37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
A première vue, ce verset est juste un concret supplément à la «règle d’or générale de l’éthique» : «Ne faites pas à autrui ce que vous n'aimerez pas qu'on vous fasse». Mais il faut plus profondément jeter un coup d’œil. Nous ne voulons pas que les gens nous jugent, parce que nous ne faisons pas confiance à leurs jugements: peu importe, ils ne pourront en rien arranger la situation. Nous n’acceptons pas leurs condamnations, parce que nous considérons qu’elles ne sont en rien meilleures aux nôtres. Et c’est pourquoi nous refusons orgueilleusement leurs pardons, ce qui nous permet aussi de ne pardonner personne. Ainsi, nous jugeons, condamnons, et ne pardonnons pas. Mais Jésus ne parle en effet pas seulement de la justice et du pardon humain, mais aussi du Divin. Tout est différent ici, Dieu a absolument le droit de juger, ce jugement nous fait peur parce que le Juge nous voit entièrement. Voila ici nous commençons à «rêver» du pardon, de la grâce dont nous ne méritons pas. Mais nous devons alors reconnaitre la supériorité de la grâce sur la justice et sur la manière dont nous nous comportons envers les autres. Et ceci veut dire -ne peut pas juger, ne pas condamner, pardonner.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
Les paroles du Sauveur, « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés », pourraient évidemment être rapportées principalement ou exclusivement aux relations entre les hommes ; elles pourraient alors sembler une concession, voire une complaisance envers la faiblesse humaine : une invitation à fermer les yeux sur les péchés d'autrui pour que les autres ferment également les yeux sur les vôtres.
À vrai dire, la « société civilisée » et la « bonne conduite » supposent précisément quelque chose de cet ordre. Dans une telle société, si les personnes qui se conduisent « convenablement » parlent des péchés d'autrui, elles ne le font en tout cas pas ouvertement, et certainement pas en face de celui qu'elles considèrent comme un pécheur. Apparemment, l'instinct de conservation, sinon spirituel, du moins psychologique, suggère à chacun que, lorsqu'on habite une maison de verre, il vaut mieux ne pas jeter de pierres.
Mais est-ce bien ce que le Sauveur veut dire ? Il existe aussi une autre attitude : s'abstenir de juger par souci d'une objectivité extrême face aux actes humains. L'un des grands maîtres de la Torah, Hillel, qui vécut environ deux siècles avant la venue du Christ, conseillait de ne pas juger son prochain avant de s'être trouvé dans sa situation. À première vue, Jésus pourrait sembler appeler Lui aussi à quelque chose de semblable.
Il y a pourtant une différence : tout ce qu'Il dit s'inscrit dans le contexte de la vie du Royaume à laquelle Il appelle Ses disciples. Or personne n'est prêt pour cette vie : il n'existe dans le monde aucun homme sans péché, hormis le Sauveur Lui-même. Personne n'a donc à juger qui que ce soit, puisque tous sont dans la même situation. Chacun doit avant tout penser à son propre salut, à son propre chemin vers le Royaume.
Il n'est alors plus question de condamner les péchés d'autrui. Mais le refus de condamner auquel Jésus appelle Ses disciples a aussi un autre aspect. Chacun reçoit le Royaume comme un don immérité, à la seule condition que tous ceux qui sont prêts à l'accueillir le reçoivent de la même manière, comme un don immérité. Toute tentative de distinguer les personnes dignes n'aura qu'une issue : celui qui évalue se retrouvera lui-même parmi les indignes. Jésus ne veut pas que ceux qui cherchent le Royaume en soient privés par une attitude de supériorité spirituelle. Il leur conseille donc de ne pas adopter cette attitude, pour leur propre salut.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
« Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés. » Il est effrayant de penser combien de fois nous enfreignons ce commandement sans le remarquer, sans nous en rendre compte. À vrai dire, nous avons pris l'habitude de porter continuellement un jugement sur « tout et tous ». Et, semble-t-il, si nous n'imposons notre jugement à personne, si peut-être même nous ne l'exprimons pas, où est le mal ? Mais non. En disant « Ne jugez pas », le Seigneur signifie qu'une telle approche est absolument inadmissible. Pourquoi ? La réponse se trouve dans la notion complexe et multidimensionnelle du microcosme humain. Nous ne connaissons aucun être humain dans toute la diversité unique de ses relations avec les autres et, surtout, avec Dieu. Même lorsque nous pensons tout savoir d'une personne, nous ignorons certains détails particuliers capables de renverser toute notre vision.
De cette compréhension naît le fait de se tenir devant Dieu avec le sentiment d'être le plus indigne des hommes. Sans le commandement « Ne jugez pas », il est impossible de le comprendre. Il paraît pourtant évident qu'il existe des personnes beaucoup plus indignes. Mais nous devons raisonner ainsi : j'ignore simplement quelque chose qui les justifierait. Même de moi-même, je ne sais pas tout, bien que je sache combien peu de choses plaident en ma faveur et combien m'accusent. Mais nous ne devons pas non plus nous juger nous-mêmes. Le commandement dit « Ne jugez pas », et non « Ne jugez pas les autres ». C'est infiniment difficile, tant nous y sommes habitués. Il semble parfois que ce soient les structures sur lesquelles repose toute notre vie. Mais un temps viendra où toutes ces structures de soutien seront retirées.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
Le Christ appelle Ses disciples à bâtir une maison sur le roc. Mais cette image n'est pas aussi simple qu'elle le paraît, car ce roc n'est ni un ensemble de conceptions « universellement humaines » de la vie, ni des commandements et des lois solidement établis. C'est la parole de Jésus, c'est-à-dire la Bonne Nouvelle, qui demeure toujours nouvelle pour l'homme et ne se fige jamais en une masse de pierre. Essayez de bâtir votre vie sur l'amour de votre adversaire, sur un pardon conscient et honnête. On ne peut pas s'habituer à de telles choses, pas plus qu'on ne peut aimer « par habitude ». Le paradoxe de la vie chrétienne est qu'elle se bâtit sur un roc fixé non pas dans la terre, mais dans le ciel, là où il n'existe aucun autre appui que Dieu. Mais pour parvenir à s'accrocher « à l'air », il faut un désir courageux, la volonté de trouver ce qui est plus solide que toute pierre terrestre.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
En comparant le Sermon sur la montagne chez Matthieu et chez Luc, il apparaît clairement que Luc l'a présenté de manière généralement moins détaillée. Bien sûr, il est peu probable que l'un des évangélistes ait transmis mot pour mot les paroles de Jésus. À l'époque, on avait coutume de compiler les paroles des maîtres et des prédicateurs pour en faire des textes littéraires d'un genre particulier, et parfois des recueils entiers. Mais même en tenant compte de ce fait, il est évident que Luc a distingué dans la prédication de Jésus ce qu'il tenait pour principal. Pour l'évangéliste, le principal est l'absence de condamnation. « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés »: ce sont précisément ces paroles du Sauveur que Luc considère comme les plus importantes de tout le Sermon sur la montagne. Pourquoi celles-là? Chez Matthieu, par exemple, il existe beaucoup d'autres thèmes qui ne sont pas moins importants.
Pourtant, l'absence de condamnation peut réellement être considérée comme un critère de la qualité de la vie intérieure de l'homme. Il ne s'agit évidemment pas d'évaluer, mais précisément de condamner. Évaluer un acte concret d'une personne dans une situation donnée est tout à fait naturel. La condamnation est autre chose: il ne s'agit déjà plus de l'acte, mais de la personne elle-même. Un homme devient ainsi le juge d'un autre, alors que Dieu ne l'a nullement établi comme tel. Le chemin d'un homme, son aboutissement et leur évaluation sont la prérogative de Dieu et de Dieu seul. Même si quelqu'un se dirige manifestement tout droit vers l'étang de feu, Dieu seul peut le condamner à cet étang.
Tout homme peut seulement constater que le pécheur avance dans cette direction. Pourquoi donc prononçons-nous si facilement une sentence là où personne ne nous a donné le droit de le faire? Manifestement parce que nous ne voyons pas la situation comme Dieu la voit et que nous ne suivons pas les mêmes critères: non des critères absolus, mais relatifs. Nous ne voyons pas l'homme dans toute la plénitude de la vie que Dieu lui a donnée, mais seulement dans son état concret du moment. Nous appliquons à cet état certains critères formels, le plus souvent moraux et religieux, et nous obtenons naturellement une image entièrement déformée de la réalité. Rien d'étonnant à cela: tant que notre vie est déterminée non par le souffle de vie que Dieu nous a donné, mais par notre propre nature, on ne peut rien attendre d'autre.
Mais si nous vivons de la vie du Royaume, une telle déformation de la réalité est tout simplement impossible. Et si elle existe, c'est que nous sommes encore loin du Royaume, comme l'évangéliste nous en témoigne.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
Comment comprendre la parabole du mauvais ou du bon arbre? Car tous les hommes, y compris nous-mêmes, portent parfois de bons fruits et parfois de mauvais fruits. Il apparaît qu’ici surgit encore la tentation de diviser les hommes, et soi-même, en bons et mauvais. (Et parfois il est même agréable de dire: «Oh, comme je suis mauvais!»; cela semblerait utile à l’humilité.) Mais ici encore nous jugeons, alors qu’il est dit: «Ne jugez pas.»
Il s’agit très probablement ici du fait que derrière nos actes se tient une orientation intérieure, spirituelle, qui dépend de nous. C’est pourquoi, pour ne pas être un mauvais arbre, il faut porter un bon fruit, et pour que les paroles du Seigneur nous soient profitables, il faut les accomplir. Voilà la tâche morale fondamentale du chrétien: faire le bien, et non juger. C’est le Christ qui jugera.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
La parabole de la maison bâtie sur le roc conclut le sixième chapitre de l’Évangile selon Luc. Elle conclut aussi le Sermon sur la montagne, dans lequel Jésus explique ce qu’Il attend de Ses disciples et ce que signifie être « fils du Très-Haut ». Dans cette parabole, Il attire encore une fois notre attention sur l’importance non seulement d’écouter et d’accueillir les vérités évangéliques, mais aussi d’agir dans leur esprit.
Si, après avoir entendu les béatitudes, nous disons avec réserve : « Oui, c’est très sage et très beau », mais sans les incarner en aucune manière dans notre vie, nous ne serons pas Ses disciples. Notre christianisme restera seulement un système éthique, qui peut se briser sous l’assaut des épreuves. Mais si nous vivons réellement selon Ses commandements, si nous regardons le monde avec Ses yeux et accomplissons Sa volonté, ce sera un fondement que rien ne pourra plus ébranler.
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
39 Il leur dit encore une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? |
40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître. |
41 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! |
42 Comment peux-tu dire à ton frère : « Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. |
43 « Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. |
44 Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit ; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces. |
45 L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. |
46 « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? |
47 « Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. |
48 Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. |
49 Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand ! » |
La lecture d'aujourd'hui est consacrée à l'un des thèmes centraux du Sermon sur la montagne : le jugement. Jésus, manifestement, relie directement la possibilité pour l'être humain de demeurer dans le Royaume à la manière dont il juge son prochain (v. 37–42). À première vue, une telle attitude envers autrui devrait exclure toute appréciation portée sur lui. Mais une lecture plus attentive montre que ce n'est pas tout à fait le cas. Car Jésus relie manifestement l'interdiction de juger au risque que celui qui juge se trompe au sujet de son prochain (v. 41–42).
On pourrait penser qu'une telle erreur n'a rien de terrible. Il en serait ainsi si nous ne donnions pas à nos jugements sur le prochain une valeur absolue. Ce n'est pas un hasard si Jésus compare nos appréciations au comportement d'un aveugle qui en guide un autre, tout aussi aveugle que lui (v. 39). Il ne s'agit pas ici de savoir qui est le plus pécheur. Le fait est que chacun de nos péchés, même s'il est réellement, face au péché de notre prochain, comme une paille face à une poutre, nous empêche à la fois de porter un regard lucide sur celui qui est à nos côtés et de l'aider. Les seules choses que nous puissions apprécier de manière plus ou moins juste sont les actes et les comportements concrets, que Jésus nous conseille de prendre pour repères (v. 43–44).
En un sens, on pourrait dire qu'en dehors du Royaume nous sommes tous également impuissants face au péché, et que, dans cet état de péché et d'impuissance, nous sommes égaux devant Dieu et les uns devant les autres. On peut certes tenter de nier l'évidence et commencer à compter ses propres péchés et ceux des autres ; mais alors Dieu comptera lui aussi nos péchés avec la même minutie que nous mettrons à compter ceux de notre prochain (v. 37). Il ne s'agit ni de tout pardonner ni d'une volonté de Dieu de nous « humilier ». Le fait est qu'une position nous donnant le droit moral de compter nos péchés et ceux d'autrui exclut d'emblée la possibilité de demeurer dans le Royaume. Car, dans le Royaume, chacun reçoit la vie dans toute sa plénitude, une plénitude qui exclut tout péché, même le plus infime : notre arithmétique morale terrestre y perd donc tout son sens. Et si cette arithmétique compte encore pour nous, c'est que nous ne sommes pas encore prêts à entrer dans le Royaume.
Mais un autre élément importe aussi pour demeurer dans le Royaume : le degré de notre ouverture au prochain. Car le Royaume n'est pas seulement un espace ; il est aussi une relation, ou plutôt tout un ensemble de relations des êtres humains avec Dieu et entre eux. Or les relations du Royaume supposent une ouverture inconditionnelle, la volonté de partager ce qui nous a été donné avec quiconque a besoin de ce que nous avons reçu. Et si nous décidons de ne partager qu'avec ceux que nous jugeons dignes, il n'y aura pas de place pour nous dans le Royaume. Car la plénitude du Royaume peut nous être donnée si nous sommes prêts à la partager avec chacun. Non pas avec chacun de ceux qui en sont dignes, mais avec chacun de ceux qui cherchent le Royaume et en ont soif.
36 « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. |
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
Tout homme connaît des moments où il prend conscience qu’il est pécheur. Daniel parle d’une faute commune (Dn 9:5), sans se dérober ni se justifier par le fait qu’il n’est pas le seul à avoir péché. Et il oppose ces péchés non pas à quelque «oncle étranger», mais à la sainteté, à la beauté de Dieu lui-même. Daniel regarde le Seigneur, se purifiant sous son regard miséricordieux, qui sera manifesté au monde en Jésus.
Jésus parle lui aussi de la miséricorde de Dieu, rappelant aux Juifs les vérités de l’Ancien Testament. Mais il va plus loin: «Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux», appelant à l’action et à l’imitation. Le verset 38 paraît contradictoire, mais c’est ainsi que se présente la miséricorde de Dieu, sa loi. Dans la seconde partie du verset, nous lisons l’inégalité éternelle de nos relations avec Dieu: il ne peut tout simplement pas donner moins, moins que son Incarnation, son Amour et la Croix. C’est par ces dons qui sont les siens que nous éprouvons tout ce que nous accomplissons dans le monde.
27 « Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, |
28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. |
29 À qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre ; à qui t’enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique. |
30 À quiconque te demande, donne, et à qui t’enlève ton bien ne le réclame pas. |
31 Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement. |
32 Que si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. |
33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on ? Même les pécheurs en font autant. |
34 Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l’équivalent. |
35 Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants. |
36 « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. |
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
En poursuivant Sa prédication des béatitudes, le Christ dit ce qu’il faut précisément faire pour « être fils du Très-Haut ». Si, dans les béatitudes, il était question des états de l’homme, des qualités et des propriétés qui lui sont propres, ici Jésus énumère une série d’actions que le chrétien doit accomplir. « Mais à vous qui écoutez, Je dis », s’adresse-t-Il à ceux qui ont déjà entendu et accepté les béatitudes radicales, contraires à la compréhension habituelle de la vie.
Il apparaît que le chrétien ne doit pas seulement accepter passivement la vie, mais aussi porter activement le Christ dans le monde. Bénir ceux qui maudissent, donner sa dernière tunique, présenter la joue... Le Seigneur, en disant : « Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux », appelle Ses disciples à accomplir des actions qui pourraient aussi inciter d’autres hommes à agir chrétiennement.
En répondant au mal par le bien, en essayant d’aimer là où règne la haine, en manifestant une véritable miséricorde envers nos prochains, nous ne faisons que donner aux autres ce que nous avons nous-mêmes reçu de Dieu comme Ses enfants.
27 « Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, |
28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. |
29 À qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre ; à qui t’enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique. |
30 À quiconque te demande, donne, et à qui t’enlève ton bien ne le réclame pas. |
31 Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement. |
32 Que si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. |
33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on ? Même les pécheurs en font autant. |
34 Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l’équivalent. |
35 Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants. |
36 « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. |
37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. |
38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » |
Les sceptiques qui s’élèvent contre le christianisme et les chrétiens parlent souvent d’intérêt personnel. Ils disent qu’en faisant le bien, les chrétiens se préoccupent d’une récompense d’en haut, et qu’ils accomplissent tout « en vue des biens futurs promis ». Que leur répondre, puisque nous disons réellement à la suite de l’évangéliste : « ...et votre récompense sera grande » ?
Sans doute, la première chose à comprendre est que le Seigneur nous appelle à un désintéressement absolu. Et le passage d’aujourd’hui, dans lequel le Seigneur appelle à donner sans rien recevoir en retour, et même sans espérer recevoir quoi que ce soit, doit servir d’avertissement contre cette espérance pseudo-chrétienne en une rétribution posthume, ou en quelque autre rétribution du Seigneur.
C’est autre chose que le Seigneur soit juste. Et Sa justice est au-dessus de tout. Mais elle n’appartient qu’à Lui ; nous n’avons pas le droit de juger ni d’elle, ni de nous-mêmes à sa lumière. C’est précisément pourquoi le Seigneur dit : « À Moi la vengeance, et Moi, Je rendrai ». Dans ces paroles, il n’y a pas seulement la promesse du triomphe final du bien sur le mal, ou, plus exactement, de la conversion du mal en bien. Il y a aussi la condition de notre désintéressement devant Lui.
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