RÉFLEXIONS pour 1Jn 5:6-21
Au terme de sa réflexion sur la vie spirituelle du chrétien, Jean revient une fois encore à la question du péché et du Royaume. L'apôtre affirme que la plénitude de la vie du Royaume est liée à la personne de Jésus-Christ. Le Père céleste témoigne de la vie dont le Fils — le Messie — a apporté la plénitude au monde. Et le souffle de Dieu parle de cette même vie, la rappelant à tous ceux qu'il touche. Il s'agit ici d'une réalité non pas religieuse, mais spirituelle, qui existe avant toute religion et au-dessus d'elle. Depuis la venue du Christ dans le monde et le commencement de l'histoire du Royaume, quiconque cherche Dieu entre inévitablement en contact avec le Royaume et rencontrera tôt ou tard le Christ, à condition, bien sûr, de ne pas quitter le chemin et de le parcourir jusqu'au bout.
Jean parle ici du christianisme non comme d'une nouvelle religion dotée d'une nouvelle doctrine, mais comme d'une vie nouvelle, dont la réalité est aussi objective que toute autre réalité et ne dépend nullement de ce qu'une personne croit ou des opinions qu'elle professe. Mais que cette réalité nouvelle ait ou non un rapport avec la vie d'une personne donnée, cela dépend de cette personne elle-même.
Personne n'entraîne personne de force dans le Royaume ; on peut, pour un temps, ignorer complètement sa présence dans le monde. Mais si l'on choisit malgré tout la voie chrétienne, la question du péché se pose de manière incontournable. Jean, lui, parle de péchés qui conduisent à la mort et de péchés qui n'y conduisent pas. Ces paroles de l'apôtre ont même donné naissance, dans l'histoire de l'Église, à toute une série de conceptions sur les péchés mortels, sur ceux qu'il faut considérer comme tels et ceux qui ne le sont pas.
Pourtant, à la lumière de tout ce que Jean a dit du péché et de la justice, il n'est pas difficile de comprendre que le péché qui conduit à la mort est un péché conscient et volontaire, un péché dont on ne se repent pas parce qu'on le choisit délibérément, en sachant à quoi l'on s'engage. Ce n'est pas que ce choix conscient rende le péché plus grave, mais que, par son choix, l'homme s'identifie au péché et ne fait plus qu'un avec lui.
Dieu pourrait, certes, même dans ce cas, séparer l'homme de son péché, mais une telle séparation violerait alors sa liberté : cela reviendrait à dire qu'il a choisi une chose et que Dieu, contre son gré, lui en impose une autre. Ainsi, celui qui choisit consciemment le péché finit, s'il confirme ce choix avec constance, encore et encore, sans se repentir de rien, par se trouver hors du Royaume : car le péché n'a pas sa place dans le Royaume. Et donc celui qui ne se conçoit pas sans son péché n'y a pas sa place non plus.
