RÉFLEXIONS pour Ac 21:1-16 — le 12 novembre 2024

RÉFLEXIONS pour Ac 21:1-16

Sur le chemin de Jérusalem, Paul et ses compagnons rencontrent constamment des personnes qui les avertissent de ce qui attend l'apôtre. Certains de ses compagnons et des gens rencontrés en route le pressent de ne pas aller à Jérusalem. Humainement, on peut les comprendre : il ne s'agit pas de renier le Christ, ni même de renoncer à l'apostolat. Il pourrait, après tout, continuer à prêcher dans les villes d'Asie Mineure ou d'autres provinces de l'Empire romain, qui était loin d'être petit.

Pourquoi aller précisément là où la menace est non seulement réelle, mais manifestement inévitable ? Tout cela serait juste si l'homme auquel est confié le service de Dieu pouvait choisir lui-même son chemin. Mais justement, le serviteur de Dieu n'a pas ce choix. Plus exactement, il y a renoncé de lui-même en choisissant la voie du service de Dieu. Peu importe alors le ministère précis qu'il exerce. En acceptant de Dieu le service qui lui est confié, l'homme cesse de s'appartenir. Paul, lui aussi, ne s'appartenait plus et ne pouvait plus choisir lui-même le lieu de sa prédication. À première vue, une telle situation peut sembler une absence totale de liberté.

Il semblerait donc que le serviteur de Dieu doive renoncer à la liberté. Mais, en réalité, les choses ne sont ni si simples ni si univoques. En se donnant à Dieu, l'homme peut désormais être en paix quant à son destin. À partir de ce moment, il n'est plus nécessaire de penser à ce qui nous arrivera ensuite. On peut se concentrer entièrement sur ce qu'il faut faire et ne pas penser au reste. On peut ne pas penser à sa propre vie et à sa propre mort : si notre vie ne nous appartient plus, pourquoi se préoccuper de ce qu'il ne nous revient de toute façon pas de décider ? Pourtant, à bien y réfléchir, nous autres chrétiens sommes tous dans cette situation. Nous ne nous appartenons pas.

Bien sûr, s'agissant de la vie et de la mort, cela est vrai de tout homme, quelles que soient ses croyances et sa manière de vivre. La seule question est de savoir dans quelle mesure il en a conscience : vit-il les yeux ouverts, ou les ferme-t-il en se cachant la tête dans le sable ? Il faut reconnaître qu'aujourd'hui l'immense majorité des gens vivent les yeux fermés : ils font tout pour oublier leur propre mortalité et sont bouleversés lorsqu'ils se trouvent face à face avec la mort.

Mais, même lorsque ce n'est pas le cas, beaucoup pensent encore que l'homme a quelque pouvoir sur sa propre vie et sa propre mort. Seule la conscience de la réalité de la présence de Dieu, de la réalité du Royaume, délivre de cette illusion de pouvoir. Plus cette conscience est claire et entière, moins on désire disposer soi-même de sa vie, et moins on se fait d'illusions sur la possibilité de le faire. Paul, pour qui le Royaume est une réalité absolue, n'a aucune illusion de ce genre. Il sait qu'il ira là où doit s'achever son chemin terrestre : d'abord à Jérusalem, puis à Rome. Et que ce chemin est pour lui non seulement le seul possible, mais aussi le meilleur : celui que Dieu a choisi pour lui.