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La Bible en cinq ans pour le 27 juillet 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 13

1 II. Le grand recueil salomonien
1 Le fils sage écoute la discipline de son père,
le railleur n’entend pas le reproche.
2 Par le fruit de sa bouche l’homme se nourrit de ce qui est bon,
mais la vie des traîtres n’est que violence.
3 Qui veille sur sa bouche garde sa vie,
qui ouvre grand ses lèvres se perd.
4 Le paresseux attend, mais rien pour sa faim ;
la faim des diligents est apaisée.
5 Le juste hait la parole mensongère,
mais le méchant déshonore et diffame.
6 La justice garde celui dont la voie est honnête,
le péché cause la ruine des méchants.
7 Tel joue au riche qui n’a rien,
tel fait le pauvre qui a de grands biens.
8 Rançon d’une vie d’homme : sa richesse ;
mais le pauvre n’entend pas le reproche.
9 La lumière des justes est joyeuse,
la lampe des méchants s’éteint.
10 Insolence n’engendre que chicane ;
chez qui accepte les conseils se trouve la sagesse.
11 Fortune hâtive va diminuant,
qui amasse peu à peu s’enrichit.
12 Espoir différé rend le cœur malade ;
c’est un arbre de vie que le désir satisfait.
13 Qui méprise la parole se perdra,
qui respecte le commandement sera récompensé.
14 L’enseignement du sage est source de vie
pour éviter les pièges de la mort.
15 Un grand bon sens procure la faveur,
le chemin des traîtres est interminable.
16 Tout homme avisé agit à bon escient,
le sot étale sa folie.
17 Messager malfaisant tombe dans le malheur,
messager fidèle apporte la guérison.
18 Misère et mépris à qui abandonne la discipline,
honneur à qui observe la réprimande.
19 Désir satisfait, douceur pour l’âme.
Abomination pour les sots : se détourner du mal.
20 Qui chemine avec les sages devient sage,
qui hante les sots devient mauvais.
21 Aux trousses du pécheur, le malheur ;
le bonheur récompense les justes.
22 Aux enfants de ses enfants l’homme de bien laisse un héritage,
au juste est réservée la fortune des pécheurs.
23 Riche en nourriture, la culture des pauvres ;
il en est qui périssent faute d’équité.
24 Qui épargne la baguette hait son fils,
qui l’aime prodigue la correction.
25 Le juste mange et se rassasie,
le ventre des méchants crie famine.
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 14
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 b) « écoute » mss et versions ; verbe absent de l’hébr.


3 c) Il y a peut-être un jeu de mots le terme rendu ici par « vie » peut signifier aussi « gorge » et « âme ».


6 d) « méchants » 1 ms., versions ; « méchanceté » hébr.


8 e) C’est l’idée de la fable du savetier et du financier.


11 f) « hâtive » grec ; mais l’hébr., litt. « (issue) de vanité », peut se comprendre également au sens de « (acquise) en un souffle ».


15 g) « interminable » ’eytan, sens incertain ; grec « leur malheur » ’eydam.


17 h) À moins qu’il ne faille corriger pour comprendre « fait tomber », ce que suggérait le stique suivant. Mais le grec est en faveur du TM « Un roi téméraire tombera dans le malheur. »


19 i) On ne voit pas bien le lien entre les deux vers le texte est peut-être corrompu ou incomplet.


23 j) Ici encore, le texte semble altéré. Grec « Les justes vivent dans la richesse beaucoup d’années, les injustes périssent soudainement »


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

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