En caractérisant son témoignage, Paul dit que le Christ ne l'a pas envoyé baptiser, mais annoncer l'Évangile. Paul est apôtre, témoin, porteur de la bonne nouvelle du Messie venu dans le monde et du Royaume qui, selon la parole du Messie, «s'est approché». L'apostolat est toujours témoignage. L'apôtre n'est ni professeur, ni maître spirituel, ni président de l'assemblée ecclésiale, ni catéchiste. Sa tâche est plus précise: il est un témoin qui doit raconter ce qu'il a vu et vécu. Le raconter de telle sorte que ceux qui l'écoutent voient et vivent tout, autant que possible, avec la même clarté et la même netteté que le témoin lui-même.
S'il est question du Royaume, ceux qui écoutent doivent faire l'expérience de la communion à la vie du Royaume comme l'a faite le témoin lui-même, qui porte le ministère apostolique. Certes, toute activité chrétienne est, dans une certaine mesure, ou du moins devrait être, un apostolat: car le chrétien est habitant du Royaume, et s'il en est ainsi, la relation avec lui doit nécessairement ouvrir le Royaume à ceux qui entrent en relation avec lui. Mais le ministère apostolique est un témoignage exclusivement, ou principalement; l'apôtre lui consacre toute sa vie.
Pour l'Église, un tel témoignage est essentiel: il s'agit en effet de la manifestation du Royaume au monde par des personnes concrètes qui vivent de ce Royaume. Le christianisme authentique, le christianisme non comme nouvelle religion ou nouvel enseignement, mais comme vie nouvelle, ne peut se répandre dans le monde que de cette manière. Mais dans les Églises particulières, à toutes les époques, il a existé une tendance à transformer le christianisme, d'expérience d'une vie nouvelle, en nouvelle religion ou en quelque nouvel enseignement spirituel. C'est ce qui s'est produit aussi dans l'Église de Corinthe.
Là, d'après les paroles de l'apôtre, étaient apparus certains groupes, formés semble-t-il autour de maîtres ou de prédicateurs connus dans la communauté, et leurs membres s'identifiaient précisément à leur groupe. La réaction à l'apparition de tels groupes fut probablement l'apparition de certains «chrétiens purs» ou «simplement chrétiens», qui disaient d'eux-mêmes qu'ils étaient «du Christ», par opposition aux partisans de tel ou tel maître ou prédicateur. Mais quoi que tous ces gens aient dit d'eux-mêmes et les uns des autres, ils avaient déjà cessé d'être simplement chrétiens.
Ils avaient déjà lié leur christianisme non seulement, et pas tant, au Christ et à Son Royaume qu'à certaines personnes. Et le christianisme lui-même était devenu pour eux un nouvel enseignement, et non une vie nouvelle. C'est contre une telle transformation essentielle que Paul met en garde les chrétiens de Corinthe: car elle déplace leur attention du Christ et du Royaume vers quelque chose qui peut même être intéressant et vrai à certains égards, mais qui n'a pas de rapport direct avec le Royaume. Et donc pas de rapport direct non plus avec le christianisme comme tel.
