La liturgie orthodoxe, y compris le cycle des lectures de la Sainte Écriture, prend à partir d’aujourd’hui un caractère de Grand Carême...
La liturgie orthodoxe, y compris le cycle des lectures de la Sainte Écriture, prend à partir d’aujourd’hui un caractère de Grand Carême. Aujourd’hui, comme en un véritable jour de jeûne, la liturgie n’est pas célébrée, et nous lisons, à la sixième heure et aux vêpres, les paroles du prophète Joël. Deux passages du livre du prophète sont très étroitement liés au Carême qui commence, et les rédacteurs du Typikon de l’Église ont voulu qu’avant le Carême nous prêtions avec eux l’oreille à ces paroles de Dieu.
La première lecture commence par des paroles sur le sens du jeûne. Elles résonnent après la prophétie sur le jour du Seigneur, sur le fait que la venue de Dieu dans le monde est semblable à un feu qui détruit tout péché et toute injustice. Le prophète voit et décrit des tableaux de calamités innombrables qui viennent sur l’univers, « car le jour du Seigneur arrive ». Et la réponse à cette vision du prophète devient la parole du Seigneur : « Mais maintenant encore, dit le Seigneur, revenez à Moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les lamentations. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car Il est bon et miséricordieux, patient et plein de bonté, et Il regrette le malheur ». Dieu dit que Sa volonté porte sur notre repentir et notre salut.
Mais, comme aux temps anciens (or le livre du prophète Joël a été écrit à la charnière des Ve et IVe siècles av. J.-C.), ces paroles restent actuelles pour nous : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements ». Tous les efforts que nous faisons pendant le Carême visent à nous faire pleurer, ne serait-ce qu’un instant, avec le cœur, et à trouver le Christ dans cette affliction. Le prophète en parle à la fin du passage : « Et vous, enfants de Sion, réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse dans le Seigneur votre Dieu ». Le Seigneur Jésus-Christ reprendra cette pensée dans le Sermon sur la montagne, en disant : « Mais toi, quand tu jeûnes, lave ton visage... ».
La seconde lecture, qui comprend la fin du livre du prophète Joël, nous appelle à considérer le temps qui vient comme le dernier. Le jour est venu où l’on ne peut plus remettre à plus tard le repentir et la conversion. Le Seigneur vient vers Son peuple, et ceux qui désirent obtenir la vie sortiront à Sa rencontre.
Le livre de Joël se divise naturellement en deux parties. Dans la première, une invasion de sauterelles qui ravage Juda provoque une liturgie de deuil et de supplication ; Yahvé répond en promettant la fin du fléau et le retour de l’abondance, Jl 1.2–2.27. La seconde partie décrit dans un style apocalyptique le jugement des nations et la victoire définitive de Yahvé et d’Israël, 3-4. L’unité entre les deux parties est assurée par la référence au Jour de Yahvé, qui est proprement le thème des chap. 3-4 mais qui paraît déjà dans Jl 1.15 ; 2.1-2, 10-11. Les sauterelles sont l’armée de Yahvé, lancée pour exécuter son jugement, un Jour de Yahvé, dont on peut être sauvé par la pénitence et la prière ; le fléau devient le type du grand jugement final, le Jour de Yahvé qui ouvrira les temps eschatologiques. Il n’y a pas lieu de distinguer deux auteurs ni deux époques de composition. On a encore défendu récemment une date à la fin de l’époque monarchique. La majorité des exégètes opte pour la période postexilique, avec les arguments suivants : l’absence de référence à un roi, les allusions à l’Exil mais aussi au Temple reconstruit, les rapports avec le Deutéronome et les prophètes postérieurs, Ézéchiel, Sophonie, Malachie, Abdias, cité à Jl 3.5. Le livre aurait été composé aux environs de 400 av. J.-C.
Ses attaches avec le culte sont évidentes. Les chap. 1-2 ont les caractères d’une liturgie pénitentielle, qui s’achève par la promesse prophétique du pardon divin. On a donc considéré Joël comme un prophète cultuel, attaché au service du Temple. Cependant, ces traits peuvent s’expliquer par l’imitation littéraire de formes liturgiques. Le livret n’est pas le compte rendu d’une prédication dans le Temple, il est une composition écrite, faite pour être lue. On est à la fin du courant prophétique.
L’effusion de l’esprit prophétique sur tout le peuple de Dieu à l’ère eschatologique, Jl 3.1-5, répond au souhait de Moïse dans Nb 11.29. Le Nouveau Testament considère que l’annonce s’est réalisée lors de la venue de l’Esprit sur les Apôtres du Christ, et saint Pierre citera tout ce passage, Ac 2.16-21 : Joël est le prophète de la Pentecôte. Il est aussi le prophète de la pénitence et ses invitations au jeûne et à la prière, empruntées des cérémonies du Temple ou rédigées sur leur modèle, entreront naturellement dans la liturgie chrétienne du Carême.