1 Mais la famine pesait sur le pays |
2 et lorsqu'ils eurent achevé de manger le grain qu'ils avaient rapporté d'Égypte, leur père leur dit : Retournez et achetez-nous un peu de vivres. |
3 Juda lui répondit : Cet homme nous a expressément avertis : Vous ne serez pas admis en ma présence à moins que votre frère ne soit avec vous. |
4 Si tu es prêt à laisser partir notre frère avec nous, nous descendrons et t'achèterons des vivres, |
5 mais si tu ne le laisses pas partir, nous ne descendrons pas, car cet homme nous a dit : Vous ne serez pas admis en ma présence à moins que votre frère ne soit avec vous. |
6 Israël dit : Pourquoi m'avez-vous fait ce mal de dire à cet homme que vous aviez encore un frère ? - |
7 C'est, répondirent-il, que l'homme s'est enquis de nous et de notre famille en demandant : Votre père est-il encore vivant, avez-vous un frère ? et nous l'avons informé en conséquence. Pouvions-nous savoir qu'il dirait : Amenez votre frère ? |
8 Alors Juda dit à son père Israël : Laisse aller l'enfant avec moi. Allons, mettons-nous en route pour que nous conservions la vie et ne mourions pas, nous-mêmes avec toi et les personnes à notre charge. |
9 Je me porte garant pour lui et tu m'en demanderas compte: s'il m'arrive de ne pas te le ramener et de ne pas le remettre devant tes yeux, j'en porterai la faute pendant toute ma vie. |
10 Si nous n'avions pas tant tardé, nous serions déjà revenus pour la seconde fois ! |
11 Alors leur père Israël leur dit : Puisqu'il le faut, faites donc ceci : dans vos bagages prenez des meilleurs produits du pays pour les apporter en présent à cet homme, un peu de baume et un peu de miel, de la gomme adragante et du laudanum, des pistache |
12 Prenez avec vous une seconde somme d'argent et rapportez l'argent qui a été remis à l'entrée de vos sacs à blé: c'était peut-être une méprise. |
13 Prenez votre frère et partez, retournez auprès de cet homme. |
14 Qu'El Shaddaï vous fasse trouver miséricorde auprès de cet homme et qu'il vous laisse ramener votre autre frère et Benjamin. Pour moi, que je perde mes enfants si je dois les perdre ! La rencontre chez Joseph |
15 Nos gens prirent donc ce présent, le double d'argent avec eux, et Benjamin; ils partirent et descendirent en Égypte et ils se présentèrent devant Joseph. |
16 Quand Joseph les vit avec Benjamin, il dit à son intendant : Conduis ces gens à la maison, abats une bête et apprête-la, car ces gens mangeront avec moi à midi. |
17 L'homme fit comme Joseph avait commandé et conduisit nos gens à la maison de Joseph. |
18 Nos gens eurent peur parce qu'on les conduisait à la maison de Joseph et ils dirent : C'est à cause de l'argent qui s'est retrouvé la première fois dans nos sacs à blé qu'on nous emmène : on va nous assaillir, tomber sur nous et nous prendre pour esclaves. |
19 Ils s'approchèrent de l'intendant de Joseph et lui parlèrent à l'entrée de la maison: |
20 Pardon, Monseigneur ! dirent-ils, nous sommes descendus une première fois pour acheter des vivres |
21 et, lorsque nous sommes arrivés au campement pour la nuit et que nous avons ouvert nos sacs à blé, voici que l'argent de chacun se trouvait à l'entrée de son sac, notre argent bien compté, et nous le rapportons avec nous. |
22 Nous avons apporté une autre somme pour acheter des vivres. Nous ne savons pas qui a mis notre argent dans nos sacs à blé. |
23 Mais il répondit : Soyez en paix et n'ayez pas peur ! C'est votre Dieu et le Dieu de votre père qui vous a mis un trésor dans vos sacs à blé; votre argent m'est bien parvenu et il leur amena Siméon. |
24 L'homme introduisit nos gens dans la maison de Joseph, il leur apporta de l'eau pour qu'ils se lavent les pieds et il donna du fourrage à leurs ânes. |
25 Ils disposèrent le présent en attendant que Joseph vienne pour midi, car ils avaient appris qu'ils prendraient là leur repas. |
26 Quand Joseph rentra à la maison, ils lui offrirent le présent qu'ils avaient avec eux et se prosternèrent à terre. |
27 Mais il les salua amicalement et demanda : Comment se porte votre vieux père dont vous m'avez parlé, est-il encore en vie ? |
28 Ils répondirent : Ton serviteur, notre père, se porte bien, il est encore en vie et ils s'agenouillèrent et se prosternèrent. |
29 Levant les yeux, Joseph vit son frère Benjamin, le fils de sa mère, et demanda : Est-ce là votre plus jeune frère, dont vous m'avez parlé ? et s'adressant à lui : Que Dieu te fasse grâce, mon fils. |
30 Et Joseph se hâta de sortir, car ses entrailles s'étaient émues pour son frère et les larmes lui venaient aux yeux: il entra dans sa chambre et là, il pleura. |
31 S'étant lavé le visage, il revint et, se contenant, il ordonna : Servez le repas. |
32 On le servit à part, eux à part et à part aussi les Égyptiens qui mangeaient chez lui, car les Égyptiens ne peuvent pas prendre leurs repas avec les Hébreux: ils ont cela en horreur. |
33 Ils étaient placés en face de lui, chacun à son rang, de l'aîné au plus jeune, et nos gens se regardaient avec étonnement. |
34 Mais lui leur fit porter, de son plat, des portions d'honneur, et la portion de Benjamin surpassait cinq fois celle de tous les autres. Avec lui ils burent et s'enivrèrent. |
La lecture d’aujourd’hui poursuit le récit de la manière dont Joseph conduisait ses frères au repentir. D’une part, il les a placés devant un choix très difficile : il leur était absolument nécessaire de retourner en Égypte pour du blé, et en même temps il leur était absolument impossible de paraître devant Joseph sans Benjamin (v. 2 – 5). Et maintenant les frères de Joseph ont compris ce que c’est que de priver un père de son fils bien-aimé (v. 6 – 7, 11 – 14). En réalité, en vendant Joseph comme esclave, ils avaient fait la même chose à leur père ; mais alors, aveuglés par la haine envers leur jeune frère, ils ne pouvaient comprendre ce qu’avait vécu Jacob en perdant Joseph. Maintenant Joseph les a forcés à le comprendre, en ordonnant qu’on lui amène Benjamin et en leur interdisant de paraître en Égypte sans le plus jeune frère. La leçon était extrêmement dure, mais c’était la seule possibilité de faire sentir et comprendre jusqu’au bout aux frères, hommes apparemment rudes et, comme la plupart des nomades, nullement portés à la réflexion ni à la sentimentalité, ce qu’ils avaient fait en se débarrassant de Joseph. Mais ce n’était pas tout : l’un des frères dut prendre sur lui toute la responsabilité du bien-être de Benjamin (v. 8 – 9), responsabilité qu’il ne refusa pas, comme le montrèrent les événements suivants, même lorsque la situation devint critique (Gn 44 : 17 – 34). À l’égard de Joseph, les frères s’étaient comportés de façon absolument irresponsable ; maintenant Joseph se mit lui-même à leur apprendre une attitude responsable les uns envers les autres. Et ce n’était pas un caprice : sans la capacité de prendre sur soi la responsabilité, il ne peut y avoir ni repentir authentique ni véritable conversion à Dieu. D’autre part, l’histoire de l’argent rendu aux frères, payé pour le blé, eut une suite. Dans cette situation, les frères de Joseph se comportèrent sans reproche, sans faire la moindre tentative de tromper Joseph. Jacob comme tous les autres étaient convaincus que l’argent leur avait été rendu par erreur, et ils étaient prêts à le remettre à ses propriétaires légitimes (v. 12, 18 – 22). Et alors Joseph leur fait comprendre qu’aucune action, bonne ou mauvaise, ne reste sans conséquence auprès de Dieu : en réponse à l’honnêteté et à la bonne foi de ses frères, il leur donne en fait l’argent qu’ils avaient apporté pour payer le blé acheté auparavant (v. 23). Ainsi, peu à peu, pas à pas, Joseph amène ses frères à comprendre des choses sans lesquelles il ne peut y avoir de vie spirituelle normale : le bien et le mal, la responsabilité de l’homme pour ses actes, la toute-puissance de Dieu. Et il le fait de manière pratique, sans faire à ses frères des leçons de morale, mais en les plaçant dans des situations où tout se connaît par sa propre expérience.
1 Mais la famine pesait sur le pays |
2 et lorsqu'ils eurent achevé de manger le grain qu'ils avaient rapporté d'Égypte, leur père leur dit : Retournez et achetez-nous un peu de vivres. |
3 Juda lui répondit : Cet homme nous a expressément avertis : Vous ne serez pas admis en ma présence à moins que votre frère ne soit avec vous. |
4 Si tu es prêt à laisser partir notre frère avec nous, nous descendrons et t'achèterons des vivres, |
5 mais si tu ne le laisses pas partir, nous ne descendrons pas, car cet homme nous a dit : Vous ne serez pas admis en ma présence à moins que votre frère ne soit avec vous. |
6 Israël dit : Pourquoi m'avez-vous fait ce mal de dire à cet homme que vous aviez encore un frère ? - |
7 C'est, répondirent-il, que l'homme s'est enquis de nous et de notre famille en demandant : Votre père est-il encore vivant, avez-vous un frère ? et nous l'avons informé en conséquence. Pouvions-nous savoir qu'il dirait : Amenez votre frère ? |
8 Alors Juda dit à son père Israël : Laisse aller l'enfant avec moi. Allons, mettons-nous en route pour que nous conservions la vie et ne mourions pas, nous-mêmes avec toi et les personnes à notre charge. |
9 Je me porte garant pour lui et tu m'en demanderas compte: s'il m'arrive de ne pas te le ramener et de ne pas le remettre devant tes yeux, j'en porterai la faute pendant toute ma vie. |
10 Si nous n'avions pas tant tardé, nous serions déjà revenus pour la seconde fois ! |
11 Alors leur père Israël leur dit : Puisqu'il le faut, faites donc ceci : dans vos bagages prenez des meilleurs produits du pays pour les apporter en présent à cet homme, un peu de baume et un peu de miel, de la gomme adragante et du laudanum, des pistache |
12 Prenez avec vous une seconde somme d'argent et rapportez l'argent qui a été remis à l'entrée de vos sacs à blé: c'était peut-être une méprise. |
13 Prenez votre frère et partez, retournez auprès de cet homme. |
14 Qu'El Shaddaï vous fasse trouver miséricorde auprès de cet homme et qu'il vous laisse ramener votre autre frère et Benjamin. Pour moi, que je perde mes enfants si je dois les perdre ! La rencontre chez Joseph |
15 Nos gens prirent donc ce présent, le double d'argent avec eux, et Benjamin; ils partirent et descendirent en Égypte et ils se présentèrent devant Joseph. |
16 Quand Joseph les vit avec Benjamin, il dit à son intendant : Conduis ces gens à la maison, abats une bête et apprête-la, car ces gens mangeront avec moi à midi. |
17 L'homme fit comme Joseph avait commandé et conduisit nos gens à la maison de Joseph. |
18 Nos gens eurent peur parce qu'on les conduisait à la maison de Joseph et ils dirent : C'est à cause de l'argent qui s'est retrouvé la première fois dans nos sacs à blé qu'on nous emmène : on va nous assaillir, tomber sur nous et nous prendre pour esclaves. |
19 Ils s'approchèrent de l'intendant de Joseph et lui parlèrent à l'entrée de la maison: |
20 Pardon, Monseigneur ! dirent-ils, nous sommes descendus une première fois pour acheter des vivres |
21 et, lorsque nous sommes arrivés au campement pour la nuit et que nous avons ouvert nos sacs à blé, voici que l'argent de chacun se trouvait à l'entrée de son sac, notre argent bien compté, et nous le rapportons avec nous. |
22 Nous avons apporté une autre somme pour acheter des vivres. Nous ne savons pas qui a mis notre argent dans nos sacs à blé. |
23 Mais il répondit : Soyez en paix et n'ayez pas peur ! C'est votre Dieu et le Dieu de votre père qui vous a mis un trésor dans vos sacs à blé; votre argent m'est bien parvenu et il leur amena Siméon. |
24 L'homme introduisit nos gens dans la maison de Joseph, il leur apporta de l'eau pour qu'ils se lavent les pieds et il donna du fourrage à leurs ânes. |
25 Ils disposèrent le présent en attendant que Joseph vienne pour midi, car ils avaient appris qu'ils prendraient là leur repas. |
26 Quand Joseph rentra à la maison, ils lui offrirent le présent qu'ils avaient avec eux et se prosternèrent à terre. |
27 Mais il les salua amicalement et demanda : Comment se porte votre vieux père dont vous m'avez parlé, est-il encore en vie ? |
28 Ils répondirent : Ton serviteur, notre père, se porte bien, il est encore en vie et ils s'agenouillèrent et se prosternèrent. |
29 Levant les yeux, Joseph vit son frère Benjamin, le fils de sa mère, et demanda : Est-ce là votre plus jeune frère, dont vous m'avez parlé ? et s'adressant à lui : Que Dieu te fasse grâce, mon fils. |
30 Et Joseph se hâta de sortir, car ses entrailles s'étaient émues pour son frère et les larmes lui venaient aux yeux: il entra dans sa chambre et là, il pleura. |
31 S'étant lavé le visage, il revint et, se contenant, il ordonna : Servez le repas. |
32 On le servit à part, eux à part et à part aussi les Égyptiens qui mangeaient chez lui, car les Égyptiens ne peuvent pas prendre leurs repas avec les Hébreux: ils ont cela en horreur. |
33 Ils étaient placés en face de lui, chacun à son rang, de l'aîné au plus jeune, et nos gens se regardaient avec étonnement. |
34 Mais lui leur fit porter, de son plat, des portions d'honneur, et la portion de Benjamin surpassait cinq fois celle de tous les autres. Avec lui ils burent et s'enivrèrent. |
La famine et la sécheresse se révélèrent durables; une seule expédition en Égypte pour du pain ne suffit pas. Il fallut repartir, et emmener le plus jeune frère, qui était maintenant Benjamin. Il n'y avait pas d'autre issue; et Joseph essaie encore et encore de faire comprendre à ses frères quelque chose qu'ils ne peuvent absolument pas comprendre. Il les accueille avec bienveillance, les reçoit comme des hôtes d'honneur.
Il est peu probable qu'un simple nomade ait pu compter en Égypte sur un tel accueil. Une allusion? Peut-être. Mais si c'est une allusion, pourquoi faire allusion, pourquoi ne pas se révéler tout de suite? Si ce n'est pas une allusion, alors c'est une leçon de miséricorde. De miséricorde précisément au sens biblique, celle qu'on traduit d'ordinaire en russe par «grâce». La miséricorde comme disponibilité à faire pour quelqu'un ce qu'on n'est nullement obligé de faire pour lui.
C'est ainsi que Joseph agit envers ses frères. Quel sens y a-t-il à une telle leçon si elle demeure anonyme? Surtout dans une leçon qui s'étire dans le temps: car l'argent payé pour le grain lors du précédent voyage et alors, pendant ce même voyage, rendu aux acheteurs, fait lui aussi partie de la leçon. Maintenant les frères de Joseph rapportent l'argent, et témoignent ainsi de leur honnêteté. Pour Joseph, leur réaction était sans doute à la fois importante et intéressante: on aurait pu «ne pas remarquer» l'argent rendu, faire comme si rien ne s'était passé. Simplement voir ce qui arriverait: si ce fonctionnaire égyptien se souvient de son erreur, s'il s'en aperçoit, avouer; s'il ne s'en aperçoit pas, qu'il en soit ainsi, oublier, et affaire close. Les frères agissent autrement; ils se comportent comme des hommes honnêtes et comme des acheteurs consciencieux, ne voulant pas profiter des erreurs d'autrui. Cela signifie qu'ils ne sont pas si mauvais, que le mal ne les a pas corrompus au point d'être complètement sans espoir.
Sur un tel fond, le plus jeune frère qu'il faut amener est comme un rappel de ce qu'ils ont fait autrefois. Que lui arrivera-t-il? Pensées, pensées... Et à propos de l'autre plus jeune frère, dont ils s'étaient autrefois débarrassés, aussi. Donc, le châtiment finit tout de même par rejoindre? Le destin se venge-t-il du frère vendu comme esclave? Sur un tel fond, l'accueil amical et solennel est comme une échappée d'air. Tout n'est pas si simple; ce n'est pas seulement le destin vengeur qui gouverne le monde. Voilà bien un homme bon, même s'il est Égyptien, même s'il est fonctionnaire, et il parle même avec des nomades comme avec des êtres humains... Il y avait de quoi réfléchir.
1 Mais la famine pesait sur le pays |
2 et lorsqu'ils eurent achevé de manger le grain qu'ils avaient rapporté d'Égypte, leur père leur dit : Retournez et achetez-nous un peu de vivres. |
3 Juda lui répondit : Cet homme nous a expressément avertis : Vous ne serez pas admis en ma présence à moins que votre frère ne soit avec vous. |
4 Si tu es prêt à laisser partir notre frère avec nous, nous descendrons et t'achèterons des vivres, |
5 mais si tu ne le laisses pas partir, nous ne descendrons pas, car cet homme nous a dit : Vous ne serez pas admis en ma présence à moins que votre frère ne soit avec vous. |
6 Israël dit : Pourquoi m'avez-vous fait ce mal de dire à cet homme que vous aviez encore un frère ? - |
7 C'est, répondirent-il, que l'homme s'est enquis de nous et de notre famille en demandant : Votre père est-il encore vivant, avez-vous un frère ? et nous l'avons informé en conséquence. Pouvions-nous savoir qu'il dirait : Amenez votre frère ? |
8 Alors Juda dit à son père Israël : Laisse aller l'enfant avec moi. Allons, mettons-nous en route pour que nous conservions la vie et ne mourions pas, nous-mêmes avec toi et les personnes à notre charge. |
9 Je me porte garant pour lui et tu m'en demanderas compte: s'il m'arrive de ne pas te le ramener et de ne pas le remettre devant tes yeux, j'en porterai la faute pendant toute ma vie. |
10 Si nous n'avions pas tant tardé, nous serions déjà revenus pour la seconde fois ! |
11 Alors leur père Israël leur dit : Puisqu'il le faut, faites donc ceci : dans vos bagages prenez des meilleurs produits du pays pour les apporter en présent à cet homme, un peu de baume et un peu de miel, de la gomme adragante et du laudanum, des pistache |
12 Prenez avec vous une seconde somme d'argent et rapportez l'argent qui a été remis à l'entrée de vos sacs à blé: c'était peut-être une méprise. |
13 Prenez votre frère et partez, retournez auprès de cet homme. |
14 Qu'El Shaddaï vous fasse trouver miséricorde auprès de cet homme et qu'il vous laisse ramener votre autre frère et Benjamin. Pour moi, que je perde mes enfants si je dois les perdre ! La rencontre chez Joseph |
15 Nos gens prirent donc ce présent, le double d'argent avec eux, et Benjamin; ils partirent et descendirent en Égypte et ils se présentèrent devant Joseph. |
16 Quand Joseph les vit avec Benjamin, il dit à son intendant : Conduis ces gens à la maison, abats une bête et apprête-la, car ces gens mangeront avec moi à midi. |
17 L'homme fit comme Joseph avait commandé et conduisit nos gens à la maison de Joseph. |
18 Nos gens eurent peur parce qu'on les conduisait à la maison de Joseph et ils dirent : C'est à cause de l'argent qui s'est retrouvé la première fois dans nos sacs à blé qu'on nous emmène : on va nous assaillir, tomber sur nous et nous prendre pour esclaves. |
19 Ils s'approchèrent de l'intendant de Joseph et lui parlèrent à l'entrée de la maison: |
20 Pardon, Monseigneur ! dirent-ils, nous sommes descendus une première fois pour acheter des vivres |
21 et, lorsque nous sommes arrivés au campement pour la nuit et que nous avons ouvert nos sacs à blé, voici que l'argent de chacun se trouvait à l'entrée de son sac, notre argent bien compté, et nous le rapportons avec nous. |
22 Nous avons apporté une autre somme pour acheter des vivres. Nous ne savons pas qui a mis notre argent dans nos sacs à blé. |
23 Mais il répondit : Soyez en paix et n'ayez pas peur ! C'est votre Dieu et le Dieu de votre père qui vous a mis un trésor dans vos sacs à blé; votre argent m'est bien parvenu et il leur amena Siméon. |
24 L'homme introduisit nos gens dans la maison de Joseph, il leur apporta de l'eau pour qu'ils se lavent les pieds et il donna du fourrage à leurs ânes. |
25 Ils disposèrent le présent en attendant que Joseph vienne pour midi, car ils avaient appris qu'ils prendraient là leur repas. |
26 Quand Joseph rentra à la maison, ils lui offrirent le présent qu'ils avaient avec eux et se prosternèrent à terre. |
27 Mais il les salua amicalement et demanda : Comment se porte votre vieux père dont vous m'avez parlé, est-il encore en vie ? |
28 Ils répondirent : Ton serviteur, notre père, se porte bien, il est encore en vie et ils s'agenouillèrent et se prosternèrent. |
29 Levant les yeux, Joseph vit son frère Benjamin, le fils de sa mère, et demanda : Est-ce là votre plus jeune frère, dont vous m'avez parlé ? et s'adressant à lui : Que Dieu te fasse grâce, mon fils. |
30 Et Joseph se hâta de sortir, car ses entrailles s'étaient émues pour son frère et les larmes lui venaient aux yeux: il entra dans sa chambre et là, il pleura. |
31 S'étant lavé le visage, il revint et, se contenant, il ordonna : Servez le repas. |
32 On le servit à part, eux à part et à part aussi les Égyptiens qui mangeaient chez lui, car les Égyptiens ne peuvent pas prendre leurs repas avec les Hébreux: ils ont cela en horreur. |
33 Ils étaient placés en face de lui, chacun à son rang, de l'aîné au plus jeune, et nos gens se regardaient avec étonnement. |
34 Mais lui leur fit porter, de son plat, des portions d'honneur, et la portion de Benjamin surpassait cinq fois celle de tous les autres. Avec lui ils burent et s'enivrèrent. |
Le pardon de Joseph est une étape considérable dans l’évolution ou, mieux, dans l’ascension de l’esprit humain hors des abîmes de la chute originelle. Le patriarche Noé ne peut pas encore pardonner à son fils, mais Joseph pardonne déjà à ses frères. Pourtant, malgré toute la noblesse de son acte, il reste encore très loin de l’idéal manifesté par le Christ. On peut en indiquer deux signes.
D’abord, il pardonne tout de même en se trouvant dans une situation prospère. Il voit que le Seigneur a changé le mal de ses frères en bien. Il le voit manifestement. Nous voudrions souligner le mot « manifestement ». C’est beaucoup plus simple quand on voit comment le Seigneur te rend manifestement justice. À cela se rattache l’histoire instructive du mot « manifestement », apparu dans des manuscrits tardifs et passé dans la traduction synodale de Mt 6:4 ; dans la traduction de l’évêque Cassien, fondée sur des manuscrits plus anciens, il est absent. La justice est rétablie, l’offensé a reçu une récompense. Mais ce n’est vrai que du point de vue de l’homme et du monde visible qui l’entoure. Le Christ, Lui, pardonne en recevant pour récompense la Croix. C’est tout autre chose.
Et ensuite, Joseph pardonne à ses frères, c’est-à-dire à des personnes de son propre sang ; or le sentiment de parenté est d’autant plus fort que nous remontons plus profondément dans les siècles. Rappelons ces paroles : « Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas rancune aux fils de ton peuple, mais tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19:18). Ce sont précisément les mots « aux fils de ton peuple » qu’il faut remarquer. Seul le Seigneur fera le pas suivant : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais Moi, Je vous dis : aimez vos ennemis » (Mt 5:43–44).
1 Mais la famine pesait sur le pays |
2 et lorsqu'ils eurent achevé de manger le grain qu'ils avaient rapporté d'Égypte, leur père leur dit : Retournez et achetez-nous un peu de vivres. |
3 Juda lui répondit : Cet homme nous a expressément avertis : Vous ne serez pas admis en ma présence à moins que votre frère ne soit avec vous. |
4 Si tu es prêt à laisser partir notre frère avec nous, nous descendrons et t'achèterons des vivres, |
5 mais si tu ne le laisses pas partir, nous ne descendrons pas, car cet homme nous a dit : Vous ne serez pas admis en ma présence à moins que votre frère ne soit avec vous. |
6 Israël dit : Pourquoi m'avez-vous fait ce mal de dire à cet homme que vous aviez encore un frère ? - |
7 C'est, répondirent-il, que l'homme s'est enquis de nous et de notre famille en demandant : Votre père est-il encore vivant, avez-vous un frère ? et nous l'avons informé en conséquence. Pouvions-nous savoir qu'il dirait : Amenez votre frère ? |
8 Alors Juda dit à son père Israël : Laisse aller l'enfant avec moi. Allons, mettons-nous en route pour que nous conservions la vie et ne mourions pas, nous-mêmes avec toi et les personnes à notre charge. |
9 Je me porte garant pour lui et tu m'en demanderas compte: s'il m'arrive de ne pas te le ramener et de ne pas le remettre devant tes yeux, j'en porterai la faute pendant toute ma vie. |
10 Si nous n'avions pas tant tardé, nous serions déjà revenus pour la seconde fois ! |
11 Alors leur père Israël leur dit : Puisqu'il le faut, faites donc ceci : dans vos bagages prenez des meilleurs produits du pays pour les apporter en présent à cet homme, un peu de baume et un peu de miel, de la gomme adragante et du laudanum, des pistache |
12 Prenez avec vous une seconde somme d'argent et rapportez l'argent qui a été remis à l'entrée de vos sacs à blé: c'était peut-être une méprise. |
13 Prenez votre frère et partez, retournez auprès de cet homme. |
14 Qu'El Shaddaï vous fasse trouver miséricorde auprès de cet homme et qu'il vous laisse ramener votre autre frère et Benjamin. Pour moi, que je perde mes enfants si je dois les perdre ! La rencontre chez Joseph |
15 Nos gens prirent donc ce présent, le double d'argent avec eux, et Benjamin; ils partirent et descendirent en Égypte et ils se présentèrent devant Joseph. |
16 Quand Joseph les vit avec Benjamin, il dit à son intendant : Conduis ces gens à la maison, abats une bête et apprête-la, car ces gens mangeront avec moi à midi. |
17 L'homme fit comme Joseph avait commandé et conduisit nos gens à la maison de Joseph. |
18 Nos gens eurent peur parce qu'on les conduisait à la maison de Joseph et ils dirent : C'est à cause de l'argent qui s'est retrouvé la première fois dans nos sacs à blé qu'on nous emmène : on va nous assaillir, tomber sur nous et nous prendre pour esclaves. |
19 Ils s'approchèrent de l'intendant de Joseph et lui parlèrent à l'entrée de la maison: |
20 Pardon, Monseigneur ! dirent-ils, nous sommes descendus une première fois pour acheter des vivres |
21 et, lorsque nous sommes arrivés au campement pour la nuit et que nous avons ouvert nos sacs à blé, voici que l'argent de chacun se trouvait à l'entrée de son sac, notre argent bien compté, et nous le rapportons avec nous. |
22 Nous avons apporté une autre somme pour acheter des vivres. Nous ne savons pas qui a mis notre argent dans nos sacs à blé. |
23 Mais il répondit : Soyez en paix et n'ayez pas peur ! C'est votre Dieu et le Dieu de votre père qui vous a mis un trésor dans vos sacs à blé; votre argent m'est bien parvenu et il leur amena Siméon. |
24 L'homme introduisit nos gens dans la maison de Joseph, il leur apporta de l'eau pour qu'ils se lavent les pieds et il donna du fourrage à leurs ânes. |
25 Ils disposèrent le présent en attendant que Joseph vienne pour midi, car ils avaient appris qu'ils prendraient là leur repas. |
26 Quand Joseph rentra à la maison, ils lui offrirent le présent qu'ils avaient avec eux et se prosternèrent à terre. |
27 Mais il les salua amicalement et demanda : Comment se porte votre vieux père dont vous m'avez parlé, est-il encore en vie ? |
28 Ils répondirent : Ton serviteur, notre père, se porte bien, il est encore en vie et ils s'agenouillèrent et se prosternèrent. |
29 Levant les yeux, Joseph vit son frère Benjamin, le fils de sa mère, et demanda : Est-ce là votre plus jeune frère, dont vous m'avez parlé ? et s'adressant à lui : Que Dieu te fasse grâce, mon fils. |
30 Et Joseph se hâta de sortir, car ses entrailles s'étaient émues pour son frère et les larmes lui venaient aux yeux: il entra dans sa chambre et là, il pleura. |
31 S'étant lavé le visage, il revint et, se contenant, il ordonna : Servez le repas. |
32 On le servit à part, eux à part et à part aussi les Égyptiens qui mangeaient chez lui, car les Égyptiens ne peuvent pas prendre leurs repas avec les Hébreux: ils ont cela en horreur. |
33 Ils étaient placés en face de lui, chacun à son rang, de l'aîné au plus jeune, et nos gens se regardaient avec étonnement. |
34 Mais lui leur fit porter, de son plat, des portions d'honneur, et la portion de Benjamin surpassait cinq fois celle de tous les autres. Avec lui ils burent et s'enivrèrent. |
Les principaux héros de ce chapitre ne sont pas tant Joseph lui-même que ses frères. Cela se comprend : ce livre doit raconter au lecteur les relations humaines et la manière dont la Providence divine y entre. Tout le chapitre est construit sur des parallèles : les frères doivent suivre le chemin de Joseph, en découvrant Dieu pour eux-mêmes exactement comme il l'a fait lui-même. Et voici que devant eux et devant leur père se dresse un choix difficile : prendre le risque, partir pour un dangereux voyage en Égypte, ou rester à la maison, dans un pays affamé, et perdre pour toujours encore un frère. Et ils choisissent l'espérance, l'espérance en Dieu, qui doit accomplir Sa promesse et faire d'eux un grand peuple (car tout le récit est inclus dans le contexte de l'histoire d'Abraham et de son alliance). Comme dans tout bon roman (semblable à la vraie vie), tous les participants de l'action sont mis à l'épreuve : Joseph, sa famille et le lecteur lui-même...
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