RÉFLEXIONS pour Gn 35:1-29 — le 13 février 2021

RÉFLEXIONS pour Gn 35:1-29

Le récit de la seconde rencontre de Jacob avec Dieu apparaît deux fois dans le livre de la Genèse : dans le récit qu’en fait Jacob lui-même et comme partie d’une tradition épique expliquant l’origine du nom Béthel, qui signifie « maison de Dieu ». Les philologues appellent de telles traditions toponymiques, et elles apparaissent d’ordinaire chez des peuples qui ne sont pas les habitants originels des lieux dont les noms figurent dans ces traditions.

Les peuples du lieu, les autochtones, n’ont besoin d’aucune explication : l’origine de tout nom géographique local leur est claire sans aucune tradition. Ceux qui sont venus de loin, en revanche, doivent s’expliquer pourquoi tel ou tel lieu porte tel ou tel nom. Surtout lorsque les nouveaux venus le rebaptisent, lui donnant leur propre nom à la place de l’ancien.

Il en fut ainsi de Béthel, et cela témoigne qu’à l’époque de Jacob les descendants d’Abraham ne vivaient plus depuis assez longtemps en Samarie, sur les terres où Abraham s’était établi en arrivant de Mésopotamie en Palestine. Jacob et ses contemporains semblent redécouvrir ces lieux, revenir aux autels d’Abraham, les remettre en état et habiter de nouveau les endroits qu’Abraham avait autrefois abandonnés. Cela devint possible parce qu’à cette époque le nombre des descendants d’Abraham, les fils de Jacob, avait fortement augmenté.

Peut-être l’oasis de Bersabée devenait-elle déjà trop étroite pour eux. Quoi qu’il en soit, une chose est évidente : Jacob revient en Samarie, sur la terre d’Abraham. L’auteur de la Genèse décrit ce retour comme une marche triomphale, conservant probablement ici l’élan de la tradition épique qui sous-tend le récit. Cet élan était sans doute lié aux promesses que Dieu avait faites à Abraham. Les contemporains de Jacob devaient considérer leur retour en Samarie comme l’accomplissement de ces promesses, et un tel regard aurait été tout à fait compréhensible et naturel.

Ils voient du moins en Jacob un nouvel Abraham. Cela ressort de la ressemblance entre la structure et la logique des récits de théophanies liés au nom d’Abraham et celles des récits de théophanies liés au nom de Jacob. Dans les deux cas, il y a deux rencontres : la première décrit la conclusion de l’alliance, dans le cas d’Abraham, ou son renouvellement, dans le cas de Jacob, avec les promesses correspondantes; la seconde suppose des transformations spirituelles chez l’homme, dont le changement de nom devient le signe.

Le nom de Dieu figure lui aussi dans les deux cas : Dieu le révèle à Abraham, tandis que Jacob le demande sans recevoir de réponse. Cette perception des événements est compréhensible : les hommes cherchent souvent à hâter l’histoire. En réalité, des siècles passeront encore avant l’accomplissement des promesses de Dieu, des siècles de vie en Égypte et au désert. Ce n’est qu’après une nouvelle révélation, d’une importance sans précédent, que les promesses de Dieu s’accompliront. Jacob ne fait que commencer ce chemin; d’autres l’achèveront.