18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui tiennent la vérité captive dans l'injustice; |
19 car ce qu'on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste: Dieu en effet le leur a manifesté. |
20 Ce qu'il a d'invisible depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu'ils sont inexcusables; |
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s'est enténébré: |
22 dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous |
23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d'hommes corruptibles, d'oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles. |
24 Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps; |
25 eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement! Amen. |
26 Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes: car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature; |
27 pareillement les hommes, délaissant l'usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l'infamie d'homme à homme et recevant en leurs personnes l'inévitable salaire de leur égarement. |
Que le monde ait été créé est évident pour quiconque ne se dresse pas contre Dieu. Selon la pensée de l’apôtre Paul, l’existence même de ce monde et sa splendeur témoignent de la grandeur et de la bonté du Créateur. Refuser d’accueillir ce témoignage conduit aux déformations les plus profondes de la nature et du comportement humains (Rm 1,24-27). Dans le Sermon sur la montagne, Jésus dit que le péché ne réside pas seulement dans les actes, mais dans les pensées, dans l’atteinte portée à notre vie spirituelle ; c’est donc là que doit commencer notre guérison.
20 Ce qu'il a d'invisible depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu'ils sont inexcusables; |
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s'est enténébré: |
L'apôtre est certain que, lorsqu'il s'agit des païens, et il y avait parmi les chrétiens de Rome beaucoup d'anciens païens, on peut connaître Dieu aussi par la contemplation du monde qu'Il a créé ; si l'homme ne voit rien de tel, c'est seulement parce qu'il ne veut pas voir. Mais la possibilité de voir n'est pas tout : il importe de L'accueillir et de Le « glorifier », en faisant de Sa présence le centre de sa propre vie. L'apôtre, comme les sages de l'antiquité, oppose la connaissance authentique, la connaissance comme connaissance de Dieu, à ce qu'il appelle les « raisonnements ». Paul joue sur l'opposition, traditionnelle dans les écrits sapientiaux, entre la sagesse comme connaissance de Dieu et justice, d'une part, et le bavardage des insensés, d'autre part, qui ne rapproche nullement de Dieu et même, au contraire, éloigne de Lui les amateurs de grands discours.
20 " Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
21 " Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal. |
22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : "Crétin ! ", il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : "Renégat ! ", il en répondra dans la géhenne de feu. |
23 Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, |
24 laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. |
25 Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. |
26 En vérité, je te le dis: tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou. |
Pourquoi, si je ne vis pas en paix avec mes proches, serais-je indigne de me présenter devant le Seigneur? La paix de l'âme est-elle donc accessible dans ce monde agité et passionné? N'y a-t-il pas des prières pour les ennemis, et donc les ennemis eux-mêmes? Tout le Psautier n'est-il pas rempli de malédictions contre les impies (« que la mort vienne sur eux », « Mais toi, Dieu, tu les feras descendre dans le puits de la corruption », « heureux celui qui saisira tes petits enfants et les brisera », et d'autres encore)? Et le Sauveur lui-même dit: « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Mt 10:34). Comment concilier tout cela, la paix et le glaive?
Dans notre usage orthodoxe contemporain, qui à bien des égards n'a pas évité, et ne pouvait pas éviter, l'influence de la vision soviétique du monde, laquelle avait un besoin aigu de l'image de l'ennemi et s'écroulait tout simplement sans elle, beaucoup s'emparent de ce dualisme par le bout qui leur convient. Mais tout véritable dualisme est sans confusion et sans division. D'ailleurs, pourquoi parler ici de l'époque soviétique? Une telle chose est vieille comme le monde. Il suffit de rappeler la chasse aux sorcières et l'Inquisition dans son ensemble, ou les persécutions des Juifs à toutes les époques. Serge Averintsev écrivait à ce sujet:
De tout mon cœur mortel
consentant à la corruption, je pardonne à ceux qui m'ont offensé
Mais qui donc m'a offensé
Cette femme qui s'imaginait s'imaginer
Qu'elle tremblait au son de ma voix
…………
Cet homme qui s'imaginait s'imaginer
qu'il foulait mon visage aux pieds
…………
Dieu, console de ta tendresse ceux qui m'ont offensé
Je ne sais pas, toi tu sais qui ils sont
(« Vers spirituels / Perplexité »)
C'est seulement ainsi qu'il est possible de comprendre, seulement ainsi qu'il est possible d'éviter ce qu'il y a de plus terrible dans ce qui s'oppose à Dieu: la haine, même lorsqu'elle se couvre d'une juste colère. « Tu sais », et « je ne sais pas ».
20 " Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
21 " Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal. |
22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : "Crétin ! ", il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : "Renégat ! ", il en répondra dans la géhenne de feu. |
23 Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, |
24 laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. |
25 Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. |
26 En vérité, je te le dis: tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou. |
La Torah, les commandements donnés par Dieu, ont toujours été perçus comme un guide sur le chemin de la justice. Il n’est pas étonnant que Jésus se tourne vers la Torah, plus précisément vers le Décalogue, en interprétant ses commandements du point de vue du Royaume qu’il a apporté dans le monde. Or, du point de vue du Royaume, ce n’est pas l’acte en tant que tel qui passe au premier plan, mais l’intention qui le porte, l’intention que l’homme met dans l’acte qu’il accomplit. Et si l’intention existe, le fait que l’acte soit accompli ou non ne change rien de fondamental. Si, par exemple, un homme hait son prochain au point d’être prêt à le tuer, Jésus assimile manifestement cette haine au meurtre.
À première vue, une telle approche peut paraître trop stricte. Mais il faut garder à l’esprit que la Torah intérieure, dont parlaient à cette époque beaucoup de rabbins savants et de maîtres de la Torah, mettait précisément l’intention au premier plan. La délivrance des mauvaises intentions était considérée comme l’étape la plus importante sur le chemin de l’acquisition de la Torah intérieure.
Mais il ne s’agit pas seulement de la Torah intérieure comme telle. Il s’agit aussi du fait que, pour le Royaume, les intentions ont une importance particulière. Car la substance du Royaume est le souffle de Dieu, et son tissu est formé par les relations qui unissent l’homme à Dieu et au Christ aussi bien qu’à ses proches. De la qualité des relations dépend non seulement la qualité de la vie de l’homme dans le Royaume, mais aussi la possibilité même d’y demeurer. Voilà pourquoi Jésus accorde tant d’attention à l’intention: chacune de nos intentions, si nous sommes habitants du Royaume, concerne non seulement nous-mêmes et les personnes vers lesquelles elle est dirigée, mais aussi tout le Royaume dans sa plénitude.
20 " Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
21 " Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal. |
22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : "Crétin ! ", il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : "Renégat ! ", il en répondra dans la géhenne de feu. |
23 Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, |
24 laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. |
25 Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. |
26 En vérité, je te le dis: tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou. |
Jésus appelle les disciples à la mesure supérieure de la justice, qui doit dépasser la bienfaisance même des scribes et des pharisiens, pourtant remarquables par leur grande piété. Et Il dit directement que sans cela il est impossible d’entrer dans le Royaume des Cieux.
En lisant les explications qui suivent, on ne peut qu’être frappé par le chemin difficile et sans compromis que le Seigneur nous propose. La colère est assimilée au meurtre, l’injure équivaut à un péché mortel ; enfin, la perte de la paix avec le prochain équivaut à la perte du lien avec Dieu. En acceptant ce système de coordonnées, on comprend aussitôt combien est grande la miséricorde de Dieu, qui couvre nos « meurtres », nos « trahisons », nos « reniements du Seigneur » quotidiens. On comprend que ce ne sont pas nos mérites, mais Lui seul qui peut nous conduire dans Son Royaume.
20 " Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
Ce verset commence par le mot “car”, ce qui veut dire qu’il est étroitement lié au verset précédent. Un peu plus haut Jésus fait savoir qu’Il est venu pour accomplir la loi et non pour l’abolir. Ensuite au 19e verset il met en garde par rapport au respect de la loi; il s’avère que ceux qui exécutent la loi seront au Royaume des Cieux avec ceux qui la violent, même si les deux groupes auront différents statuts. Mais on trouve alors ce verset 20 aberrant puisqu’ une justice ne surpassant pas celle des zélateurs de la loi n’est pas suffisante pour entrer dans le Royaume. C’est quoi donc ? Une contradiction ? S’il est dit au verset 19 que celui qui viole la loi sera au Royaume, même s’il sera le plus petit la bas. Mais non ! Jésus n’a jamais reproché les scribes et les pharisiens de leur stricte observation de la loi. Il montrait juste que la loi été accomplie à la lettre et non par l’esprit. La formalité évinçait l’amour envers autrui, et ainsi envers Dieu aussi, car l’un sans l’autre est impossible. On ne peut pas aimer autrui si on n’aime pas Dieu, tout comme on ne peut pas aimer Dieu si on n’aime pas autrui.
Le Royaume des Cieux c’est le Royaume du Dieu qui aime, le Royaume d’amour. Et nous savons que sans la foi il est impossible de plaire à Dieu (Heb 11:6) ; alors si l’amour est plus grand que la foi (1 Cor 13:13), Peut on plaire a Dieu sans amour ?
16 Car je ne rougis pas de l'Évangile: il est une force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit, du Juif d'abord, puis du Grec. |
17 Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : Le juste vivra de la foi. Les païens objet de la colère de Dieu. |
18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui tiennent la vérité captive dans l'injustice; |
19 car ce qu'on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste: Dieu en effet le leur a manifesté. |
20 Ce qu'il a d'invisible depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu'ils sont inexcusables; |
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s'est enténébré: |
22 dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous |
23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d'hommes corruptibles, d'oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles. |
24 Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps; |
25 eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement! Amen. |
26 Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes: car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature; |
27 pareillement les hommes, délaissant l'usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l'infamie d'homme à homme et recevant en leurs personnes l'inévitable salaire de leur égarement. |
28 Et comme ils n'ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à leur esprit sans jugement, pour faire ce qui ne convient pas: |
29 remplis de toute injustice, de perversité, de cupidité, de malice; ne respirant qu'envie, meurtre, dispute, fourberie, malignité; diffamateurs, |
30 détracteurs, ennemis de Dieu, insulteurs, orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, |
31 insensés, déloyaux, sans cœur, sans pitié; |
32 connaissant bien pourtant le verdict de Dieu qui déclare dignes de mort les auteurs de pareilles actions, non seulement ils les font, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent. |
Pour Paul, la vie dans le Royaume est inséparable de la marche selon la Torah, et c'est pourquoi dans ses épîtres, à l'image des auteurs de l'Ancien Testament, il oppose souvent deux chemins : le chemin de la justice et le chemin de l'impiété (v. 16-18). Certes, le témoignage de Paul ne s'adressait pas seulement aux Juifs, mais aussi à ceux qui, peu auparavant encore, étaient païens ; il impliquait un certain universalisme, et c'est pourquoi l'apôtre devait répondre, à lui-même et aux autres, à la question de savoir dans quelle mesure la Torah s'étend à ceux qui, très réellement, pouvaient n'en rien savoir.
Bien entendu, pour la première génération de chrétiens, dont les représentants étaient tous liés à la Synagogue à un degré ou à un autre, la connaissance de la Torah allait de soi ; mais l'apôtre s'adressait à quiconque était prêt à entendre son témoignage, et dans ce cas la question de ceux qui ne savaient rien de la Torah et des commandements cessait d'être une question purement spéculative.
En effet, si sans la connaissance de la Torah il est impossible de suivre le Christ et d'entrer dans le Royaume, que faire de ceux qui, pour des raisons objectives, pouvaient, comme beaucoup de païens, ne rien savoir de la Torah et même ne jamais en avoir entendu parler ? En répondant à cette question, Paul recourt à l'image de la Torah intérieure, en l'interprétant pour les païens comme ce que, par analogie avec la connaissance naturelle de Dieu, on pourrait appeler la « Torah naturelle ». Il dit qu'à ceux qui ne connaissaient pas la révélation, Dieu se révélait par Sa création, de sorte qu'ils ne peuvent pas se justifier par leur ignorance (v. 19-20). Il semblerait qu'une telle affirmation de l'apôtre ne sorte pas du cadre de l'idée d'une connaissance naturelle de Dieu. Mais Paul ne l'envisage nullement d'un point de vue purement naturel et psychologique. En parlant des limites de la connaissance naturelle de Dieu, l'apôtre ne les rattache nullement aux limitations propres à la raison humaine. Il remarque avant tout le choix que faisaient ceux qui connaissaient, au moment où, derrière la beauté et la grandeur de la création, se révélait à eux la présence du Créateur. Au lieu de la crainte sacrée et de l'action de grâce, la réponse à une telle révélation naturelle se traduisait souvent par des théories et des conceptions nées non pas tant du désir de connaître la vérité que de la soif de s'affirmer soi-même (v. 21-22).
C'est précisément ainsi que Paul explique l'apparition du paganisme comme religion et comme vision du monde, indissociable pour lui de la violation de la Torah, en l'occurrence du deuxième commandement (v. 23-25). La Torah est une réalité objective ; elle existe depuis aussi longtemps qu'existent les relations de Dieu avec l'homme, et donc depuis aussi longtemps qu'existe l'homme lui-même. Et la violation de la Torah n'est pas seulement un crime contre la loi morale donnée par Dieu, mais aussi la destruction des relations mêmes qui unissent Dieu et l'homme. Il n'est pas étonnant que la conséquence d'une telle destruction soit la dégradation spirituelle et morale dont parle l'apôtre (v. 26-32).
16 Car je ne rougis pas de l'Évangile: il est une force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit, du Juif d'abord, puis du Grec. |
17 Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : Le juste vivra de la foi. Les païens objet de la colère de Dieu. |
18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui tiennent la vérité captive dans l'injustice; |
19 car ce qu'on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste: Dieu en effet le leur a manifesté. |
20 Ce qu'il a d'invisible depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu'ils sont inexcusables; |
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s'est enténébré: |
22 dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous |
23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d'hommes corruptibles, d'oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles. |
24 Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps; |
25 eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement! Amen. |
L'apôtre Paul frappe toujours par la concentration de son texte et par des formulations très dures. Ainsi, le texte d'aujourd'hui suscite très souvent une protestation, parce que la situation décrite paraît injuste, pour ne pas dire cruelle. La foi nous apparaît parfois comme un héroïsme, comme quelque chose d'étranger et d'ajouté de l'extérieur. Toutes les premières réactions à ce qui arrive, tous les sentiments humains en nous, même ce qu'il y a en nous de bon et de compatissant, contredisent très souvent les paroles difficiles et inconfortables du Christ. C'est pourquoi la foi nous apparaît souvent comme une affaire de raison, comme une certaine violence faite à notre nature humaine et, par conséquent, comme un travail pénible. C'est pourquoi, étant gentils et compatissants, nous traitons avec sympathie, facilité et compréhension les gens qui ne croient pas en Dieu. Ou qui croient en quelque chose de si abstrait, qui existerait quelque part mais n'interviendrait pas dans la vie.
Notre pitié est mêlée en quelque chose à la conviction que, puisque la foi est un dur travail intellectuel, ceux qui ne croient pas manquent simplement d'intelligence. Mais, selon Paul, chaque homme est placé devant le fait de l'existence de Dieu, de Sa présence dans le monde. À tous est donné le témoignage de Dieu, et par la pomme, la mer, le désert, la vigne, la forêt, la grenouille et le grain, tout nous est raconté de Lui. Le récit du Créateur ne cesse pas une minute. Jour et nuit, tout le monde créé, l'équilibre, les lois les plus fines et les interdépendances de l'univers nous témoignent de Celui qui a créé tout cela. Ainsi l'homme, chaque fois qu'il sort dans la rue où il pleut, où le vent souffle, où déjà le gel coupe le souffle, peut comprendre que c'est précisément là cette «légèreté du joug» promise par le Christ. Lorsque le signe et la preuve de l'existence de Dieu deviennent non pas nos tentatives d'ajuster ce qui arrive à la limitation des possibilités humaines, mais le fait que chacun de nos pas est accompagné de miracles sans paroles, mais tangibles et réels. Beaucoup d'entre eux peuvent être goûtés.
17 " N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. |
18 Car je vous le dis, en vérité: avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l'i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. |
19 Celui donc qui violera l'un de ces moindres préceptes, et enseignera aux autres à faire de même, sera tenu pour le moindre dans le Royaume des Cieux ; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume des Cieux. |
20 " Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
21 " Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal. |
22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : "Crétin ! ", il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : "Renégat ! ", il en répondra dans la géhenne de feu. |
23 Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, |
24 laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. |
25 Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. |
26 En vérité, je te le dis: tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou. |
27 " Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu ne commettras pas l'adultère. |
28 Eh bien! moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l'adultère avec elle. |
29 Que si ton œil droit est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi: car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne soit pas jeté dans la géhenne. |
30 Et si ta main droite est pour toi une occasion de péché, coupe-la et jette-la loin de toi: car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne s'en aille pas dans la géhenne. |
31 " Il a été dit d'autre part : Quiconque répudiera sa femme, qu'il lui remette un acte de divorce. |
32 Eh bien ! moi je vous dis : Tout homme qui répudie sa femme, hormis le cas de "prostitution", l'expose à l'adultère ; et quiconque épouse une répudiée, commet un adultère. |
Dans ses entretiens avec les disciples et dans ses prédications, Jésus parle souvent de la Torah et de sa juste compréhension. Dans le texte synodal, la Torah est généralement appelée «la Loi»; mais, malgré la correction formelle de cette traduction, elle ne rend pas pleinement le sens du mot hébreu correspondant. La Torah est plus qu'une simple loi au sens où nous employons d'ordinaire ce mot, plus qu'une législation ou que l'ordre juridique qu'elle définit. La Torah suppose aussi un mode de vie conforme à la Loi, y compris l'état intérieur, spirituel, de l'homme qui correspond à ce mode de vie. À l'époque évangélique, dans le milieu rabbinique et dans la Synagogue en général, la notion de «Torah vivante» s'était assez largement répandue: idéalement, chaque Juif croyant devait le devenir. On entendait par là un état spirituel dans lequel la Torah devient quelque chose d'intérieurement propre à l'homme, déterminant toute sa vie dans toutes ses manifestations. Une telle compréhension était très proche de Jésus; ce n'est pas un hasard s'il dit lui-même qu'il n'est pas venu pour détruire ou modifier la Torah, mais pour la porter à sa plénitude (v. 17; dans la traduction synodale, cette idée est rendue par le mot «accomplir»).
Et la première chose sur laquelle il attire l'attention de ses auditeurs, ce sont leurs intentions, ou, comme disent aujourd'hui les psychologues, leurs intentions profondes. Si tu hais, considère-toi comme un meurtrier (v. 21-22); si tu convoites, considère-toi comme un débauché (v. 27-28). Autrement, selon la parole de Jésus, notre justice ne dépasse pas le cadre de la religiosité ordinaire, elle «ne surpasse pas la justice des scribes et des pharisiens» (v. 20), lesquels, étant des hommes profondément religieux, observaient bien sûr extérieurement, au niveau du comportement, tous les commandements du Décalogue.
Mais il apparaît que, pour le Royaume, cela ne suffit pas. Et il ne s'agit pas d'exigences spécialement relevées pour être «plus saint que tout le monde». Simplement, dans ce monde, notre qualité et notre état spirituels déterminent nos actes, tandis que dans le Royaume, ce sont nos intentions. On pourrait dire que, dans notre monde déchu, nous sommes ce que nous faisons, tandis que dans le Royaume nous deviendrons ce que nous désirons. Si, en haïssant quelqu'un, nous nous abstenons de tuer par amour de Dieu, c'est pour notre monde déchu une sérieuse réussite spirituelle. Mais pour le Royaume, c'est un échec. Et la barre spirituelle placée si haut par Jésus est nécessaire pour nous préserver d'un tel échec.
17 " N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. |
18 Car je vous le dis, en vérité: avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l'i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. |
19 Celui donc qui violera l'un de ces moindres préceptes, et enseignera aux autres à faire de même, sera tenu pour le moindre dans le Royaume des Cieux ; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume des Cieux. |
20 " Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
21 " Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal. |
22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : "Crétin ! ", il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : "Renégat ! ", il en répondra dans la géhenne de feu. |
23 Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, |
24 laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. |
25 Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. |
26 En vérité, je te le dis: tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou. |
27 " Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu ne commettras pas l'adultère. |
28 Eh bien! moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l'adultère avec elle. |
29 Que si ton œil droit est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi: car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne soit pas jeté dans la géhenne. |
30 Et si ta main droite est pour toi une occasion de péché, coupe-la et jette-la loin de toi: car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne s'en aille pas dans la géhenne. |
Jésus enseigne « comme ayant autorité », faisant nettement passer le péché de la sphère des actes à celle des pensées. Et pour nous, c’est tout à fait abrupt : nous pouvons encore contrôler plus ou moins nos actes, mais les pensées... C’est comme « ne pas penser au singe blanc » (vous souvenez-vous du vieux conte où, dans une certaine situation, on pouvait obtenir l’accomplissement de tous ses souhaits, pourvu qu’au moment décisif on ne pense pas au singe blanc ?)
Mais nous pouvons ne pas penser au singe blanc, à condition de penser à quelqu’un d’autre ! On peut ne pas pécher par les pensées si l’on pense à Quelqu’un de Sans péché, qui est juste et vrai.
Et quand pensons-nous constamment à quelqu’un ? Quand nous l’aimons : voilà tout le secret.
13 " Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens. |
14 " Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne se peut cacher, qui est sise au sommet d'un mont. |
15 Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. |
16 Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. |
17 " N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. |
18 Car je vous le dis, en vérité: avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l'i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. |
19 Celui donc qui violera l'un de ces moindres préceptes, et enseignera aux autres à faire de même, sera tenu pour le moindre dans le Royaume des Cieux ; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume des Cieux. |
20 " Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. |
21 " Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal. |
22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : "Crétin ! ", il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : "Renégat ! ", il en répondra dans la géhenne de feu. |
23 Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, |
24 laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. |
25 Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. |
26 En vérité, je te le dis: tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou. |
La première propriété du sel qui vient à l'esprit, et à laquelle le Christ a comparé ses disciples, est sa capacité à préserver toute substance de la corruption, compagne de la mort. Nous savons aussi qu'il faut très peu de sel pour changer le goût d'une grande portion de nourriture; ainsi, même en restant minoritaires, les chrétiens peuvent exercer une influence positive sur le monde entier. Mais il ne s'agit pas seulement de ces qualités du sel, restées inchangées au cours des siècles: les auditeurs du Sermon sur la montagne connaissaient et observaient aussi les anciens usages liés au sel. Le sel était symbole de fidélité; manger du sel ensemble scellait une alliance plus fortement qu'un serment et marquait une amitié indissoluble. Les disciples du Christ sont donc appelés à être de tels porteurs de vérité et de réconciliation dans un monde déchiré par l'hostilité.
Il a aussi appelé les disciples lumière du monde, et c'est étonnant, car une autre fois il s'est lui-même appelé ainsi (Jn. 8:12, 9:5). C'est l'une des premières indications de la hauteur à laquelle il veut élever ceux qui lui ont fait confiance et l'ont suivi. Oui, il n'est pas venu pour nous enfoncer dans la boue par sa grandeur, mais pour nous en tirer et nous purifier.
Et logiquement, même si beaucoup en sont encore surpris, il commence à souligner la conformité de ses actes à la Loi. Aujourd'hui encore, beaucoup ont du mal à unir ce que le Christ a apporté au monde avec les dispositions de la législation de l'Ancien Testament. Mais ce qui a paru à certains une nouveauté révélait précisément ce qui était déjà déposé depuis les temps anciens.
En parlant de la nécessité de dépasser la justice des scribes et des pharisiens, Jésus révèle que la motivation des actes et l'état de l'âme qui les dicte ne sont pas moins importants que les actes eux-mêmes. Car si la haine mène au meurtre, alors la haine est déjà le commencement du meurtre. Et s'il est important d'abattre à la racine un arbre venimeux qui a grandi, il est encore plus important d'empêcher qu'il pousse.
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