3 Je veux cependant que vous le sachiez: le chef de tout homme, c'est le Christ; le chef de la femme, c'est l'homme; et le chef du Christ, c'est Dieu. |
4 Tout homme qui prie ou prophétise le chef couvert fait affront à son chef. |
5 Toute femme qui prie ou prophétise le chef découvert fait affront à son chef; c'est exactement comme si elle était tondue. |
En lisant ces paroles de Paul, on en vient spontanément à la conclusion de la relativité des normes culturelles et quotidiennes, même dans l'Antiquité. Pour un Romain, les cheveux longs et la barbe étaient réellement soit une bouffonnerie, soit un signe de barbarie.
Pour un Grec, au contraire, tout était inverse, de même d'ailleurs que pour un Juif, ce qu'était Paul lui-même : imaginer un Juif sans barbe à cette époque était pratiquement impossible, à moins qu'il ne cherche à s'assimiler entièrement et même à ressembler extérieurement à un Romain. Et les cheveux longs, du point de vue d'un Grec ou d'un Juif, pouvaient souvent orner un homme : la coupe courte romaine traditionnelle n'était populaire ni chez les uns ni chez les autres. Quant à entendre d'un Juif qu'il est honteux pour un homme de prier la tête couverte, c'est une ironie franchement paradoxale.
Manifestement, Paul fait ici principalement appel aux moeurs et coutumes romaines, bien que prier la tête découverte soit une coutume grecque : les Romains, comme les Juifs, se couvraient la tête d'un voile spécial pendant la prière. Il reste seulement à deviner pourquoi, dans l'Église de Corinthe, qui n'était nullement italienne, les normes culturelles romaines se sont trouvées si répandues que Paul juge possible de s'y référer principalement. Mais il y a aussi, dans les raisonnements de l'apôtre, quelque chose qui dépasse le cadre des conventions culturelles et quotidiennes. Ainsi, ses paroles selon lesquelles la tête de l'homme est le Christ, la tête de la femme est l'homme, et la tête du Christ est Dieu, dépassent évidemment le cadre d'une tradition culturelle concrète ou d'un mode de vie particulier. Paul construit une sorte de hiérarchie des relations entre les hommes, entre les hommes et le Christ, et entre le Christ et Dieu.
En même temps, il se réfère à la Torah, au récit de la création de l'homme, où il est dit de la femme qu'elle a été « prise de l'homme ». Cependant, la Torah, parlant de la création de l'homme, ne suppose pas entre l'homme et la femme des rapports de commandement et de subordination au sens que ces rapports ont pris dans le monde déchu. Dans le monde qui n'était pas encore corrompu par le mal, de tels rapports rappelaient ceux qui sont propres au Royaume : là, le principal est celui qui est prêt le premier à assumer le service et la responsabilité qui y est liée.
Et dans une communauté composée d'hommes et de femmes, Paul, apparemment, confie la responsabilité principale des relations avec le Christ précisément aux hommes, qui répondent devant Lui d'eux-mêmes et de leurs soeurs. Bien sûr, une telle responsabilité n'exclut nullement pour la femme la possibilité d'une pleine communion avec Dieu et avec le Christ ; il ne saurait par définition être question, dans le christianisme, d'une « médiation » des relations avec Dieu. Mais lorsqu'il s'agit de la vie commune et des décisions correspondantes, la responsabilité en revient d'abord aux hommes, ce dont l'apôtre appelle à se souvenir.
1 Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ. |
2 Je vous félicite de ce qu'en toutes choses vous vous souvenez de moi et gardez les traditions comme je vous les ai transmises. |
3 Je veux cependant que vous le sachiez: le chef de tout homme, c'est le Christ; le chef de la femme, c'est l'homme; et le chef du Christ, c'est Dieu. |
4 Tout homme qui prie ou prophétise le chef couvert fait affront à son chef. |
5 Toute femme qui prie ou prophétise le chef découvert fait affront à son chef; c'est exactement comme si elle était tondue. |
6 Si donc une femme ne met pas de voile, alors, qu'elle se coupe les cheveux! Mais si c'est une honte pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou tondus, qu'elle mette un voile. |
7 L'homme, lui, ne doit pas se couvrir la tête, parce qu'il est l'image et la gloire de Dieu; quant à la femme, elle est la gloire de l'homme. |
8 Ce n'est pas l'homme en effet qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme; |
9 et ce n'est pas l'homme, bien sûr, qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. |
10 Voilà pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion, à cause des anges. |
11 Aussi bien, dans le Seigneur, ni la femme ne va sans l'homme, ni l'homme sans la femme; |
12 car, de même que la femme a été tirée de l'homme, ainsi l'homme naît par la femme, et tout vient de Dieu. |
13 Jugez-en par vous-mêmes. Est-il convenable que la femme prie Dieu la tête découverte? |
14 La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c'est une honte pour l'homme de porter les cheveux longs, |
15 tandis que c'est une gloire pour la femme de les porter ainsi? Car la chevelure lui a été donnée en guise de voile. |
16 Au reste, si quelqu'un se plaît à ergoter, tel n'est pas notre usage, ni celui des Églises de Dieu. |
Revenant au thème des relations entre les habitants du Royaume, Paul aborde une question qui, à première vue, n’a pas d’importance de principe : pourquoi la femme doit-elle se couvrir la tête dans l’assemblée ecclésiale? Il semblerait qu’il ne s’agisse que d’une norme culturelle très précise, propre à une époque très précise, qui n’avait de sens que là et alors où cette norme était actuelle. Dans le monde gréco-romain des temps évangéliques, seules les femmes de mauvaise vie sortaient tête nue, et pour une mère de famille paraître ainsi en public était une honte.
Bien sûr, il n’en fut pas ainsi partout ni toujours. Mais Paul, dans son épître, ne fait pas appel à une simple norme culturelle. Il commence par constater le fait que, dans le mariage chrétien, existe une hiérarchie bien réelle, à la tête de laquelle se trouve Dieu Lui-même, suivi du Sauveur, du mari comme chef de famille et enfin de la femme (v. 3). Pour l’apôtre, la tête couverte de l’épouse n’est rien d’autre que le signe de la reconnaissance de cette hiérarchie (v. 10). Et elle devient actuelle avant tout dans la vie ecclésiale, quand il s’agit de prière et de prophétie, ce qui n’a rien d’étonnant : c’est là en effet que le chrétien se manifeste au plus haut point comme habitant du Royaume (v. 4-6).
Il semblerait que, lorsqu’il s’agit de prière ou de prophétie, là où les relations personnelles de telle personne avec Dieu passent au premier plan, toute hiérarchie devrait perdre son actualité. Mais Paul, au contraire, parle de son importance de principe pour le Royaume, y compris dans le contexte d’un service qui, à première vue, ne suppose aucune hiérarchie et demeure profondément, exclusivement personnel (v. 7-9). Ce n’est pas étonnant si l’on se rappelle que, pour l’apôtre, l’Église est avant tout une communauté de personnes vivant dans le Royaume, et qu’il regarde la famille comme une petite Église. Or, dans une communauté, toutes les relations qui unissent les personnes entre elles ont de l’importance. Leur importance demeure même lorsque l’homme se trouve seul à seul avec Dieu.
Et si ces relations sont hiérarchiques, leur hiérarchie devient elle aussi significative pour Dieu et importante pour le Royaume. Une telle hiérarchie n’est plus quelque chose d’imposé de l’extérieur; elle devient une partie organique de la communauté du Royaume, dont elle forme la structure. Bien sûr, une telle structure est, pour parler le langage philosophique, non pas ontologique mais fonctionnelle, ce dont Paul avertit aussitôt (v. 11-12). Elle n’est pas liée au fait que certains de ceux qui y entrent seraient par nature, ou par leurs qualités spirituelles, pires ou meilleurs que d’autres. Il s’agit seulement que la famille, comme petite Église, accomplisse son service et témoigne du Royaume de la meilleure manière. De même que la divinité du Sauveur n’est en rien inférieure à celle du Père, ce qui pourtant n’abolit pas une certaine hiérarchie liée au ministère du Messie que Dieu Lui a confié, de même la femme n’est inférieure au mari ni par nature ni par esprit; mais le service de la famille comme petite Église exige de chacun une place bien définie dans la hiérarchie familiale. Une hiérarchie sans laquelle les membres de la famille chrétienne ne pourront devenir de véritables témoins du Royaume.
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