1 À celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants sans vouloir discuter des opinions. |
Paul a toujours traité avec respect les personnes qui observaient les normes et les règles de leur religion. Mais, d’un autre côté, dans les communautés d’Église de ce temps, il y avait beaucoup de ceux qui « ne distinguaient pas les jours », des païens, et en fait simplement, pour parler en langage moderne, des personnes laïques, pour qui aucune religion en soi n’était intéressante. Que fallait-il faire ? Car chez les personnes religieuses, une telle attitude envers la religion provoquait au minimum de l’incompréhension.
Mais Paul, comme on le voit, ne se hâte pas de les soutenir. Et cela ne nous étonnera guère si nous comprenons les motifs qui guident l’apôtre.
Paul lui-même était bien sûr un homme religieux ; il parle de lui comme d’un « pharisien issu de pharisiens ». Mais il n’absolutise nullement sa propre religiosité. Et il y a des raisons à cela. Si la religion pouvait être le salut par elle-même, si elle pouvait ouvrir à ses adeptes le chemin du Royaume, l’apôtre la traiterait sans doute autrement. Mais il comprend parfaitement que, s’il en était ainsi, le Christ n’aurait pas eu besoin de venir vers nous pour nous sauver. Et si la religion ne sauve pas, si elle est une affaire humaine, il faut la traiter en conséquence, comme une affaire humaine. S’il y a dans l’Église des personnes pour qui la religion est importante, c’est une affaire de conscience, et l’apôtre était bien sûr loin de vouloir combattre la religiosité de qui que ce soit. Mais il comprenait parfaitement aussi tous les dangers que la religion porte pour la vie spirituelle.
L’un des principaux dangers était précisément l’absolutisation, par les personnes religieuses, de leur religiosité comme forme unique possible et unique acceptable de la vie chrétienne. Une telle absolutisation non seulement repoussait les personnes non religieuses, mais déformait l’essence même du christianisme, qui, dans une telle approche, se transformait en une sorte de nouvelle religion, se vidant ainsi de sa substance et perdant son essence spirituelle. Et Paul s’y oppose fermement : non à la religion comme telle, mais à l’absolutisation de toute religiosité, y compris celle dont il était lui-même porteur. On ne pouvait éviter une telle absolutisation que d’une seule manière : en laissant le choix de la religion à la discrétion de chaque membre de l’Église. Afin que chacun choisisse lui-même la forme de vie dans l’Église, et donc dans le Royaume, qui lui convienne le mieux.
1 À celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants sans vouloir discuter des opinions. |
2 Tel croit pouvoir manger de tout, tandis que le faible ne mange que des légumes: |
3 que celui qui mange ne méprise pas l'abstinent et que l'abstinent ne juge pas celui qui mange; Dieu l'a bien accueilli. |
4 Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d'autrui? Qu'il reste debout ou qu'il tombe, cela ne concerne que son maître; d'ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir. |
5 Celui-ci préfère un jour à un autre; celui-là les estime tous pareils: que chacun s'en tienne à son jugement. |
6 Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur; et celui qui mange le fait pour le Seigneur, puisqu'il rend grâce à Dieu. Et celui qui s'abstient le fait pour le Seigneur, et il rend grâce à Dieu. |
7 En effet, nul d'entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même; |
8 si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur. |
9 Car le Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants. |
10 Mais toi, pourquoi juger ton frère? et toi, pourquoi mépriser ton frère? Tous, en effet, nous comparaîtrons au tribunal de Dieu, |
11 car il est écrit: Par ma vie, dit le Seigneur, tout genou devant moi fléchira, et toute langue rendra gloire à Dieu. |
12 C'est donc que chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même. |
13 Finissons-en donc avec ces jugements les uns sur les autres: jugez plutôt qu'il ne faut rien mettre devant votre frère qui le fasse buter ou tomber. - |
14 Je le sais, j'en suis certain dans le Seigneur Jésus, rien n'est impur en soi, mais seulement pour celui qui estime un aliment impur; en ce cas il l'est pour lui. - |
15 En effet, si pour un aliment ton frère est contristé, tu ne te conduis plus selon la charité. Ne va pas avec ton aliment faire périr celui-là pour qui le Christ est mort! |
16 N'exposez donc pas votre privilège à l'outrage. |
17 Car le règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint. |
18 Celui en effet qui sert le Christ de la sorte est agréable à Dieu et approuvé des hommes. |
19 Poursuivons donc ce qui favorise la paix et l'édification mutuelle. |
20 Ne va pas pour un aliment détruire l'œuvre de Dieu. Tout est pur assurément, mais devient un mal pour l'homme qui mange en donnant du scandale. |
21 Ce qui est bien, c'est de s'abstenir de viande et de vin et de tout ce qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère. |
22 Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux qui ne se juge pas coupable au moment même où il se décide. |
23 Mais celui qui mange malgré ses doutes est condamné, parce qu'il agit sans bonne foi et que tout ce qui ne procède pas de la bonne foi est péché. |
« Heureux celui qui ne se condamne pas dans le choix qu’il fait. » Se condamner soi-même, c’est ne pas accomplir ce que nous prenons sur nous devant Dieu. Ne pas nous condamner dans notre choix, c’est ne pas regarder en arrière ni nous abandonner à l’imagination, ne pas supposer : « Qu’aurait-il pu arriver si... ? » C’est l’habitude de marcher droit devant Dieu dans le secret du cœur. C’est savoir mener une vie patiente sans envier ceux qui vivent autrement. Il arrive que nous regardions ceux qui n’observent pas le jeûne et pensions que leur vie est plus facile, plus gaie, plus simple. Nous reculons alors devant notre choix du Christ. Par le doute et l’imagination, nous laissons entrer dans notre vie la duplicité et la méfiance envers Dieu.
12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière. |
13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité: point de ripailles ni d'orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies. |
14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises. |
1 À celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants sans vouloir discuter des opinions. |
2 Tel croit pouvoir manger de tout, tandis que le faible ne mange que des légumes: |
3 que celui qui mange ne méprise pas l'abstinent et que l'abstinent ne juge pas celui qui mange; Dieu l'a bien accueilli. |
4 Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d'autrui? Qu'il reste debout ou qu'il tombe, cela ne concerne que son maître; d'ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir. |
La lecture d’aujourd’hui de l’épître aux Romains — est l’un des passages les plus importants de l’Écriture, s’il peut y avoir parmi eux des passages plus ou moins importants. Elle doit être à la base des représentations des chrétiens sur les moyens de la vie spirituelle à employer et sur la manière de s’y rapporter. Dans la pratique, la religion révélée par Dieu se distingue de l’idolâtrie avant tout par le fait que les moyens n’y deviennent pas le but. À la question de ce qu’il faut faire pour hériter la vie éternelle, l’apôtre dit deux fois « revêtez » (ένδύω, endyo signifie mettre quelque chose sur soi ou se donner entièrement à quelque chose) : revêtez les armes de la lumière et le Seigneur Jésus-Christ. Non pas « mettez la chair dans l’état voulu » (par un régime végétarien ou par d’autres moyens), mais revêtez les armes de la lumière. La nature matérielle de l’homme exige un certain soin ; ses forces doivent être soutenues et elle-même doit être maîtrisée pour ne pas devenir l’essentiel, mais : ne transformez pas le souci de la chair en convoitises. À la différence des stoïciens et des épicuriens, l’apôtre affirme qu’une vie bonne et un sage soin (πρόνοια, pronoia, sagesse, prudence, souci) de la chair ne nous conduisent pas automatiquement au but. À strictement parler, ce texte n’approuve ni l’absence de contrôle du côté charnel de l’homme, ni la mortification de la chair comme sens principal de la vie. D’ailleurs, à notre époque comme au temps de l’apôtre, le premier danger est plus actuel que le second.
La seconde chose, non moins importante, dans le passage d’aujourd’hui : accueillez celui qui est faible dans la foi, sans discussions sur les opinions. L’apôtre affirme que nous ne devons pas discuter des moyens de la vie spirituelle (il s’agit concrètement du jeûne). Nous en rendons compte devant Dieu, et non les uns devant les autres. Au passage, on ne peut manquer de remarquer que, tout au long de notre histoire comme aujourd’hui encore, accomplir ces paroles est, pour beaucoup d’entre nous, une tâche au-dessus de nos forces. D’un autre côté, cette liberté est étendue par l’apôtre au domaine des moyens de la vie spirituelle, mais nullement au contenu de la foi, comme certains essaient parfois de le présenter.
Enfin, il n’est pas inutile d’entendre le mot original : au premier verset du chapitre 14, l’apôtre dit : « Celui qui est faible dans la foi... ». Άσθενής τή πίστει, astenis ti pistei, asthénique dans la foi. Ainsi surgit devant les yeux, comme dans un miroir, un personnage maigre et asthénique, au visage exsangue et aux bras mollement pendants. En russe, nous appelons cela une pâle infirmité. Voilà comment nous croyons. Et voilà pourquoi nous nous concentrons sur nous-mêmes, sur notre propre faiblesse spirituelle et sur les manifestations extérieures de la piété. Cela ne se surmonte, comme on le sait, que par le Sang de Jésus-Christ.
12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière. |
13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité: point de ripailles ni d'orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies. |
14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises. |
1 À celui qui est faible dans la foi, soyez accueillants sans vouloir discuter des opinions. |
2 Tel croit pouvoir manger de tout, tandis que le faible ne mange que des légumes: |
3 que celui qui mange ne méprise pas l'abstinent et que l'abstinent ne juge pas celui qui mange; Dieu l'a bien accueilli. |
4 Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d'autrui? Qu'il reste debout ou qu'il tombe, cela ne concerne que son maître; d'ailleurs il restera debout, car le Seigneur a la force de le soutenir. |
« Car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru ». Depuis notre conversion au Christ, nous regardons le monde avec d'autres yeux. Pour chacun de nous, quelque chose change dans la vie. Et, en recevant la Communion, nous devenons plus proches du Christ: nous le recevons, lui, ainsi que le chemin du salut qu'il nous propose. Et chacun de nous « sera relevé, car Dieu a le pouvoir de le relever ».
Nous tombons et nous nous relevons sur notre chemin à la suite du Christ. Il nous est préparé de tomber aux yeux de ce monde comme chemin de salut. Nous verrons nous-mêmes la profondeur de notre chute dans le repentir, mais lui nous relèvera selon sa miséricorde, il nous relèvera au jour de la Résurrection des morts pour la vie éternelle.
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