17 Car le Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais annoncer l'Évangile, et cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ. |
Dans l'Église des premiers chrétiens existaient différents services auxquels Dieu appelait différentes personnes. L'un de ces services était celui de l'apôtre, ou envoyé, qui existait non seulement dans l'Église, mais aussi dans d'autres fraternités religieuses juives de l'époque évangélique, sur le modèle desquelles l'Église primitive fut formée.
Pour les fraternités religieuses, le service des envoyés avait toujours une importance particulière : il s'agissait de communautés dépourvues de structure rigide, ressemblant davantage à des mouvements communautaires qu'à des organisations centralisées. Les envoyés jouaient dans de tels mouvements un rôle important de lien : ils pouvaient témoigner aux membres d'autres communautés des événements importants, publics et spirituels, qui se produisaient dans leur propre communauté. Ainsi s'effectuait dans les fraternités l'échange d'expérience spirituelle et de vie sans lequel la fraternité, comme tout unifié, ne pouvait exister.
Dans l'Église, le rôle de l'apôtre-envoyé avait une importance particulière : elle reposait avant tout sur la bonne nouvelle et sur le témoignage. L'Église n'était pas une organisation religieuse qui, comme il arrive d'ordinaire dans les organisations religieuses, serait liée par un rite unique ou par une doctrine unique. Certes, la majorité des membres de l'Église primitive était liée à la Synagogue, mais la Synagogue elle-même n'était pas une en ce sens, d'autant plus que l'Église accueillait non seulement des Juifs, mais aussi d'anciens païens intéressés par le judaïsme sans l'avoir pleinement adopté, pour qui le rite juif n'était pas aussi proche et organique que pour les Juifs eux-mêmes.
L'Église primitive n'était unie que par la foi en Jésus comme Messie promis par Dieu, que Dieu avait ressuscité d'entre les morts, et par la foi au Royaume que ce Messie ressuscité a apporté au monde et auquel chacun, croyant Jésus ressuscité et Lui confiant sa vie, peut participer. Ici, le témoignage au Ressuscité et au Royaume qu'Il a apporté au monde passait au premier plan, et le service apostolique devenait central.
C'est pourquoi Paul se réjouit que Dieu lui ait confié précisément le service apostolique. Certes, Paul n'avait pas pour autant une Église qu'il aurait pu appeler sienne au sens où ceux qui dirigeaient des communautés ecclésiales concrètes appelaient leurs différentes Églises les leurs. Mais une telle situation ne le troublait nullement : il comprenait le service que Dieu lui avait confié.
10 Je vous en prie, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ, ayez tous même langage; qu'il n'y ait point parmi vous de divisions; soyez étroitement unis dans le même esprit et dans la même pensée. |
11 En effet, mes frères, il m'a été signalé à votre sujet par les gens de Chloé qu'il y a parmi vous des discordes. |
12 J'entends par là que chacun de vous dit : " Moi, je suis à Paul. " - " Et moi, à Apollos. " - " Et moi, à Céphas. " - " Et moi, au Christ. " |
13 Le Christ est-il divisé? Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous? Ou bien serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés? |
14 Je rends grâces de n'avoir baptisé aucun de vous, si ce n'est Crispus et Caïus, |
15 de sorte que nul ne peut dire que vous avez été baptisés en mon nom. |
16 Ah si ! j'ai baptisé encore la famille de Stéphanas. Pour le reste, je ne sache pas avoir baptisé quelqu'un d'autre. |
17 Car le Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais annoncer l'Évangile, et cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ. |
Passant de la discussion sur le Royaume et le salut aux problèmes concrets de l'Église de Corinthe, Paul reproche aux chrétiens corinthiens les divisions apparues parmi eux (v. 10-12). Il ne pouvait évidemment guère être question de diviniser Paul lui-même, ni aucun de ceux que l'apôtre mentionne dans sa lettre. Mais des partis de partisans et de disciples pouvaient très bien s'être formés dans l'Église de Corinthe, comme il arrivait parfois dans les cités grecques que naissent des groupes de partisans et de disciples de telle ou telle école philosophique. Et face aux partisans de tous les groupes existant parmi les chrétiens corinthiens devait inévitablement apparaître aussi le parti, pour ainsi dire, des « purs chrétiens », qui, critiquant tous les autres pour leur écart de la vérité, disaient fièrement d'eux-mêmes : nous, nous sommes au Christ !
Bien sûr, une telle situation ne favorisait en rien une vie spirituelle normale. Et il ne s'agissait pas seulement du fait que des disputes permanentes détournaient inévitablement les chrétiens corinthiens de l'essentiel pour lequel ils se réunissaient dans l'Église. Le principal problème était que ces disputes, qui, manifestement, séparaient souvent les adversaires au point qu'ils ne voulaient même plus communiquer les uns avec les autres, détruisaient l'Église comme espace spirituel. Car Jésus, en partant, n'a laissé dans le monde ni une fraternité religieuse ni une école de théologie. Il y a laissé une communauté de personnes vivant dans le Royaume, par qui celui-ci pouvait demeurer dans le monde et le transformer. C'est là, et seulement là, que réside la tâche principale de l'Église ; tout le reste, prédication, enseignement religieux, recherches théologiques et même œuvres de miséricorde, n'est important que comme témoignage du Royaume. Naturellement, le développement de la théologie est impossible sans débats théologiques.
Mais si les débats finissent par faire éclater la communauté en groupes opposés les uns aux autres, une telle théologie doit être reconnue comme un échec spirituel complet. Et il ne s'agit pas seulement du contre-témoignage, mais aussi du fait qu'en fin de compte ces débats ne font pas entrer ceux qui y participent dans le Royaume, ils les en séparent. Car le Royaume n'exige pas l'unité des opinions, mais des relations normales avec le prochain ; si elles n'existent pas, il faudra oublier le fait de demeurer dans le Royaume. Même pour ceux dont les arguments se révèlent irréprochables du point de vue théologique.
10 Je vous en prie, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ, ayez tous même langage; qu'il n'y ait point parmi vous de divisions; soyez étroitement unis dans le même esprit et dans la même pensée. |
11 En effet, mes frères, il m'a été signalé à votre sujet par les gens de Chloé qu'il y a parmi vous des discordes. |
12 J'entends par là que chacun de vous dit : " Moi, je suis à Paul. " - " Et moi, à Apollos. " - " Et moi, à Céphas. " - " Et moi, au Christ. " |
13 Le Christ est-il divisé? Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous? Ou bien serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés? |
14 Je rends grâces de n'avoir baptisé aucun de vous, si ce n'est Crispus et Caïus, |
15 de sorte que nul ne peut dire que vous avez été baptisés en mon nom. |
16 Ah si ! j'ai baptisé encore la famille de Stéphanas. Pour le reste, je ne sache pas avoir baptisé quelqu'un d'autre. |
17 Car le Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais annoncer l'Évangile, et cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ. |
En caractérisant son témoignage, Paul dit que le Christ ne l'a pas envoyé baptiser, mais annoncer l'Évangile. Paul est apôtre, témoin, porteur de la bonne nouvelle du Messie venu dans le monde et du Royaume qui, selon la parole du Messie, «s'est approché». L'apostolat est toujours témoignage. L'apôtre n'est ni professeur, ni maître spirituel, ni président de l'assemblée ecclésiale, ni catéchiste. Sa tâche est plus précise: il est un témoin qui doit raconter ce qu'il a vu et vécu. Le raconter de telle sorte que ceux qui l'écoutent voient et vivent tout, autant que possible, avec la même clarté et la même netteté que le témoin lui-même.
S'il est question du Royaume, ceux qui écoutent doivent faire l'expérience de la communion à la vie du Royaume comme l'a faite le témoin lui-même, qui porte le ministère apostolique. Certes, toute activité chrétienne est, dans une certaine mesure, ou du moins devrait être, un apostolat: car le chrétien est habitant du Royaume, et s'il en est ainsi, la relation avec lui doit nécessairement ouvrir le Royaume à ceux qui entrent en relation avec lui. Mais le ministère apostolique est un témoignage exclusivement, ou principalement; l'apôtre lui consacre toute sa vie.
Pour l'Église, un tel témoignage est essentiel: il s'agit en effet de la manifestation du Royaume au monde par des personnes concrètes qui vivent de ce Royaume. Le christianisme authentique, le christianisme non comme nouvelle religion ou nouvel enseignement, mais comme vie nouvelle, ne peut se répandre dans le monde que de cette manière. Mais dans les Églises particulières, à toutes les époques, il a existé une tendance à transformer le christianisme, d'expérience d'une vie nouvelle, en nouvelle religion ou en quelque nouvel enseignement spirituel. C'est ce qui s'est produit aussi dans l'Église de Corinthe.
Là, d'après les paroles de l'apôtre, étaient apparus certains groupes, formés semble-t-il autour de maîtres ou de prédicateurs connus dans la communauté, et leurs membres s'identifiaient précisément à leur groupe. La réaction à l'apparition de tels groupes fut probablement l'apparition de certains «chrétiens purs» ou «simplement chrétiens», qui disaient d'eux-mêmes qu'ils étaient «du Christ», par opposition aux partisans de tel ou tel maître ou prédicateur. Mais quoi que tous ces gens aient dit d'eux-mêmes et les uns des autres, ils avaient déjà cessé d'être simplement chrétiens.
Ils avaient déjà lié leur christianisme non seulement, et pas tant, au Christ et à Son Royaume qu'à certaines personnes. Et le christianisme lui-même était devenu pour eux un nouvel enseignement, et non une vie nouvelle. C'est contre une telle transformation essentielle que Paul met en garde les chrétiens de Corinthe: car elle déplace leur attention du Christ et du Royaume vers quelque chose qui peut même être intéressant et vrai à certains égards, mais qui n'a pas de rapport direct avec le Royaume. Et donc pas de rapport direct non plus avec le christianisme comme tel.
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