1 Alleluia ! Rendez grâce à Yahvé, car il est bon, car éternel est son amour ! |
2 Rendez grâce au Dieu des dieux, car éternel est son amour ! |
3 Rendez grâce au Seigneur des seigneurs, car éternel est son amour ! |
4 Lui seul a fait des merveilles, car éternel est son amour ! |
5 Il fit les cieux avec sagesse, car éternel est son amour ! |
6 Il affermit la terre sur les eaux, car éternel est son amour ! |
7 Il a fait les grands luminaires, car éternel est son amour ! |
8 Le soleil pour gouverner sur le jour, car éternel est son amour ! |
9 La lune et les étoiles pour gouverner sur la nuit, car éternel est son amour ! |
10 Il frappa l’Égypte en ses premiers-nés, car éternel est son amour ! |
11 Et de là fit sortir Israël, car éternel est son amour ! |
12 À main forte et à bras étendu, car éternel est son amour ! |
13 Il sépara en deux parts la mer des Joncs, car éternel est son amour ! |
14 Et fit passer Israël en son milieu, car éternel est son amour ! |
15 Y culbutant Pharaon et son armée, car éternel est son amour ! |
16 Il mena son peuple au désert, car éternel est son amour ! |
17 Il frappa des rois puissants, car éternel est son amour ! |
18 Fit périr des rois redoutables, car éternel est son amour ! |
19 Sihôn, roi des Amorites, car éternel est son amour ! |
20 Et Og, roi du Bashân, car éternel est son amour ! |
21 Il donna leur terre en héritage, car éternel est son amour ! |
22 En héritage à Israël son serviteur, car éternel est son amour ! |
23 Il se souvint de nous dans notre abaissement, car éternel est son amour ! |
24 Il nous sauva de la main des oppresseurs, car éternel est son amour ! |
25 À toute chair il donne le pain, car éternel est son amour ! |
26 Rendez grâce au Dieu du ciel, car éternel est son amour ! |
Bien des actions de Dieu sont énumérées ici, bien de Ses merveilles sont évoquées, et chaque évocation est immanquablement suivie d'un refrain sur Sa miséricorde et Sa bonté. Ainsi, toutes les œuvres du Seigneur procèdent de la miséricorde et se ramènent à elle.
Il n'est pas exclu que certains trouvent pragmatique et calculatrice la perception de Dieu qu'a l'auteur du psaume, comme si elle était dictée par l'espoir d'obtenir de la miséricorde pour soi. Mais non : la miséricorde apparaît ici comme une propriété essentielle du Créateur, tout à fait indépendamment de la mesure dans laquelle quiconque la mérite. Bien plus, le psalmiste voit précisément dans la miséricorde la raison de nombreuses actions du Seigneur, depuis la création du monde jusqu'au souci de nourrir toute chair — toute chair, et pas seulement ceux qui l'ont mérité !
Mais quelqu'un objectera : peut-on parler de miséricorde alors que sont aussi évoqués ici d'autres personnages qui ont subi la défaite ? La miséricorde ne s'est pas étendue à eux ! Oui, la miséricorde a été accordée à d'autres, à ceux que ces vaincus menaçaient. Le mal qui s'empare des hommes mène à la perte ceux qui ont accepté de le suivre ; c'est précisément parce que la nature humaine est imprégnée de péché qu'il s'est avéré impossible de déraciner le mal sans faire souffrir ceux qui sont sous son emprise. Mais la miséricorde que Dieu accorde aux hommes se manifeste aussi dans la défaite des forces du mal.
1 Alleluia ! Rendez grâce à Yahvé, car il est bon, car éternel est son amour ! |
2 Rendez grâce au Dieu des dieux, car éternel est son amour ! |
3 Rendez grâce au Seigneur des seigneurs, car éternel est son amour ! |
4 Lui seul a fait des merveilles, car éternel est son amour ! |
5 Il fit les cieux avec sagesse, car éternel est son amour ! |
6 Il affermit la terre sur les eaux, car éternel est son amour ! |
7 Il a fait les grands luminaires, car éternel est son amour ! |
8 Le soleil pour gouverner sur le jour, car éternel est son amour ! |
9 La lune et les étoiles pour gouverner sur la nuit, car éternel est son amour ! |
Comment nous conduire avec justesse dans un milieu hostile, parmi ceux à qui ce que nous tenons pour sacré est étranger et suscite, au mieux, de la curiosité comme une forme d’exotisme étrange ? Dans le refus de chanter des hymnes sacrés pour les asservisseurs, il faut voir non seulement la volonté de ne pas s'abaisser devant les oppresseurs, mais aussi le refus de jeter des perles devant ceux qui sont capables de les fouler aux pieds. Bien des choses sacrées ont déjà été perdues et profanées par les ennemis ; empêcher la profanation du peu qui reste, c'est rester fidèle à ce qu'on avait autrefois si légèrement dédaigné.
La volonté de résister spirituellement à un milieu hostile est absolument nécessaire. Mais nous voyons aussi que la colère des captifs asservis peut prendre des formes extrêmes : les paroles cruelles concernant les petits enfants de Babylone ont souvent troublé, au fil des siècles, ceux qui lisaient ou écoutaient le psaume. Ces paroles ont fréquemment été interprétées de manière allégorique, les petits enfants représentant les péchés ; mais, dans tous les cas, une question demeure inévitable : pourquoi l'allégorie s'exprime-t-elle précisément sous cette forme ?
Oui, les rêves de vengeance des opprimés sont souvent cruels, et plus d'une fois leur fureur s'est révélée aveugle, sans distinguer l'innocent du coupable. Mais peut-on nier qu'un cruel châtiment s'est abattu à maintes reprises sur les asservisseurs, provoqué par leurs propres atrocités ? De nos jours, beaucoup d'Allemands, qui évoquent avec douleur les malheurs de leur pays lors de sa défaite militaire, reconnaissent que ce ne sont pas les vainqueurs qui ont commencé les cruautés...
Si nous voulons comprendre pleinement la pensée du psaume, exprimée d'une façon qui nous est inhabituelle, voire rebutante, il ne faut pas l'arracher à la Bible, mais la mettre en relation avec ses autres pages.
7 Il a fait les grands luminaires, car éternel est son amour ! |
La rancune vengeresse, bien sûr, n'a jamais compté parmi les vertus. Certes, la Torah admet parfois la vengeance (« œil pour œil, dent pour dent »), mais plutôt comme une concession à la nature humaine déchue que comme une norme, et ce n'est pas par hasard que Jésus interdit clairement à Ses disciples de se venger. Quant à notre psaume, il est bien sûr traversé par la vengeance, il la respire littéralement. Et il ne vaut guère la peine de prendre les malédictions qu'il contient pour des allégories. On peut plutôt les considérer comme le tribut rendu à l'histoire, comme une description véridique et réaliste des sentiments qui remplissaient les habitants déportés de Jérusalem dans les premières années après la catastrophe qui avait frappé leur pays et leur ville. Mais il y a ici encore quelque chose dont les prophètes d'avant l'exil ont parlé plus d'une fois, à commencer par Amos. Il s'agit de ce que l'on appelle parfois dans la vie courante une « juste rétribution », en ajoutant : « il y a quand même une justice dans le monde ! ». En réalité, bien sûr, il n'est pas question de justice dans ce cas. Ce sont justement les paroles des prophètes, et des hymnographes aussi, qui permettent de conclure qu'il n'y a pas et ne peut pas y avoir de justice dans le monde déchu. En revanche, il y existe une sorte de « balançoire » historique, et elle se balance sans cesse, de sorte que le vainqueur d'aujourd'hui sera demain vaincu par ses ennemis d'hier, lesquels, à leur tour, prendront pleinement leur revanche sur leurs anciens vainqueurs. Il n'est pas si facile de dire exactement ce que l'auteur du psaume a en vue : simplement la vengeance ou cette étrange « justice ». Quoi qu'il en soit, l'une n'est pas très loin de l'autre, car ni la vengeance ni cette sorte de « loi de rétribution historique » sur laquelle l'hymnographe a peut-être compté n'ont de rapport avec la providence de Dieu. Telle est la première réaction, très naturelle, de l'homme déchu devant le malheur qui lui arrive, qu'il soit personnel ou national : s'il se souvient de Dieu, ce n'est pas tout de suite ; instinctivement, il commence à chercher la possibilité de trouver un coupable et de se venger de lui par tous les moyens dont il dispose. Et le peuple de Dieu, sur ce point, ne semble pas avoir fait exception : dans les premières années après la catastrophe, il était agité des mêmes sentiments qui auraient agité n'importe quel autre peuple dans une telle situation. Il manifeste ses qualités de peuple de Dieu non au moment de cette première réaction, mais plus tard, quand lui succèdent la réflexion sur ce qui est arrivé, le repentir des péchés commis et une nouvelle conversion. Celle-là même qui ouvrit au peuple la possibilité, des décennies plus tard, de revenir sur la terre des pères que Dieu lui avait jadis promise.
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