Pour Paul, le christianisme est avant tout la vie avec le Christ dans son Royaume, et le témoignage rendu à lui et à cette vie. C'est pourquoi l'apôtre dit plus loin que le Royaume n'est « pas en parole, mais en puissance ». À en juger par les paroles que l'apôtre adresse aux chrétiens de Corinthe, pour eux il en allait...
Pour Paul, le christianisme est avant tout la vie avec le Christ dans son Royaume, et le témoignage rendu à lui et à cette vie. C'est pourquoi l'apôtre dit plus loin que le Royaume n'est « pas en parole, mais en puissance ». À en juger par les paroles que l'apôtre adresse aux chrétiens de Corinthe, pour eux il en allait autrement. Ce n'est pas par hasard que Paul parle de la vie chrétienne authentique comme de la vie de personnes persécutées, pauvres et sans réussite. Il semble opposer une telle vie à celle que menaient de nombreux chrétiens de Corinthe qui avaient trouvé leur place dans le monde. Il n'est certes pas exclu que certains responsables de l'Église de Corinthe aient effectivement fait une sorte de carrière ecclésiastique—bien qu'à cette époque elle fût naturellement très différente de ce qu'elle devint plus tard, lorsque les institutions ecclésiastiques furent non seulement légales, mais même officielles et très influentes.
Mais le problème ne tenait pas à l'ampleur de cette carrière ; il résidait dans l'état intérieur de ceux qui la poursuivaient. Il était précisément que ces personnes s'étaient trouvées dans ce monde et s'y étaient installées, peut-être avec moins de luxe que les carriéristes ecclésiastiques d'autres époques, mais tout à fait confortablement. Le malheur n'était pas qu'elles étaient devenues les chefs de certains groupes et mouvements ecclésiaux ou proches de l'Église ; il résidait dans leur état intérieur, que l'apôtre caractérise d'un seul mot : vous vous êtes enrichis. Elles avaient perdu l'état spirituel que Jésus, comme Isaïe de Jérusalem des siècles avant lui, appelait pauvreté. Ce qui importe ici, ce n'est pas ce qu'une personne possède ni en quelle quantité, mais ce sur quoi elle s'appuie, et si elle pense réellement posséder quelque chose. Le pauvre de Dieu comprend parfaitement qu'il est vide et prêt à accueillir en lui-même, dans sa vie, dans son âme et son cœur, ce dont Dieu voudra le remplir. De tout son être, il sent qu'il ne possède rien dans ce monde sur quoi il pourrait s'appuyer, et même rien qui ait de la valeur, rien à quoi il vaille la peine de s'attacher.
Le riche, lui, est certain de posséder quelque chose de ce genre. Quelque chose qui lui appartient de droit—non parce que Dieu le lui a donné, mais parce qu'il l'a gagné et mérité. On peut s'appuyer sur ce que l'on a gagné et mérité ; cela ne fera pas défaut. C'est à toi. Tu es riche. Mais cette richesse se révèle terrestre, de ce monde, sans rapport avec le Royaume. Le riche peut être riche en paroles sur le Royaume. Mais seul le pauvre en acquiert la puissance, et l'apôtre le sait parfaitement : il était lui-même plus riche que beaucoup, mais il a préféré la pauvreté à cause du Christ et du Royaume.
8 v) Sans nous, vous êtes déjà installés dans le Royaume des cieux et jouissez, jusqu’au rassasiement, de toutes ses richesses !
9 w) Comme les condamnés à mort livrés aux bêtes devant la foule des spectateurs.
10 x) En conclusion de ce passage, vv. 6-10, Paul reprend sur un ton ironique ses thèmes de 1.2 Vous êtes ou vous vous prétendez prudents, forts, honorés ; ce n’est pas selon Dieu mais selon le monde, ce monde qui nous considère comme fous, faibles et méprisables et qui en conséquence nous persécute (vv. 11-13) ; la réalité aux yeux de Dieu est exactement l’inverse.
13 y) Les mots traduits par ordure et rebut désignent également les misérables qui servaient de victimes expiatoires dans les calamités publiques. — Souvent Paul revient sur les peines et les persécutions qu’il rencontre dans son apostolat et la façon dont Dieu lui donne de les surmonter : 2 Co 4.7-12 ; 6.4-10 ; 11.23-33 ; 1 Th 3.4 ; 2 Tm 3.10-11. Selon lui, la faiblesse de l’apôtre démontre la puissance de celui qui l’envoie, 2 Co 12.9-10 ; Ph 4.13, parce que la grandeur de l’ouvre accomplie ne peut être attribuée à la seule action de l’envoyé, 2 Co 4.7.
15 z) Le pédagogue était un esclave qui avait pour rôle de conduire à ses maîtres l’enfant, puis le jeune homme, de le surveiller, de réprimer ses écarts. La nuance est péjorative.
15 a) Cette paternité spirituelle correspond à ce que Paul dit en 3.6 « Moi j’ai planté » J’ai semé en vous la vie nouvelle de l’Esprit qui vous configure au Christ. Cf. v. 17 ; Ga 4.19 ; Phm 10. Ailleurs, c’est sa tendresse pour ses chrétiens que Paul compare à celle d’un père ou d’une mère, 1 Th 2.7, 11, cf. 2 Co 12.15.
17 b) Littéralement « voies », cf. Ps 119.1 ; Jn 14.6 ; Ac 9.2.
19 c) Il s’agit des réalisations dues à la puissance de l’Esprit (cf. 2.4 ; 1 Th 1.5), et avant tout la conversion et la vie selon l’Esprit.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.