2 Le sage se dirige bien, l'insensé va de travers.
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L'Ecclésiaste avait beaucoup lu les livres de sagesse traditionnels de son temps. Il parle la langue de ces aphorismes mêmes dont fut composé le Livre des Proverbes, les répétant parfois directement, les paraphrasant parfois. Mais pour lui, la première place revient à l'intégrité du chemin. Dans la vie spirituelle, il n'y a pas de balance sur laquelle on pourrait poser les bonnes et les mauvaises actions pour voir lesquelles pèseront le plus. Et même une telle pesée, si elle était possible, ne résoudrait rien. Dieu n'est pas un juge au sens terrestre, encore moins un policier.
Dieu sait parfaitement, sans aucune balance, ce que nous valons et ce que nous méritons. Mais, pour notre bonheur, Il nous rend non selon nos mérites, mais selon Son amour. Et pourtant, il ne s'agit pas seulement de Lui, mais de nous aussi. L'Ecclésiaste ne peut pas ne pas le comprendre: il a été là où l'éternité de Dieu rencontre le monde créé. Il a écouté et entendu ce silence apophatique derrière lequel se cache et à travers lequel s'ouvre la Présence. Il ne pouvait donc pas ne pas comprendre que tout bruit, surtout intérieur, étouffe Dieu. Le force à Se taire.
Dieu ne criera pas plus fort que nous: Il attendra simplement que nous nous taisions. Contrairement à nous, Il a toute l'éternité entre les mains, Il peut attendre. Attendre que nous apprenions à correspondre, non à Sa plénitude, ce qui nous est impossible par principe, mais à Sa Présence. Que nous apprenions à vivre avec elle et en elle. Apprendre à vivre? Toute l'écriture des sages parle justement de cela, d'apprendre à vivre... Et alors, l'exigence d'intégrité qui résonne si souvent dans les recueils d'aphorismes dont sont composés les livres des sages devient d'autant plus compréhensible pour l'Ecclésiaste.
L'homme n'est jamais sans péché, mais donne-t-il à ses péchés pouvoir sur lui? Si non, son cœur est du côté droit; si oui, du côté gauche. Il ne s'agit plus ici de formalisme religieux, ni même d'impeccabilité morale. Il s'agit de savoir si une cuillerée de goudron empoisonnera un grand tonneau de miel. Une seule mouche suffit à gâter une huile aromatique précieuse. Un seul petit péché, même une seule pensée de péché vers laquelle l'homme tourne toute la plénitude de son attention, suffit à perdre cette Présence même. Alors, la sagesse terrestre n'est-elle peut-être pas seulement terrestre? Il y a de quoi réfléchir...
Autres réflexions
Pour Qo 10:1-20
1 Une mouche morte gâte l'huile du parfumeur, un peu de sottise compte plus que sagesse et gloire.
2 Le sage se dirige bien, l'insensé va de travers.
3 Qu'il avance sur la route, celui qui est insensé, l'esprit lui manque, et tous disent: " C'est un insensé! "
4 Si l'humeur de celui qui commande se monte contre toi, ne quitte pas ta place, car le calme évite de grands péchés.
5 Il y a un mal que je vois sous le soleil, c'est comme une méprise de la part du souverain:
6 la folie placée au plus haut et des riches qui restent dans l'abaissement.
7 Je vois des esclaves aller à cheval et des princes à pied comme des esclaves.
8 Qui creuse une fosse tombe dedans, qui sape un mur, un serpent le mord;
9 qui extrait des pierres se blesse avec, qui fend du bois prend un risque.
10 Si le fer est émoussé et qu'on n'en aiguise pas la lame, il faut redoubler de forces; mais il y a profit à faire aboutir la sagesse.
11 Si, faute d'être charmé, le serpent mord, il n'y a pas de profit pour le charmeur.
12 Les paroles du sage plaisent, les lèvres de l'insensé le perdront:
13 le début de ses paroles est folie et la fin de son propos perfide sottise.
14 Le fou multiplie les paroles, mais l'homme ne sait pas ce qui sera: ce qui arrivera après lui, qui le lui annoncera?
15 Le travail de l'insensé le fatigue, lui qui ne sait même pas aller à la ville.
16 Malheur à toi, pays dont le roi est un gamin, et dont les princes mangent dès le matin!
17 Heureux le pays dont le roi est né noble, dont les princes mangent au temps voulu pour prendre des forces et non pour banqueter!
18 Pour des mains paresseuses, la poutre cède, pour des mains négligentes, il pleut dans la maison.
19 Pour se divertir on fait un repas, le vin réjouit les vivants et l'argent a réponse à tout.
20 Ne maudis pas le roi, fût-ce en pensée, ne maudis pas le riche, fût-ce dans ta chambre, car un oiseau du ciel emporterait le bruit, celui qui a des ailes redirait ta parole.
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Comme s'il voulait se détourner des sombres conclusions auxquelles il est lui-même parvenu, l'Ecclésiaste loue encore et encore la sagesse et ses...
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Comme s'il voulait se détourner des sombres conclusions auxquelles il est lui-même parvenu, l'Ecclésiaste loue encore et encore la sagesse et ses mérites. Il parle de l'importance de garder la sagesse dans toute sa plénitude (v. 1), des chemins différents que suivent les sages et les insensés (v. 2). Il condamne les gouvernants ignorants qui ne savent pas apprécier la sagesse (v. 4-6). Il comprend que, pour l'insensé, il n'existe aucun chemin où sa folie ne lui fasse obstacle (v. 3). La sagesse est nécessaire même pour les affaires les plus ordinaires, et l'Ecclésiaste donne des exemples de la manière dont la folie peut nuire même dans ces affaires ordinaires (v. 9-10). Elle est d'autant plus nécessaire là où il faut savoir parler et choisir les mots justes: ici, une parole insensée s'avère parfois pire que le dard d'un serpent (v. 11-13). Et pourtant, les paroles de l'Ecclésiaste ressemblent parfois à des tentatives pour se rassurer lui-même. Au fond de son âme, il n'oublie pas un seul instant qu'au terme du chemin de chacun, sage ou insensé, attend le shéol, où l'insensé ne se souciera pas plus de ses folies faites ou dites que le sage de ses actes de sagesse (v. 14).
Et pourtant, les affaires des gouvernements terrestres et des gouvernants terrestres ne laissent pas l'Ecclésiaste indifférent; il revient sans cesse au thème des gouvernants sages et insensés et de ce que le règne des uns et des autres apporte aux sujets (v. 16-17). Apparemment, intérieurement, il ne peut en aucune manière se résigner à la triste conclusion à laquelle ses réflexions précédentes l'ont conduit: la conclusion que la sagesse est impuissante et inutile lorsqu'il s'agit des affaires terrestres, qu'elle ne peut rien donner à l'homme sinon la possibilité de jouir de la paix intérieure et de la joie que Dieu lui donne.
Certains chercheurs bibliques ont comparé la vision du monde de l'Ecclésiaste à celle des stoïciens grecs, dont il était contemporain. La ressemblance est réelle: en effet, les stoïciens, tout en estimant hautement la loi morale et en jugeant absolument nécessaire de la suivre, étaient convaincus qu'il était impossible de corriger le monde et qu'il ne fallait pas attendre de récompense pour une stricte fidélité aux normes morales. Mais, à la différence de l'Ecclésiaste, ils s'étaient intérieurement entièrement réconciliés avec cet état de choses, l'acceptant comme allant de soi, si bien qu'il ne suscitait chez eux ni amertume ni protestation intérieure. L'Ecclésiaste, lui, manifestement, n'a jamais pu se résigner à ce que la sagesse ne soit nécessaire à personne sinon à ceux qui la cherchent. Et cela n'a rien d'étonnant: car la sagesse, à son époque, était avant tout l'art d'une vie juste, et l'Ecclésiaste, homme sincèrement croyant, ne pouvait en aucune manière se résigner à ce que la justice, comme la sagesse, ne soit nécessaire à personne sinon aux justes eux-mêmes.
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