16 Car je ne rougis pas de l’Évangile : il est force de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d’abord, puis du Grec. |
17 Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : Le juste vivra de la foi. |
18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ; |
19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. |
20 Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ; |
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré : |
22 dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous |
23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’hommes corruptibles, d’oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles. |
24 Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps ; |
25 eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement ! Amen. |
26 Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; |
27 pareillement les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement. |
28 Et comme ils n’ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à leur esprit sans jugement, pour faire ce qui ne convient pas : |
29 remplis de toute injustice, de perversité, de cupidité, de malice ; ne respirant qu’envie, meurtre, dispute, fourberie, malignité ; diffamateurs, |
30 détracteurs, ennemis de Dieu, insulteurs, orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, |
31 insensés, déloyaux, sans cœur, sans pitié ; |
32 connaissant bien pourtant le verdict de Dieu qui déclare dignes de mort les auteurs de pareilles actions, non seulement ils les font, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent. |
Pour la première fois, Paul proclame que la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, et non par l’observance de règles, ni même par celle des commandements. Il développera cette pensée par la suite ; pour l’instant, il la mentionne presque en passant. Les choses importantes sont d’ailleurs très souvent dites en passant.
La puissance de Dieu est annoncée d’abord au Juif, puis au Grec, c’est-à-dire à tout homme d’origine païenne, pas nécessairement grec de naissance. (Ici se dessine également l’un des thèmes de l’épître, qui sera développé un peu plus loin.) Pour l’instant, Paul parle des problèmes d’anciens païens qui ont abandonné leur ancien mode de vie sans l’avoir oublié et qui vivent entourés de ceux qui continuent à le pratiquer.
Déduire les perversions de l’idolâtrie peut paraître aujourd’hui à beaucoup une exagération douteuse, d’autant plus que les perversions n’ont pas disparu avec les idoles. Paul indique néanmoins la réalité du lien entre l’éloignement de Dieu et l’abandon des normes morales qui correspondent à la nature humaine. S’éloigner de Dieu signifiait se tourner vers des idoles faites de main d’homme ; de même, renoncer aux lois du monde naturel créé par Lui conduisait à tenter d’inventer des modèles de comportement douteux. Oui, l’être humain est libre de créer de nouvelles formes de comportement. Le problème est que, dans bien des cas, de telles expériences signifient s’écarter de l’unique sentier qui permet de traverser le marais.
16 Car je ne rougis pas de l’Évangile : il est force de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d’abord, puis du Grec. |
17 Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : Le juste vivra de la foi. |
18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ; |
19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. |
20 Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ; |
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré : |
22 dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous |
23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’hommes corruptibles, d’oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles. |
24 Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps ; |
25 eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement ! Amen. |
26 Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; |
27 pareillement les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement. |
28 Et comme ils n’ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à leur esprit sans jugement, pour faire ce qui ne convient pas : |
29 remplis de toute injustice, de perversité, de cupidité, de malice ; ne respirant qu’envie, meurtre, dispute, fourberie, malignité ; diffamateurs, |
30 détracteurs, ennemis de Dieu, insulteurs, orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, |
31 insensés, déloyaux, sans cœur, sans pitié ; |
32 connaissant bien pourtant le verdict de Dieu qui déclare dignes de mort les auteurs de pareilles actions, non seulement ils les font, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent. |
Pour Paul, la vie dans le Royaume est inséparable de la marche selon la Torah, et c'est pourquoi dans ses épîtres, à l'image des auteurs de l'Ancien Testament, il oppose souvent deux chemins : le chemin de la justice et le chemin de l'impiété (v. 16-18). Certes, le témoignage de Paul ne s'adressait pas seulement aux Juifs, mais aussi à ceux qui, peu auparavant encore, étaient païens ; il impliquait un certain universalisme, et c'est pourquoi l'apôtre devait répondre, à lui-même et aux autres, à la question de savoir dans quelle mesure la Torah s'étend à ceux qui, très réellement, pouvaient n'en rien savoir.
Bien entendu, pour la première génération de chrétiens, dont les représentants étaient tous liés à la Synagogue à un degré ou à un autre, la connaissance de la Torah allait de soi ; mais l'apôtre s'adressait à quiconque était prêt à entendre son témoignage, et dans ce cas la question de ceux qui ne savaient rien de la Torah et des commandements cessait d'être une question purement spéculative.
En effet, si sans la connaissance de la Torah il est impossible de suivre le Christ et d'entrer dans le Royaume, que faire de ceux qui, pour des raisons objectives, pouvaient, comme beaucoup de païens, ne rien savoir de la Torah et même ne jamais en avoir entendu parler ? En répondant à cette question, Paul recourt à l'image de la Torah intérieure, en l'interprétant pour les païens comme ce que, par analogie avec la connaissance naturelle de Dieu, on pourrait appeler la « Torah naturelle ». Il dit qu'à ceux qui ne connaissaient pas la révélation, Dieu se révélait par Sa création, de sorte qu'ils ne peuvent pas se justifier par leur ignorance (v. 19-20). Il semblerait qu'une telle affirmation de l'apôtre ne sorte pas du cadre de l'idée d'une connaissance naturelle de Dieu. Mais Paul ne l'envisage nullement d'un point de vue purement naturel et psychologique. En parlant des limites de la connaissance naturelle de Dieu, l'apôtre ne les rattache nullement aux limitations propres à la raison humaine. Il remarque avant tout le choix que faisaient ceux qui connaissaient, au moment où, derrière la beauté et la grandeur de la création, se révélait à eux la présence du Créateur. Au lieu de la crainte sacrée et de l'action de grâce, la réponse à une telle révélation naturelle se traduisait souvent par des théories et des conceptions nées non pas tant du désir de connaître la vérité que de la soif de s'affirmer soi-même (v. 21-22).
C'est précisément ainsi que Paul explique l'apparition du paganisme comme religion et comme vision du monde, indissociable pour lui de la violation de la Torah, en l'occurrence du deuxième commandement (v. 23-25). La Torah est une réalité objective ; elle existe depuis aussi longtemps qu'existent les relations de Dieu avec l'homme, et donc depuis aussi longtemps qu'existe l'homme lui-même. Et la violation de la Torah n'est pas seulement un crime contre la loi morale donnée par Dieu, mais aussi la destruction des relations mêmes qui unissent Dieu et l'homme. Il n'est pas étonnant que la conséquence d'une telle destruction soit la dégradation spirituelle et morale dont parle l'apôtre (v. 26-32).
16 Car je ne rougis pas de l’Évangile : il est force de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d’abord, puis du Grec. |
17 Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : Le juste vivra de la foi. |
18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ; |
19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. |
20 Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ; |
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré : |
22 dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous |
23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’hommes corruptibles, d’oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles. |
24 Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps ; |
25 eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement ! Amen. |
L'apôtre Paul frappe toujours par la concentration de son texte et par des formulations très dures. Ainsi, le texte d'aujourd'hui suscite très souvent une protestation, parce que la situation décrite paraît injuste, pour ne pas dire cruelle. La foi nous apparaît parfois comme un héroïsme, comme quelque chose d'étranger et d'ajouté de l'extérieur. Toutes les premières réactions à ce qui arrive, tous les sentiments humains en nous, même ce qu'il y a en nous de bon et de compatissant, contredisent très souvent les paroles difficiles et inconfortables du Christ. C'est pourquoi la foi nous apparaît souvent comme une affaire de raison, comme une certaine violence faite à notre nature humaine et, par conséquent, comme un travail pénible. C'est pourquoi, étant gentils et compatissants, nous traitons avec sympathie, facilité et compréhension les gens qui ne croient pas en Dieu. Ou qui croient en quelque chose de si abstrait, qui existerait quelque part mais n'interviendrait pas dans la vie.
Notre pitié est mêlée en quelque chose à la conviction que, puisque la foi est un dur travail intellectuel, ceux qui ne croient pas manquent simplement d'intelligence. Mais, selon Paul, chaque homme est placé devant le fait de l'existence de Dieu, de Sa présence dans le monde. À tous est donné le témoignage de Dieu, et par la pomme, la mer, le désert, la vigne, la forêt, la grenouille et le grain, tout nous est raconté de Lui. Le récit du Créateur ne cesse pas une minute. Jour et nuit, tout le monde créé, l'équilibre, les lois les plus fines et les interdépendances de l'univers nous témoignent de Celui qui a créé tout cela. Ainsi l'homme, chaque fois qu'il sort dans la rue où il pleut, où le vent souffle, où déjà le gel coupe le souffle, peut comprendre que c'est précisément là cette «légèreté du joug» promise par le Christ. Lorsque le signe et la preuve de l'existence de Dieu deviennent non pas nos tentatives d'ajuster ce qui arrive à la limitation des possibilités humaines, mais le fait que chacun de nos pas est accompagné de miracles sans paroles, mais tangibles et réels. Beaucoup d'entre eux peuvent être goûtés.
16 Car je ne rougis pas de l’Évangile : il est force de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d’abord, puis du Grec. |
17 Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : Le juste vivra de la foi. |
Paul met en relief et relie entre elles les notions clés de la tradition rabbinique de son temps, dont les racines remontent aux écrits des sages de l'époque d'avant l'exil. La justice est ici décrite comme un état dans lequel l'homme peut demeurer à condition d'entretenir avec Dieu des relations profondes et stables. Elle est précisément un état, lié à la dynamique de ces relations, et non un ensemble d'actions, de normes ou de règles. Tous les actes de l'homme, toutes les normes et règles dont il se guide dans la vie, ne sont nécessaires que pour garder des relations stables avec Dieu et donner dans sa vie une place à la présence de Dieu. Car sans Sa présence, il n'est pas question de parler de justice, quoi que fasse l'homme et quelles que soient les règles de vie dont il se guide.
18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ; |
19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. |
20 Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ; |
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré : |
22 dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous |
23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’hommes corruptibles, d’oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles. |
24 Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps ; |
25 eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement ! Amen. |
26 Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; |
27 pareillement les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement. |
Combien de nos problèmes personnels et collectifs découlent précisément du fait que nous nous plaçons au centre de la vie et de l'univers. C'est là, au fond, que réside la cause du tout premier péché comme de chacun de nos péchés. La lecture d'aujourd'hui décrit cet « égocentrisme » par ces mots : « Ils ont servi la créature au lieu du Créateur » (Rm 1,25). Cette vénération de l'être humain conduit à glorifier et à exalter tous ses désirs et tous ses besoins : car si l'homme est le « couronnement de la création », sa nature est donc, à tout le moins, une chose qui a sa valeur en elle-même, pour ne pas dire parfaite à tous égards. Et tout commence alors, peu à peu, à être mis sens dessus dessous. Dieu, le « Principe suprême », est ramené à notre niveau, trop fortement humanisé ; on Lui attribue ce qui ne Lui appartient pas (voir Rm 1,23). Et ce qui est anormal aux yeux de Dieu devient progressivement tout à fait juste à nos yeux ; les hommes, comme le dit Paul, remplacent « les relations naturelles par des relations contre nature » (Rm 1,26). Dieu doit alors « céder » devant ceux qui Le rejettent, Lui et Son ordre : « Et Dieu les a livrés, dans les convoitises de leurs cœurs, à l'impureté » (Rm 1,24). Dieu Se retire ; Il ne peut rien nous enseigner par la force. Ses méthodes pédagogiques sont autres : souvent, Il nous laisse éprouver les conséquences des choix que nous faisons. Ainsi, dans une large mesure, nous sommes nous-mêmes la cause de nos souffrances et de notre état meurtri.
20 Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ; |
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré : |
L'apôtre est certain que, lorsqu'il s'agit des païens, et il y avait parmi les chrétiens de Rome beaucoup d'anciens païens, on peut connaître Dieu aussi par la contemplation du monde qu'Il a créé ; si l'homme ne voit rien de tel, c'est seulement parce qu'il ne veut pas voir. Mais la possibilité de voir n'est pas tout : il importe de L'accueillir et de Le « glorifier », en faisant de Sa présence le centre de sa propre vie. L'apôtre, comme les sages de l'antiquité, oppose la connaissance authentique, la connaissance comme connaissance de Dieu, à ce qu'il appelle les « raisonnements ». Paul joue sur l'opposition, traditionnelle dans les écrits sapientiaux, entre la sagesse comme connaissance de Dieu et justice, d'une part, et le bavardage des insensés, d'autre part, qui ne rapproche nullement de Dieu et même, au contraire, éloigne de Lui les amateurs de grands discours.
28 Et comme ils n’ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à leur esprit sans jugement, pour faire ce qui ne convient pas : |
29 remplis de toute injustice, de perversité, de cupidité, de malice ; ne respirant qu’envie, meurtre, dispute, fourberie, malignité ; diffamateurs, |
30 détracteurs, ennemis de Dieu, insulteurs, orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, |
31 insensés, déloyaux, sans cœur, sans pitié ; |
32 connaissant bien pourtant le verdict de Dieu qui déclare dignes de mort les auteurs de pareilles actions, non seulement ils les font, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent. |
Il est parfois très utile de méditer chaque mot que l'on rencontre dans l'Écriture. D'en chercher le sens, de se demander pourquoi il est dit ainsi et non autrement, de pénétrer la logique du raisonnement. Car si l'on se contente de lire un texte en essayant d'en saisir seulement le sens général, sans prêter attention aux détails, on risque de manquer un sens très important. Tout ce qui aurait pu apparaître et donner du relief au texte nous échappe alors. Dans le passage d'aujourd'hui, l'apôtre Paul continue d'énumérer toutes sortes de méfaits auxquels s'abandonne l'homme qui ne se soucie pas de « garder Dieu dans son intelligence » (Rm 1:28). Cette liste suffit déjà pour que chacun trouve en lui quelque chose à porter en confession. Prenons seulement « sans amour » : qui peut dire en toute bonne conscience qu'il sait aimer et qu'il est rempli d'amour ? Personne ; parmi les hommes, Un seul a toujours su aimer véritablement. Même les personnes les plus saintes ont toujours eu conscience de leur propre péché : avec leur amour de Dieu, comment n'auraient-elles pas vu en elles tout ce qui Lui « déplaît » ? La liste elle-même nous donne donc déjà matière à réflexion. Mais cela ne suffit pas ! Paul rappelle ensuite avec insistance que cette liste n'est pas un étalon pour mesurer le péché des autres. Elle s'adresse personnellement à chacun. Et voici précisément le détail qui peut échapper à une lecture rapide : Paul met sur le même plan la peine encourue pour le péché lui-même et celle encourue pour la condamnation de celui qui le commet. À bien y réfléchir, il se pourrait que chacun de nous traîne derrière lui une très longue liste de péchés — celle de tout ce pour quoi nous avons condamné les autres. Et en cela nous devenons exactement les mêmes pécheurs : sans amour, médisants, orgueilleux et sans miséricorde...
28 Et comme ils n’ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à leur esprit sans jugement, pour faire ce qui ne convient pas : |
Dans la tradition rabbinique, le chemin de la connaissance de Dieu et de la justice était d'abord lié à la question de la réflexion et de la prise de conscience de ses propres paroles, pensées et intentions concernant la vie spirituelle, et avant tout ses relations avec Dieu. Paul appelle cette réflexion et cette prise de conscience une connaissance raisonnable de Dieu, ou, comme dans la traduction synodale, « garder Dieu dans son intelligence » ; par « intelligence », il entend non pas l'intellect au sens strict, mais ce mot grec que les philosophes antiques eux-mêmes utilisaient pour désigner le centre spirituel de la personne, appelé cœur dans le langage de la Bible.
Sans une connaissance de Dieu réfléchie et consciente, cette « intelligence » se pervertit, et avec elle toute la vie de l'homme se pervertit, au même sens où les anciens sages parlaient d'un cœur perverti et de la vie débauchée de l'insensé qui ne connaît pas Dieu et ne possède pas la sagesse.
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