26 Aussi bien, frères, considérez votre appel: il n'y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés. |
27 Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; |
28 ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l'on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n'est pas, pour réduire à rien ce qui est, |
29 afin qu'aucune chair n'aille se glorifier devant Dieu. |
30 Car c'est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et rédemption, |
31 afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, qu'il se glorifie dans le Seigneur. |
Paul ne flatte pas ceux auxquels il écrit... Aimeriez-vous lire de telles paroles : regardez-vous donc, vous n'êtes ni sages ni puissants... C'est triste, mais objectif. Paul décrit la situation réelle au lieu de chanter leurs louanges. Et le Seigneur, Lui aussi, nous regarde ainsi : objectivement. Quel que soit Son amour pour chacun de nous, Il n'affirmera pas que nous possédons des dons et des qualités qui, en réalité, nous font défaut. Ce qu'Il fait est bien meilleur, même si cela ne flatte guère notre amour-propre. Il prend ce qui existe—et agit Lui-même. Il donne des dons qui ne nous avaient pas été accordés par nature. Ce qui nous est demandé, c'est de recevoir Ses dons, de les employer pour Sa gloire et de ne jamais oublier de qui ils proviennent.
27 Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; |
Pourquoi Dieu a-t-Il tant besoin de faiblesse et de folie pour, selon la parole de l'apôtre, confondre la sagesse et la force? La faiblesse et la folie réussissent-elles mieux à accomplir les tâches qu'Il leur confie? Ou bien Lui importe-t-il que tout observateur impartial comprenne: il ne s'agit pas de force ni de sagesse humaines; ni la force ni la sagesse de ce monde n'y sont pour rien, c'est la force de Dieu et la sagesse de Dieu?
Mais tout observateur impartial ne verra-t-il pas d'emblée qu'il existe des choses inexplicables dans le cadre du monde non transfiguré et de sa nature, et que c'est précisément dans la vie chrétienne que l'on rencontre le plus de ces choses inexplicables? Ou peut-être n'est-ce pas du tout cela? Alors de quoi s'agit-il? Peut-être de l'ambivalence de toute sagesse humaine et du caractère équivoque de toute force humaine? En effet, après la chute, la nature humaine est devenue en elle-même un instrument peu fiable, surtout pour une œuvre spirituelle sérieuse.
La psyché comme la physiologie d'un homme même parfaitement sain peuvent le trahir à tout moment. Et si la santé physique, même en cas de défaillance, n'est pas en mesure de gâter ou de déformer fondamentalement la mission d'un homme (dans le pire des cas, il peut simplement ne pas avoir le temps d'achever sur terre ce qui lui avait été confié, et Dieu devra alors se chercher un autre serviteur), la santé psychique, qui peut elle aussi connaître des défaillances (pas toujours perceptibles pour celui qui les subit), peut le trahir beaucoup plus gravement. Mais il ne s'agit pas seulement de la nature humaine blessée par le péché. Il s'agit avant tout du noyau spirituel de la personne humaine, que la chute a touché en premier lieu parce que c'est par lui qu'elle a commencé. L'auteur du Prologue du Livre de la Genèse a décrit le problème de façon brève et dense en disant que «toutes les pensées du cœur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse». Et il ne s'agit évidemment pas de dire que l'homme déchu serait par principe incapable de rien de bon.
Il s'agit du fait qu'à ce bien se mêle inévitablement le mal, qui devient comme une cuillerée de goudron dans un tonneau de miel. Et le seul moyen d'éviter cette cuillerée est de réduire au minimum les efforts proprement humains, de rendre le cœur du serviteur, idéalement, spirituellement tout à fait transparent à l'action de Dieu. C'est alors seulement que l'on pourra éviter l'influence de la nature humaine déchue, qui se manifeste dans chaque action et chaque intention humaines. Ou du moins réduire cette influence au point que la qualité des intentions, des pensées et des actes du serviteur de Dieu devienne acceptable pour le Royaume.
27 Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; |
Pourquoi Dieu a-t-Il besoin de la faiblesse et la folie pour selon les mots de l'apôtre, confondre la sagesse et la force? Est-ce que la faiblesse et la folie viennent mieux à bout de leurs tâches? Ou il est important pour Lui que chaque observateur impartial ait compris: le problème n’est pas dans la force humaine ou la sagesse, la force et la sagesse de ce monde ne sont pour rien, c’est la force de Dieu et la sagesse de Dieu? Mais est-ce qu'il ne serait pas évident à n'importe quel observateur impartial à première vue qu'il y a des choses, qui sont inexplicables dans le cadre du monde non transformé et sa nature, et de telles choses inexplicables se rencontrent le plus notamment dans la vie chrétienne? Et peut-être, le problème n’est pas du tout en cela? Alors en quoi donc? Peut-être, dans la dualité de toute sagesse humaine et dans l'ambiguïté de toute force humaine?
En effet, la nature humaine elle-même après la chute est devenue outil pas très fiable, surtout pour une affaire spirituelle sérieuse. Le psychisme et la physiologie même d’une personne tout à fait saine peuvent le laisser tomber à n'importe quel moment. Et si la santé physique, même en cas de défaillance, n’est pas en état d’abîmer ou déformer principalement la mission de l’homme (dans le pire des cas il peut simplement ne pas avoir le temps d'achever sur terre ce qu’il lui avait été demandé, et alors il viendra à Dieu de Se chercher un autre serviteur), alors la santé psychique, qui peut aussi donner les défaillances (et en plus pas toujours visible pour le possesseur), peut encore le laisser tomber plus sérieusement.
Mais le problème n’est pas seulement dans la nature humaine endommagée par le péché. Le problème se trouve avant tout dans ce noyau spirituel de la personnalité humaine, que la chute a touché en premier lieu parce qu’elle a commencé avec celui-ci. L’auteur du Prologue du Livre de Genèse a décrit brièvement et clairement le problème, disant que «les intentions du coeur humain sont mauvaises dès son enfance». Et le problème ici, n’est bien sûr pas dans le fait que l’homme déchu n'est capable en principe de rien de bon. Le problème est qu'à ce bon se mêle inévitablement le mauvais, qui est comme la cuillère du goudron dans le baril de miel.
Et le seul moyen d'éviter cette cuillère est de minimiser les efforts humains, rendre le coeur du serviteur, dans l'idéal, spirituellement et complètement transparent pour l'action de Dieu. Alors on pourra éviter cette influence de la nature humaine déchue, qui se manifeste dans chaque action et intention humaine. Ou néanmoins, minimiser cette influence de sorte que la qualité des intentions, des idées et des oeuvres du serviteur de Dieu devienne acceptable pour le Royaume.
30 Car c'est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et rédemption, |
31 afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, qu'il se glorifie dans le Seigneur. |
Paul décrit la vie chrétienne comme la plénitude de la justice dans sa compréhension traditionnelle. Dans le yahvisme, puis dans le judaïsme, la justice s'est fermement liée à l'image de la pauvreté et du pauvre, apparue d'abord dans la prédication d'Isaïe de Jérusalem. Et le Sauveur lui-même relie la béatitude des pauvres, des démunis, à lui-même et à la venue du Royaume. Ce lien n'est pas accidentel. Il ne s'agit évidemment pas de pauvreté matérielle, puisque ce même Isaïe, par exemple, qui se considérait comme pauvre, ne l'était nullement, mais de la pauvreté comme état spirituel inséparable des représentations traditionnelles de la justice.
En effet, la justice n'est pas inhérente à l'homme par nature ; elle ne peut pas lui appartenir comme qualité ou propriété innée ou acquise de sa nature. La justice est un état dans lequel l'homme peut demeurer, mais qu'il peut tout aussi facilement perdre. Dieu fait entrer l'homme dans l'état de justice, et l'homme lui-même ne peut rien faire pour l'acquérir. Ce qui dépend de l'homme, c'est seulement sa disponibilité à entrer dans cet état et à y demeurer. Mais cette disponibilité en elle-même ne change rien au fond : quelle qu'elle soit, si Dieu n'intervient pas, elle est inutile. L'homme se trouve démuni, n'ayant rien et ne pouvant rien dans ce qui concerne sa vie spirituelle, ses relations avec Dieu.
Il peut faire beaucoup pour devenir juste sans se rapprocher du but d'un seul iota sans l'intervention directe de Dieu dans sa vie. Et tout ce que l'homme peut faire et possède dans ce monde ne signifie et ne vaut rien lorsque se résout la tâche principale. L'homme se sent démuni, pauvre, tout en étant dans ce monde un homme riche et un aristocrate de cour, comme l'était par exemple ce même Isaïe. C'est de cela que parle Paul lorsqu'il mentionne la sagesse, la force et la noble naissance comme des choses qui n'ont aucune signification pour le chemin spirituel d'un chrétien.
Le chemin du chrétien reste le même chemin de justice, mais le chemin de justice avec le Christ, qui du point de vue de ce monde fut un échec complet et absolu, dont la mission s'est terminée par la croix, et donc par un effondrement complet. Mais pour l'apôtre, l'« échec » du Sauveur est apparenté à ces mêmes « échecs » de ceux qui cherchent la vie juste, qui refusent de s'appuyer sur tout ce que le monde peut leur offrir afin de laisser Dieu entrer dans leur vie. Ainsi les chrétiens sont-ils prêts à laisser entrer dans leur vie le Christ « échoué » et à le suivre malgré tous les arguments que ce monde peut leur opposer. Parce que l'« échoué » qu'ils sont prêts à suivre a un seul argument, mais le plus décisif : le Royaume qu'il a apporté dans le monde.
18 Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu. |
19 Car il est écrit: Je détruirai la sagesse des sages, et l'intelligence des intelligents je la rejetterai. |
20 Où est-il, le sage ? Où est-il, l'homme cultivé ? Où est-il, le raisonneur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? |
21 Puisqu'en en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie du message qu'il a plu à Dieu de sauver les croyants. |
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, |
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, |
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. |
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. |
26 Aussi bien, frères, considérez votre appel: il n'y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés. |
27 Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; |
28 ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l'on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n'est pas, pour réduire à rien ce qui est, |
29 afin qu'aucune chair n'aille se glorifier devant Dieu. |
30 Car c'est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et rédemption, |
31 afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, qu'il se glorifie dans le Seigneur. |
Ainsi, le Christ crucifié est « scandale pour les Juifs et folie pour les païens »... Le Seigneur tout-puissant n’aurait-Il vraiment pas pu trouver une solution qui ne soit ni scandaleuse ni apparemment insensée ? Il l’aurait pu. Mais Il ne l’a pas cherchée. Car Il ne s’est jamais fixé et ne se fixe jamais pour but d’être commode et confortable... Oui, Il aime l’homme, mais cela ne signifie pas qu’Il cesse d’être Lui-même. Il agit selon Ses propres lois. Et même s’il semble qu’Il « ne se comporte pas en Dieu », en réalité, Il ne cherche tout simplement pas à se conformer à nos idées de ce que Dieu devrait être.
18 Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu. |
19 Car il est écrit: Je détruirai la sagesse des sages, et l'intelligence des intelligents je la rejetterai. |
20 Où est-il, le sage ? Où est-il, l'homme cultivé ? Où est-il, le raisonneur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? |
21 Puisqu'en en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie du message qu'il a plu à Dieu de sauver les croyants. |
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, |
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, |
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. |
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. |
26 Aussi bien, frères, considérez votre appel: il n'y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés. |
27 Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; |
28 ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l'on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n'est pas, pour réduire à rien ce qui est, |
29 afin qu'aucune chair n'aille se glorifier devant Dieu. |
30 Car c'est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et rédemption, |
31 afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, qu'il se glorifie dans le Seigneur. |
Poursuivant la discussion sur les disputes et sur ce qui les provoque, Paul passe, bien sûr non par hasard, au thème de la sagesse humaine et de ses limites. Pour lui, il est évident que cette sagesse est incapable de comprendre le mystère du ministère terrestre du Sauveur et de Sa mort sur la croix (v. 18-21). Ici, l'apôtre reste fidèle à la tradition des « pauvres », formée dès l'époque des prophètes d'avant l'exil. À en juger par le Livre des Psaumes, il était déjà devenu clair alors, pour ceux qui cherchaient une vie spirituelle pleine et des relations profondes avec Dieu, que les seuls efforts humains ne suffisent pas pour acquérir la justice, que l'homme qui veut suivre Dieu doit renoncer à l'idée de ne compter que sur lui-même. Celui qui cherchait ne pouvait atteindre le but désiré qu'en se remettant entièrement à la volonté de Dieu. Ce n'est pas par hasard que ces personnes commencèrent à s'appeler « pauvres » : elles comprenaient que devant Dieu elles étaient semblables à des mendiants, même lorsque, selon les critères de ce monde, on pouvait les considérer comme sages et riches. Ce sont elles qui, plus que les autres, attendaient la venue du Messie et l'avènement du Royaume messianique ; ce sont de telles personnes que Jésus appelle bienheureuses en proclamant son avènement. Mais au temps des anciens prophètes comme au temps de Jésus, il y avait des gens qui préféraient leur propre sagesse au Royaume. Et Paul dit directement qu'il est inutile d'essayer de comprendre les mystères du Royaume par les seuls efforts humains.
On pourrait croire que ce n'est pas nécessaire, puisque Jésus les a Lui-même révélés à quiconque voulait voir et entendre, à quiconque était prêt à Lui faire confiance et à Le suivre. Mais seul pouvait agir ainsi celui qui avait vécu ce que vivaient les « pauvres » : la compréhension, malgré toute sa sagesse et tout son savoir, de sa complète impuissance en ce qui concerne le Royaume, que personne ne peut comprendre ni dans lequel personne ne peut entrer si Celui qui a apporté le Royaume dans le monde ne l'y introduit. C'est précisément la sagesse humaine qui exige des signes et des preuves même là où tout est évident (v. 21-24), car ces signes et ces preuves ne sont pas nécessaires pour se convaincre de l'authenticité de la réalité révélée, mais pour l'« inscrire » dans les cadres de la logique humaine, l'accorder et la relier à la sagesse terrestre, qui est impuissante ici. Et ce n'est qu'à ceux qui ont renoncé à de telles tentatives que s'ouvre le chemin du Royaume (v. 26-31). Avec cela, toute l'absurdité des disputes qui divisent les hommes dans ce monde leur devient compréhensible.
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