, dont il y vit, et la puissance qui agit à l’intérieur. L’apôtre Paul comme on voit, témoigne de cette puissance, voyant notamment en elle la manifestation du Royaume.
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