23 Gardons indéfectible la confession de l'espérance, car celui qui a promis est fidèle, |
On parle beaucoup de la fidélité dans la Bible, et avant tout, certes, de la fidélité de l’homme envers Dieu. Le mot «foi» dans les livres juifs, ainsi que dans les livres grecs de la Bible signifie notamment la fidélité; sans fidélité il n'y a pas de foi, sans elle la foi n’est qu’une belle théorie ou des émotions sublimes. Pourquoi c’est ainsi? En premier lieu, certes, parce que la fidélité signifie la fiabilité, l'assurance des relations stables, sans lesquelles on ne peut parler d’aucune union ni avec Dieu, ni avec l’homme. Mais est-ce seulement ça?
En quoi consiste la fidélité de Dieu, que mentionne l'auteur de l’épître? Sûrement, avant tout en ce qu'une fois ayant conclu une alliance, une fois ayant donné de promesses, Dieu est strictement fidèle, malgré tous les péchés de Son peuple, y compris l'apostasie, après quoi, il semblerait inutile de parler d’une quelconque union. Mais la volonté du Dieu est inflexible. Alors peut-être tout le problème est notamment en elle, dans la volonté? Ce n’est pas un hasard si la Bible ne nous dit pratiquement rien sur la nature de Dieu, elle nous parle seulement de Sa volonté et de la qualité de Sa relation envers nous.
Et la question de notre fidélité à Dieu n’est rien d'autre que la vérification de notre volonté. La vérification de ce par quoi commence toute vie spirituelle. C’est probablement pourquoi pour l'auteur de l’épître la fidélité, et donc, l'inflexibilité de la volonté et la constance du choix fait une fois, sort au premier plan. Puisque sans cela il n’y aura ni une vie spirituelle normale, ni des relations complètes avec Dieu. Et donc, et le chemin au Royaume s’avérera excessif pour l’homme.
19 Ayant donc, frères, l'assurance voulue pour l'accès au sanctuaire par le sang de Jésus, |
20 par cette voie qu'il a inaugurée pour nous, récente et vivante, à travers le voile - c'est-à-dire sa chair -, |
21 et un prêtre souverain à la tête de la maison de Dieu, |
22 approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs nettoyés de toutes les souillures d'une conscience mauvaise et le corps lavé d'une eau pure. |
23 Gardons indéfectible la confession de l'espérance, car celui qui a promis est fidèle, |
24 et faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes; |
25 ne désertez pas votre propre assemblée, comme quelques-uns ont coutume de le faire, mais encouragez-vous mutuellement, et d'autant plus que vous voyez approcher le Jour. |
26 Car si nous péchons volontairement, après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y a plus de sacrifice pour les péchés. |
27 Il y a, au contraire, une perspective redoutable, celle du jugement et d'un courroux de feu qui doit dévorer les rebelles. |
28 Quelqu'un rejette-t-il la Loi de Moïse ? Impitoyablement il est mis à mort sur la déposition de deux ou trois témoins. |
29 D'un châtiment combien plus grave sera jugé digne, ne pensez-vous pas, celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, tenu pour profane le sang de l'alliance dans lequel il a été sanctifié, et outragé l'Esprit de la grâce? |
30 Nous connaissons, en effet, celui qui a dit : A moi la vengeance. C'est moi qui rétribuerai. Et encore : Le Seigneur jugera son peuple. |
31 Oh ! chose effroyable que de tomber aux mains du Dieu vivant ! |
Poursuivant son propos sur le Christ comme Grand Prêtre, l'auteur de l'épître parle des relations entre lui et les fidèles comme de l'essence de ce que les prophètes d'Israël appelaient la nouvelle alliance. En effet: l'essence de toute union-alliance consiste, en fin de compte, dans la sanctification de l'homme par Dieu, dans l'action que Dieu exerce sur l'homme en changeant sa vie spirituelle, et parfois même sa nature. Et la nouvelle union, cette nouvelle alliance même dont Jérémie a parlé le premier, supposait non seulement la Torah écrite dans le coeur, mais aussi une mesure de Présence dans la vie d'une personne et du peuple de Dieu telle qu'il n'y en avait jamais eu auparavant.
C'est cette plénitude de la Présence qui était liée à la personne du Sauveur, et c'est pourquoi l'auteur de l'épître l'appelle Grand Prêtre avec une majuscule. Mais aucune mesure de Présence, fût-elle absolue, ne garantit à l'homme le salut, la purification, la sanctification ni quoi que ce soit d'autre. L'homme est libre, et tout se détermine en fin de compte précisément par son choix.
L'auteur de l'épître rappelle que le péché commis consciemment est irréparable en ce sens qu'il est impossible de se débarrasser de ses conséquences. Il en a toujours été ainsi, et même les sacrifices de purification yahvistes étaient ici impuissants, bien que la présence de Dieu auprès des autels yahvistes fût une réalité indubitable. La venue du Christ change qualitativement la situation à cet égard: désormais on peut être délivré même des conséquences de péchés autrefois commis consciemment, parce qu'en se confiant au Christ, l'homme ne reste plus seul devant Dieu avec ses péchés.
Désormais le Christ lui-même est prêt à aider l'homme à régler les conséquences de ses péchés, pourvu seulement que l'homme se repente de ce qu'il a commis et fasse confiance à son Sauveur. Mais si quelqu'un, devenu chrétien, estime possible pour lui de pécher consciemment, cela équivaut à l'apostasie et au reniement du Christ, comme l'auteur de l'épître le rappelle à ses lecteurs.
Alors revenir en arrière devient très, très difficile: en péchant consciemment et de son plein gré, l'homme s'oppose en fait à son Sauveur. Celui-ci fait tout pour délivrer l'homme de la puissance du péché, tandis que l'homme, de son côté, se livre au pouvoir du péché, et cela en pleine conscience. Une telle vie dresse un mur entre l'homme et le Christ, même si auparavant cette même personne s'était tournée vers le Christ avec une parfaite sincérité et était devenue son disciple. Voilà ces choses fondamentales pour la vie chrétienne que l'auteur de l'épître rappelle à ses lecteurs.
19 Ayant donc, frères, l'assurance voulue pour l'accès au sanctuaire par le sang de Jésus, |
20 par cette voie qu'il a inaugurée pour nous, récente et vivante, à travers le voile - c'est-à-dire sa chair -, |
21 et un prêtre souverain à la tête de la maison de Dieu, |
22 approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs nettoyés de toutes les souillures d'une conscience mauvaise et le corps lavé d'une eau pure. |
23 Gardons indéfectible la confession de l'espérance, car celui qui a promis est fidèle, |
24 et faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes; |
25 ne désertez pas votre propre assemblée, comme quelques-uns ont coutume de le faire, mais encouragez-vous mutuellement, et d'autant plus que vous voyez approcher le Jour. |
26 Car si nous péchons volontairement, après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y a plus de sacrifice pour les péchés. |
27 Il y a, au contraire, une perspective redoutable, celle du jugement et d'un courroux de feu qui doit dévorer les rebelles. |
28 Quelqu'un rejette-t-il la Loi de Moïse ? Impitoyablement il est mis à mort sur la déposition de deux ou trois témoins. |
29 D'un châtiment combien plus grave sera jugé digne, ne pensez-vous pas, celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, tenu pour profane le sang de l'alliance dans lequel il a été sanctifié, et outragé l'Esprit de la grâce? |
30 Nous connaissons, en effet, celui qui a dit : A moi la vengeance. C'est moi qui rétribuerai. Et encore : Le Seigneur jugera son peuple. |
31 Oh ! chose effroyable que de tomber aux mains du Dieu vivant ! |
La catastrophe de l'an 70 s'est apparemment répercutée sur l'état spirituel non seulement de la Synagogue, mais aussi de l'Église. Beaucoup de communautés ecclésiales traversaient sans doute alors une crise spirituelle et, avec elle, organisationnelle. C'est manifestement à cette crise qu'étaient liés les appels de l'auteur de l'épître à ne pas abandonner les assemblées de l'Église (v. 25). On peut penser qu'une telle pratique était avant tout provoquée par la déception et le désarroi liés à la destruction du Temple et à l'arrêt des sacrifices. Il n'est pas exclu que, pour de nombreux chrétiens, et d'abord pour les judéo-chrétiens, la destruction du Temple ait signifié l'impossibilité non seulement du sacrifice, mais aussi de la fraction du pain, si bien qu'ils ne voyaient plus de sens à participer aux assemblées de l'Église. Cela n'a rien d'étonnant: les représentations juives traditionnelles de l'époque ne séparaient pas l'un de l'autre, et les Juifs comme les judéo-chrétiens voyaient dans la fraction du pain et les repas rituels dont elle était le centre la continuation du repas sacrificiel, sans lequel la fraction du pain paraissait spirituellement et religieusement tout à fait impossible.
Cependant, l'auteur de l'épître appelle ses coreligionnaires à garder l'ancien ordre de la vie ecclésiale, en indiquant que, même en l'absence du Temple et des sacrifices yahvistes traditionnels, une vie spirituelle pleine demeure possible pour les chrétiens: car Celui qui a apporté le Royaume dans le monde, devenant pour Ses disciples le véritable Grand Prêtre, ne revient ni sur les promesses données une fois pour toutes ni sur l'alliance conclue une fois pour toutes (v. 19-24). Bien plus: l'auteur considère le départ de l'Église comme une trahison de cette alliance, le comparant à l'apostasie qui, selon les normes de la Torah, est punie de mort (v. 28-31). Il rappelle que la Torah admet la possibilité d'une purification seulement pour le péché commis par faiblesse ou par ignorance, mais nullement pour le péché commis consciemment et volontairement. Et l'abandon volontaire de l'assemblée ecclésiale est pour lui précisément un exemple d'un tel péché, équivalant à une apostasie volontaire (v. 26-27). Cela n'a rien d'étonnant: par la fraction du pain, qui a lieu dans l'assemblée à laquelle le Ressuscité participe directement, se réalise cette alliance nouvelle dont parlait déjà Jérémie et qui est devenue réalité avec la venue du Sauveur dans le monde. Une alliance qui ouvre le Royaume à ceux qui le cherchent. Et le refus de participer à la fraction du pain ne signifie donc rien d'autre que le refus de l'alliance, et par conséquent du Royaume.
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