18 Or Yahvé s’émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
19 Yahvé répondit et dit à son peuple : « Voici que je vous envoie le blé, le vin, l’huile fraîche. Vous en aurez à satiété. Et jamais plus je ne ferai de vous l’opprobre des nations. |
20 Celui qui vient du Nord, je l’éloignerai de chez vous, je le repousserai vers une terre aride et désolée, son avant-garde vers la mer orientale, son arrière-garde vers la mer occidentale. Il en montera une puanteur, il en montera une infection ! » (Car il a fait grand !) |
21 Terre, ne crains plus, jubile et sois dans l’allégresse, car Yahvé a fait grand ! |
22 Ne craignez plus, bêtes des champs ! les pacages des landes ont reverdi, les arbres portent leurs fruits, la vigne et le figuier donnent leurs richesses. |
23 Fils de Sion, jubilez, réjouissez-vous en Yahvé votre Dieu ! Car il vous a donné la pluie d’automne selon la justice, il a fait tomber pour vous l’ondée, celle d’automne et celle de printemps, comme jadis. |
24 Les aires se rempliront de froment, les cuves regorgeront de vin et d’huile fraîche. |
25 « Je vous revaudrai les années qu’ont dévorées la sauterelle et le yeleq, le hasîl et le gazam, ma grande armée que j’avais envoyée contre vous. » |
26 Vous mangerez tout votre soûl, à satiété, et vous louerez le nom de Yahvé votre Dieu, qui aura accompli pour vous des merveilles. (Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais !) |
27 « Et vous saurez que je suis au milieu d’Israël, moi, que je suis Yahvé, votre Dieu, et sans égal ! Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais ! » |
1 « Après cela je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions. |
2 Même sur les esclaves, hommes et femmes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit. |
3 Je produirai des signes dans le ciel et sur la terre, sang, feu, colonnes de fumée ! » |
4 Le soleil se changera en ténèbres, la lune en sang, avant que ne vienne le jour de Yahvé, grand et redoutable ! |
5 Tous ceux qui invoqueront le nom de Yahvé seront sauvés, car sur le mont Sion et à Jérusalem il y aura des rescapés — comme l’a dit Yahvé — parmi les survivants que Yahvé appelle. |
Selon la parole du prophète Joël, la seule chose qui puisse délivrer les hommes d'une perte inévitable au Jour du Seigneur, grand et redoutable, est le retour sincère du cœur vers Dieu. « Déchirez vos cœurs, et non vos vêtements », crie le prophète aux hommes. C'est précisément dans le prolongement de ces paroles qu'il annonce, au verset 18, cette promesse : « Alors le Seigneur sera jaloux de Sa terre et aura pitié de Son peuple. Et le Seigneur répondra… » La prophétie de Joël, comme le livre de Job écrit à peu près à la même époque, dit que Dieu répond à l'appel sincère d'un cœur qui souffre réellement et dans lequel il n'y a donc ni artifice ni duplicité. Cette réponse divine devient elle-même, pour les hommes, une effusion abondante de vie qui déborde sur le monde.
La réponse de Dieu au retour des hommes vers Lui, annoncée par Joël, dépasse le cadre du discours théologique. Dieu répond, mais l'essentiel n'est même pas dans ce qu'Il dit : le fait même qu'Il réponde apporte la vie aux hommes. Ainsi, à Job, dont le récit reflète l'esprit de l'époque autant que le livre de Joël, Dieu adresse un reproche : « Qui est celui qui obscurcit la Providence par des paroles dépourvues de sens ? » Or c'est précisément dans ces paroles que Job trouve la vie et la consolation, et toutes ses questions douloureuses disparaissent. De même, Joël dit que si nous crions vers Dieu de tout notre cœur, Dieu répondra, et Sa réponse changera tout. Le prophète décrit ce don par contraste avec l'invasion dévastatrice des sauterelles : le blé, le vin et l'huile sont donnés en abondance, les ennemis disparaissent, l'herbe pousse dans les pâturages et l'arbre porte du fruit.
Par Sa réponse au retour de l'homme vers Lui, Dieu donne la pluie précoce et la pluie tardive qui assurent la récolte annuelle ; Il dédommage les hommes de toute souffrance et rassasie toute faim passée. En tout cela seront manifestées aux hommes la grandeur et la gloire de Dieu ; aussi le prophète parle-t-il en Son nom : « Vous saurez que Je suis au milieu d'Israël et que Je suis le Seigneur votre Dieu. » Mais ce n'est pas même là que le prophète voit le grand don de la réponse divine. L'apaisement de la douleur ne fait que l'accompagner, signe visible de réalités plus profondes.
Dieu répond au retour vers Lui et, dans cette réponse, Son Esprit se répand dans le cœur humain ouvert à Dieu. Dans son canon pour le Jour du Saint-Esprit, saint Théophane le Marqué (mort après 843) L'appelle « Source de vie en qui nous croyons, flot de bonté, Saint-Esprit de Dieu ». Voilà ce que Joël nous annonce : la Source de vie Elle-même entre dans le cœur qui s'est tourné vers Elle, tourmenté par la terrible domination de la mort. Le monde se transfigure en traversant une catastrophe redoutable ; le soleil se change en ténèbres et la lune en sang, mais quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Pour Joël, deux paroles, un appel et une promesse, sont indissociablement liées : « Déchirez vos cœurs… » et « Je répandrai de Mon Esprit sur toute chair… ». Le prophète voit que le retour vers Dieu et Sa réponse délivrent les hommes du destin commun de la matière périssable et les font participer à l'être divin. La prophétie de Joël parle donc non seulement de l'effusion de l'Esprit accomplie au jour de la Pentecôte, mais aussi de ce que les Pères de l'Église appelaient la déification de l'homme. Et ce don du salut, comme tout don de Dieu, dépasse infiniment toute mesure accessible à notre compréhension et à notre explication. C'est pourquoi le prophète dit que le salut est donné non seulement à Sion et à Jérusalem, mais aussi aux autres, que le Seigneur appellera eux aussi.
18 Or Yahvé s’émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
19 Yahvé répondit et dit à son peuple : « Voici que je vous envoie le blé, le vin, l’huile fraîche. Vous en aurez à satiété. Et jamais plus je ne ferai de vous l’opprobre des nations. |
20 Celui qui vient du Nord, je l’éloignerai de chez vous, je le repousserai vers une terre aride et désolée, son avant-garde vers la mer orientale, son arrière-garde vers la mer occidentale. Il en montera une puanteur, il en montera une infection ! » (Car il a fait grand !) |
21 Terre, ne crains plus, jubile et sois dans l’allégresse, car Yahvé a fait grand ! |
22 Ne craignez plus, bêtes des champs ! les pacages des landes ont reverdi, les arbres portent leurs fruits, la vigne et le figuier donnent leurs richesses. |
23 Fils de Sion, jubilez, réjouissez-vous en Yahvé votre Dieu ! Car il vous a donné la pluie d’automne selon la justice, il a fait tomber pour vous l’ondée, celle d’automne et celle de printemps, comme jadis. |
24 Les aires se rempliront de froment, les cuves regorgeront de vin et d’huile fraîche. |
25 « Je vous revaudrai les années qu’ont dévorées la sauterelle et le yeleq, le hasîl et le gazam, ma grande armée que j’avais envoyée contre vous. » |
26 Vous mangerez tout votre soûl, à satiété, et vous louerez le nom de Yahvé votre Dieu, qui aura accompli pour vous des merveilles. (Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais !) |
27 « Et vous saurez que je suis au milieu d’Israël, moi, que je suis Yahvé, votre Dieu, et sans égal ! Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais ! » |
Que le Seigneur continue de prendre soin des hommes après les épreuves qu'ils ont traversées ne nous surprend pas ; la Bible nous rappelle constamment Sa miséricorde. Nous savons aussi que les images de l'abondance des fruits de la terre symbolisent souvent non seulement le bien-être matériel, mais aussi les dons spirituels que le Seigneur accorde à Ses fidèles. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la promesse d'être rassasié soit suivie d'une prophétie sur l'effusion de l'Esprit.
Remarquons que tous seront égaux devant l'Esprit envoyé par Dieu. L'Esprit accordera Ses dons à tous ceux qui sont capables de Le recevoir, indépendamment de leur âge ou de leur position sociale. Bien plus, le salut est annoncé à quiconque invoque le nom du Seigneur, c'est-à-dire se tourne vers Lui, et non seulement à ceux qui sont nés au sein d'un peuple particulier ou qui ont été rapprochés de la structure hiérarchique du Temple. Le salut s'avère si accessible ! Et pourtant si souvent rejeté...
12 « Mais encore à présent — oracle de Yahvé — revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. » |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
14 Qui sait ? S’il revenait ? S’il regrettait ? S’il laissait après lui une bénédiction, oblation et libation pour Yahvé, votre Dieu ? |
15 Sonnez du cor à Sion ! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, |
16 réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu’on allaite au sein ! Que le jeune époux quitte sa chambre et l’épousée son alcôve ! |
17 Qu’entre l’autel et le portique pleurent les prêtres, serviteurs de Yahvé ! Qu’ils disent : « Pitié, Yahvé, pour ton peuple ! Ne livre pas ton héritage à l’opprobre, au persiflage des nations ! Pourquoi dirait-on parmi les peuples : Où est leur Dieu ? » |
18 Or Yahvé s’émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
19 Yahvé répondit et dit à son peuple : « Voici que je vous envoie le blé, le vin, l’huile fraîche. Vous en aurez à satiété. Et jamais plus je ne ferai de vous l’opprobre des nations. |
20 Celui qui vient du Nord, je l’éloignerai de chez vous, je le repousserai vers une terre aride et désolée, son avant-garde vers la mer orientale, son arrière-garde vers la mer occidentale. Il en montera une puanteur, il en montera une infection ! » (Car il a fait grand !) |
21 Terre, ne crains plus, jubile et sois dans l’allégresse, car Yahvé a fait grand ! |
22 Ne craignez plus, bêtes des champs ! les pacages des landes ont reverdi, les arbres portent leurs fruits, la vigne et le figuier donnent leurs richesses. |
23 Fils de Sion, jubilez, réjouissez-vous en Yahvé votre Dieu ! Car il vous a donné la pluie d’automne selon la justice, il a fait tomber pour vous l’ondée, celle d’automne et celle de printemps, comme jadis. |
24 Les aires se rempliront de froment, les cuves regorgeront de vin et d’huile fraîche. |
25 « Je vous revaudrai les années qu’ont dévorées la sauterelle et le yeleq, le hasîl et le gazam, ma grande armée que j’avais envoyée contre vous. » |
26 Vous mangerez tout votre soûl, à satiété, et vous louerez le nom de Yahvé votre Dieu, qui aura accompli pour vous des merveilles. (Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais !) |
La liturgie orthodoxe, y compris le cycle des lectures de la Sainte Écriture, prend à partir d’aujourd’hui un caractère de Grand Carême. Aujourd’hui, comme en un véritable jour de jeûne, la liturgie n’est pas célébrée, et nous lisons, à la sixième heure et aux vêpres, les paroles du prophète Joël. Deux passages du livre du prophète sont très étroitement liés au Carême qui commence, et les rédacteurs du Typikon de l’Église ont voulu qu’avant le Carême nous prêtions avec eux l’oreille à ces paroles de Dieu.
La première lecture commence par des paroles sur le sens du jeûne. Elles résonnent après la prophétie sur le jour du Seigneur, sur le fait que la venue de Dieu dans le monde est semblable à un feu qui détruit tout péché et toute injustice. Le prophète voit et décrit des tableaux de calamités innombrables qui viennent sur l’univers, « car le jour du Seigneur arrive ». Et la réponse à cette vision du prophète devient la parole du Seigneur : « Mais maintenant encore, dit le Seigneur, revenez à Moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les lamentations. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car Il est bon et miséricordieux, patient et plein de bonté, et Il regrette le malheur ». Dieu dit que Sa volonté porte sur notre repentir et notre salut.
Mais, comme aux temps anciens (or le livre du prophète Joël a été écrit à la charnière des Ve et IVe siècles av. J.-C.), ces paroles restent actuelles pour nous : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements ». Tous les efforts que nous faisons pendant le Carême visent à nous faire pleurer, ne serait-ce qu’un instant, avec le cœur, et à trouver le Christ dans cette affliction. Le prophète en parle à la fin du passage : « Et vous, enfants de Sion, réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse dans le Seigneur votre Dieu ». Le Seigneur Jésus-Christ reprendra cette pensée dans le Sermon sur la montagne, en disant : « Mais toi, quand tu jeûnes, lave ton visage... ».
La seconde lecture, qui comprend la fin du livre du prophète Joël, nous appelle à considérer le temps qui vient comme le dernier. Le jour est venu où l’on ne peut plus remettre à plus tard le repentir et la conversion. Le Seigneur vient vers Son peuple, et ceux qui désirent obtenir la vie sortiront à Sa rencontre.
12 « Mais encore à présent — oracle de Yahvé — revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. » |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
14 Qui sait ? S’il revenait ? S’il regrettait ? S’il laissait après lui une bénédiction, oblation et libation pour Yahvé, votre Dieu ? |
15 Sonnez du cor à Sion ! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, |
16 réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu’on allaite au sein ! Que le jeune époux quitte sa chambre et l’épousée son alcôve ! |
17 Qu’entre l’autel et le portique pleurent les prêtres, serviteurs de Yahvé ! Qu’ils disent : « Pitié, Yahvé, pour ton peuple ! Ne livre pas ton héritage à l’opprobre, au persiflage des nations ! Pourquoi dirait-on parmi les peuples : Où est leur Dieu ? » |
18 Or Yahvé s’émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
19 Yahvé répondit et dit à son peuple : « Voici que je vous envoie le blé, le vin, l’huile fraîche. Vous en aurez à satiété. Et jamais plus je ne ferai de vous l’opprobre des nations. |
20 Celui qui vient du Nord, je l’éloignerai de chez vous, je le repousserai vers une terre aride et désolée, son avant-garde vers la mer orientale, son arrière-garde vers la mer occidentale. Il en montera une puanteur, il en montera une infection ! » (Car il a fait grand !) |
21 Terre, ne crains plus, jubile et sois dans l’allégresse, car Yahvé a fait grand ! |
22 Ne craignez plus, bêtes des champs ! les pacages des landes ont reverdi, les arbres portent leurs fruits, la vigne et le figuier donnent leurs richesses. |
23 Fils de Sion, jubilez, réjouissez-vous en Yahvé votre Dieu ! Car il vous a donné la pluie d’automne selon la justice, il a fait tomber pour vous l’ondée, celle d’automne et celle de printemps, comme jadis. |
24 Les aires se rempliront de froment, les cuves regorgeront de vin et d’huile fraîche. |
25 « Je vous revaudrai les années qu’ont dévorées la sauterelle et le yeleq, le hasîl et le gazam, ma grande armée que j’avais envoyée contre vous. » |
26 Vous mangerez tout votre soûl, à satiété, et vous louerez le nom de Yahvé votre Dieu, qui aura accompli pour vous des merveilles. (Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais !) |
Le père Alexandre Schmemann écrit dans ses «Journaux» (12 octobre 1976, p. 297): «Le commencement de la “fausse religion”, c'est l'incapacité de se réjouir, ou plutôt le refus de la joie. Or la joie est si absolument importante parce qu'elle est le fruit indubitable du sentiment de la présence de Dieu. On ne peut pas savoir que Dieu est, et ne pas se réjouir. Et c'est seulement par rapport à elle que la crainte de Dieu, le repentir et l'humilité sont justes, authentiques, féconds. Hors de cette joie, ils deviennent facilement “démoniaques”, une perversion au plus profond même de l'expérience religieuse. Religion de la peur. Religion de la pseudo-humilité. Religion de la culpabilité: tout cela est tentation, tout cela est illusion spirituelle. [...] La peur du péché ne sauve pas du péché. La joie dans le Seigneur sauve».
Mais c'est précisément de cela que le prophète Joël nous appelle aujourd'hui à nous souvenir. Oui, il parle de «jeûne, de pleurs et de lamentation». Mais en vue de quoi? Pourquoi un si grand homme que Théophane le Reclus, dans son homélie pour ce jour, ne veut-il pas voir les paroles qui suivent ces mots si tragiques? Qu'est-ce qui le pousse à interrompre ses réflexions sur une note si désespérée: «Les prêtres ne cessent de crier: “épargne, Seigneur”! Mais du Seigneur vient certainement une réponse terrible: “je n'épargnerai pas, car il n'y a personne qui cherche l'épargne”. Tous se tiennent le dos tourné au Seigneur, se sont détournés de Lui et L'ont oublié».
Tout cela est vrai, mais ce n'est pas toute la vérité, pas toute la vérité. Oui, le monde s'est corrompu, nous le voyons de nos propres yeux; mais si l'on se permet de s'arrêter sur des notes si déchirantes, alors toute notre foi sera une neurasthénie. Et elle est bien une neurasthénie pour la majorité des croyants, dont 90% devraient être adressés à des psychiatres, hélas.
Mais il suffit d'entendre au moins ce que dit aujourd'hui le prophète: «Et il arrivera en ce jour-là que les montagnes ruisselleront de vin et que les collines couleront de lait», pour aussitôt se rappeler ce que répond l'Apôtre: «La foi est la réalisation de ce qu'on espère et la conviction de ce qu'on ne voit pas» (He 11:1). Car on peut nous dire que le prophète ne fait que nous promettre que cela arrivera un jour, quelque part, et que l'accomplissement de la promesse tarde. Mais c'est justement la réalisation de ce qu'on espère qui est notre foi. Nous devons absolument nous en souvenir, et d'une certaine manière le voir et le faire dans notre vie.
12 « Mais encore à présent — oracle de Yahvé — revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. » |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
14 Qui sait ? S’il revenait ? S’il regrettait ? S’il laissait après lui une bénédiction, oblation et libation pour Yahvé, votre Dieu ? |
15 Sonnez du cor à Sion ! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, |
16 réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu’on allaite au sein ! Que le jeune époux quitte sa chambre et l’épousée son alcôve ! |
17 Qu’entre l’autel et le portique pleurent les prêtres, serviteurs de Yahvé ! Qu’ils disent : « Pitié, Yahvé, pour ton peuple ! Ne livre pas ton héritage à l’opprobre, au persiflage des nations ! Pourquoi dirait-on parmi les peuples : Où est leur Dieu ? » |
18 Or Yahvé s’émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
On considère souvent les prophètes comme des prédicteurs de l’avenir, parfois heureux, mais plus souvent douloureux et terrifiant. Mais en est-il vraiment ainsi? Peut-on seulement prédire l’avenir? La réponse semble simple : Dieu a Son propre dessein, qu’Il accomplira sans aucun doute, puisqu’Il est Dieu et que nous sommes des hommes. L’avenir peut donc être prédit si Dieu le révèle au prophète, car tout doit déjà être prévu par Dieu.
Mais voici ce qui est intéressant : la langue biblique ne connaît pas de mots que l’on pourrait traduire par « destin inéluctable », « fatalité » ou « sort ». Il existe bien sûr un dessein de Dieu pour chaque homme et chaque peuple, mais il existe aussi la liberté du choix, qu’il s’agisse d’un individu ou d’un peuple. Il arrive qu’un prophète annonce un malheur proche et inévitable, mais il n’arrive presque jamais qu’il parle de ce malheur comme de quelque chose d’inéluctable.
Cette absence de prédétermination des événements futurs peut parfois même passer pour une erreur du prophète. Prenons Isaïe de Jérusalem, par exemple, qui prédit la ruine prochaine de son pays par les Assyriens. Était-ce une erreur? La Judée résista pourtant cette fois-là! Toutefois, Isaïe lui-même, déjà pendant le siège, prédit aussi que les Assyriens repartiraient bredouilles des murs de Jérusalem. C’est finalement ce qui arriva.
Les plans de Dieu peuvent-ils donc changer? Apparemment, oui. Et cela ne dépend pas de Dieu, mais des hommes, de leur choix et de leur résolution. Dieu n’a pas besoin que les hommes meurent à cause de leurs péchés; Il ne le veut pas et ne l’a jamais voulu. Si les hommes périssent à cause de leurs péchés, c’est uniquement parce que le péché sépare réellement l’homme de Dieu et L’empêche d’intervenir.
Dieu est bien sûr plus fort que l’homme, mais Il respecte trop la liberté humaine pour entrer dans la vie de celui ou de ceux qui ne Le veulent pas et ne L’attendent pas. Une catastrophe, personnelle ou nationale, devient alors la conséquence de l’impossibilité pour Dieu d’intervenir. Mais si on L’appelle malgré tout, Il est prêt à intervenir à tout moment, même lorsqu’il peut sembler qu’il est déjà trop tard. Il ne veut la mort de personne et Il est prêt à saisir toute occasion de sauver le plus grand nombre possible, sans tenir compte du fait que beaucoup, avant de se tourner vers Lui, ont tout fait pour rendre leur salut aussi difficile que possible.
12 « Mais encore à présent — oracle de Yahvé — revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. » |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
14 Qui sait ? S’il revenait ? S’il regrettait ? S’il laissait après lui une bénédiction, oblation et libation pour Yahvé, votre Dieu ? |
15 Sonnez du cor à Sion ! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, |
16 réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu’on allaite au sein ! Que le jeune époux quitte sa chambre et l’épousée son alcôve ! |
17 Qu’entre l’autel et le portique pleurent les prêtres, serviteurs de Yahvé ! Qu’ils disent : « Pitié, Yahvé, pour ton peuple ! Ne livre pas ton héritage à l’opprobre, au persiflage des nations ! Pourquoi dirait-on parmi les peuples : Où est leur Dieu ? » |
18 Or Yahvé s’émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
Aujourd'hui commence le Grand Carême. Les textes que nous lisons parlent de ce qui est le plus important en ce temps, mais tout cela est si loin de nos représentations du jeûne. Ce que le prophète Joël appelle « déchirer son coeur » signifie toujours pour nous la tristesse et les larmes. Le Seigneur, Lui, nous donne Sa réponse, paradoxale au premier regard, qui renverse complètement le tableau. La purification est une joie, le retour vers Lui peut et doit être pour nous une fête, le jeûne est le temps de la réunion du Créateur et de la créature. Le « visage de carême » est une invention de l'homme pour justifier sa paresse et consoler sa vanité. Le Seigneur, Lui, nous appelle à arracher de notre coeur la croûte du péché, afin que toute la saleté en sorte. Alors nos visages resplendiront de la joie du Grand Carême.
1 « Après cela je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions. |
2 Même sur les esclaves, hommes et femmes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit. |
3 Je produirai des signes dans le ciel et sur la terre, sang, feu, colonnes de fumée ! » |
4 Le soleil se changera en ténèbres, la lune en sang, avant que ne vienne le jour de Yahvé, grand et redoutable ! |
5 Tous ceux qui invoqueront le nom de Yahvé seront sauvés, car sur le mont Sion et à Jérusalem il y aura des rescapés — comme l’a dit Yahvé — parmi les survivants que Yahvé appelle. |
Le prophète parle de la rétribution des péchés qui attend les païens, et il semble que ses paroles prophétiques ne s'appliquent pas seulement aux villes de Tyr et de Sidon, où prospéraient les cultes dénoncés dans les pages de la Bible, mais aussi à tous ceux qui sont disposés à mener une vie païenne. Cela est très facile : il n'est même pas nécessaire d'adorer des idoles ; on peut formellement reconnaître la justesse de la foi biblique. Mais nos actes incompatibles avec les principes que nous proclamons nous dénonceront. Chaque fois que nous plaçons au centre de nos préoccupations ce qui devrait garder sa juste place—qu'il s'agisse des soucis matériels ou de notre propre personne—ou lorsque nous commençons à regarder les autres uniquement comme un moyen d'obtenir quelque chose, nous devenons aussitôt semblables aux païens de l'Antiquité esclavagiste. Nos aspirations habituelles, « normales », se révèlent ainsi être une révolte contre Dieu et un piétinement de Ses commandements. Mais « on ne se moque pas de Dieu » (Ga 6:7).
1 « Après cela je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions. |
2 Même sur les esclaves, hommes et femmes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit. |
3 Je produirai des signes dans le ciel et sur la terre, sang, feu, colonnes de fumée ! » |
4 Le soleil se changera en ténèbres, la lune en sang, avant que ne vienne le jour de Yahvé, grand et redoutable ! |
5 Tous ceux qui invoqueront le nom de Yahvé seront sauvés, car sur le mont Sion et à Jérusalem il y aura des rescapés — comme l’a dit Yahvé — parmi les survivants que Yahvé appelle. |
La parole du prophète Joël sur le jugement du Seigneur contre toutes les nations, après les paroles sur l'effusion de l'Esprit sur Israël, paraîtrait menaçante sans le premier mot du chapitre : « Car… ». Dans les derniers versets du chapitre 2 selon la numérotation russe — chapitre 3 dans la numérotation française —, le prophète dit que quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Le salut de Dieu sera sur Sion et parmi les survivants que le Seigneur appellera. C'est ici que le prophète passe au chapitre 3 selon la numérotation russe — chapitre 4 en français —, en parlant au nom du Seigneur : « Car en ces jours-là… Je rassemblerai toutes les nations… et Je les jugerai. » Le salut sera parmi les « survivants », parmi tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur, parce que le Seigneur les jugera ! Combien notre représentation du jugement de Dieu diffère de ce que dit le prophète ! Ce petit mot change toute notre perception de ce chapitre de son livre.
Le Seigneur dit ici par le prophète qu'Il jugera ceux qui ont pillé et trahi le peuple de Dieu, ceux qui se sont enrichis à ses dépens par la violence et la cruauté. Le châtiment de ces crimes contre l'humanité retombera sur la tête des nations, tout comme le Seigneur fait retomber sur la tête d'Israël ses propres iniquités. Pourtant, cette parole s'achève par un appel à toutes les nations à venir se rassembler là où le Seigneur siégera pour les juger, car le sens du jugement de Dieu n'est pas la vengeance, mais la possibilité d'invoquer le nom du Seigneur, évoquée à la fin du chapitre précédent. Là se trouvent les racines vétérotestamentaires des paroles du Christ selon lesquelles le jugement consiste en ce que la Lumière est venue dans le monde. Le prophète Joël dit, au fond, qu'en présence de Dieu deviendront manifestes les conséquences de la cruauté et de la dégradation morale de tous les hommes : tel est le but du reproche adressé aux nations au Jour du Jugement. Mais, comme pour Israël, le Seigneur dénonce les péchés des hommes non pour nous effrayer, mais pour nous appeler à y renoncer. Le repentir auquel le prophète appelle Israël sera donc une source de salut pour toutes les autres nations aussi, puisque le jugement du Très-Haut s'étendra également à elles. Et toute personne jugée par Dieu pour ses crimes qui invoquera le nom du Seigneur et déchirera son cœur dans la contrition pour ses péchés recevra ce don de la miséricorde divine promis aussi au peuple élu.
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