RÉFLEXIONS pour Mt 9:9-13
Les paroles du Seigneur : « Je suis venu appeler non les justes, mais les pécheurs au repentir », ne doivent pas être comprises comme signifiant que le Christ n'est pas venu pour tous, et qu'il existerait cette malheureuse espèce de justes en voie de disparition pour lesquels il ne serait pas venu. Non, ces paroles mêmes disent avant tout que le Seigneur est venu pour chaque être humain, car « il n'est personne qui vive et ne pèche pas ». Pourtant, le Seigneur oppose clairement certaines personnes que l'on peut appeler justes à des pécheurs comme Matthieu, le collecteur d'impôts. Comment concilier ces pensées apparemment contradictoires ? « Je suis venu appeler non les justes… » La justice nous séparerait-elle donc de lui, nous priverait-elle de la communion avec lui ? Mais le sens de cette phrase est tout autre. Tant que tu te considères comme juste, le Christ n'est pas venu pour toi : voilà ce qu'elle signifie. Ce n'est que par le repentir que l'on peut venir à lui. Tu peux être parfaitement juste devant les hommes et la Loi, mais ce qui te sépare de Dieu n'est pas cela : c'est la conscience que tu en as. Il y a ici quelque chose de tout à fait particulier. Sois juste, mais ne vois pas ta propre justice. C'est paradoxal et impossible, et pourtant c'est ce qui distingue celui qui croit véritablement : il voit ce qui est invisible et ne voit pas ce qui est visible. On peut appeler cela de la folie, comme le font les gens éloignés de la foi, mais il s'agit ici d'une sainte folie. Et il y a autre chose encore. La Loi est, dans l'ensemble, réalisable, et être juste devant les hommes, surtout dans notre monde déchu, n'a rien d'un miracle. Mais le Christ apporte quelque chose de plus grand que la Loi, et qu'il n'est plus possible d'accomplir sans la grâce : nul ne peut accomplir les commandements du Christ, sinon les saints, que Dieu choisit pour manifester en eux sa grâce. Et ils comprennent qu'ils sont eux-mêmes pécheurs, mais que le Seigneur a simplement voulu les élever. Cette compréhension — la justice n'est pas une propriété de l'homme, mais quelque chose qui naît de l'union entre l'homme et Dieu — est précisément ce que contient cette phrase. Pour la rendre plus compréhensible, et en restreindre ainsi l'éventail des sens, disons que le Seigneur est venu dire aux justes que sans lui ils sont pécheurs, et aux pécheurs qu'avec lui ils sont justes.
