2 Qui me fera revivre les mois d'antan, ces jours où Dieu veillait sur moi,
3 où sa lampe brillait sur ma tête et sa lumière me guidait dans les ténèbres!
4 Tel que j'étais aux jours de mon automne °, quand Dieu protégeait ma tente,
5 que Shaddaï demeurait avec moi et que mes garçons m'entouraient;
6 quand mes pieds baignaient dans le laitage, que le rocher versait près de moi des ruisseaux d'huile!
7 Si je sortais vers la porte de la ville, si j'installais mon siège sur la place,
8 à ma vue, les jeunes gens se retiraient, les vieillards se mettaient debout.
9 Les notables arrêtaient leurs discours et mettaient la main sur leur bouche.
10 La voix des chefs s'étouffait et leur langue se collait au palais.
11 A m'entendre, on me félicitait, à me voir, on me rendait témoignage.
12 Car je délivrais le pauvre en détresse et l'orphelin privé d'appui.
13 La bénédiction du mourant se posait sur moi et je rendais la joie au coeur de la veuve.
14 J'avais revêtu la justice comme un vêtement, j'avais le droit pour manteau et turban.
15 J'étais les yeux de l'aveugle, les pieds du boiteux.
16 C'était moi le père des pauvres; la cause d'un inconnu, je l'examinais.
17 Je brisais les crocs de l'homme inique, d'entre ses dents j'arrachais sa proie.
18 Et je disais : "Je mourrai dans ma fierté, après des jours nombreux comme le sable.
19 Mes racines ont accès à l'eau, la rosée se dépose la nuit sur mon feuillage.
20 Ma gloire sera toujours nouvelle et dans ma main mon arc reprendra force.
21 Ils m'écoutaient, dans l'attente, silencieux pour entendre mon avis.
22 Quand j'avais parlé, nul ne répliquait, et sur eux, goutte à goutte, tombaient mes paroles.
23 Ils m'attendaient comme la pluie, leur bouche s'ouvrait comme pour l'ondée de printemps.
24 Si je leur souriais, ils n'osaient y croire, ils recueillaient sur mon visage tout signe de faveur.
25 Je leur indiquais la route en siégeant à leur tête, tel un roi installé parmi ses troupes, et je les menais partout à mon gré.
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Habituellement, les hommes se souviennent avec nostalgie de temps lointains, mais Job regrette les mois passés, si récents et pourtant déjà si éloignés. Le temps s'est densifié ; la souffrance rend son cours plus lent et donc plus douloureux. Les souvenirs ne consolent pas Job ; ils ne font que créer un contraste avec sa situation présente et accroître une douleur déjà insupportable.
Face aux souffrances de Job, comme à celles de tant d'hommes auxquels la souffrance est échue, les raisonnements épicuriens selon lesquels on peut puiser une force de soutien dans le souvenir des plaisirs passés en temps de malheur paraissent frivoles. Et pour ceux qui sont intérieurement faibles, le souvenir de ce qu'ils ont perdu devient une source de souffrance supplémentaire.
Mais pour Job, la source de la force intérieure est une espérance tout autre.
Autres réflexions
Pour Jb 29:1-25
1 Job continua de s'exprimer en sentences et dit:
2 Qui me fera revivre les mois d'antan, ces jours où Dieu veillait sur moi,
3 où sa lampe brillait sur ma tête et sa lumière me guidait dans les ténèbres!
4 Tel que j'étais aux jours de mon automne °, quand Dieu protégeait ma tente,
5 que Shaddaï demeurait avec moi et que mes garçons m'entouraient;
6 quand mes pieds baignaient dans le laitage, que le rocher versait près de moi des ruisseaux d'huile!
7 Si je sortais vers la porte de la ville, si j'installais mon siège sur la place,
8 à ma vue, les jeunes gens se retiraient, les vieillards se mettaient debout.
9 Les notables arrêtaient leurs discours et mettaient la main sur leur bouche.
10 La voix des chefs s'étouffait et leur langue se collait au palais.
11 A m'entendre, on me félicitait, à me voir, on me rendait témoignage.
12 Car je délivrais le pauvre en détresse et l'orphelin privé d'appui.
13 La bénédiction du mourant se posait sur moi et je rendais la joie au coeur de la veuve.
14 J'avais revêtu la justice comme un vêtement, j'avais le droit pour manteau et turban.
15 J'étais les yeux de l'aveugle, les pieds du boiteux.
16 C'était moi le père des pauvres; la cause d'un inconnu, je l'examinais.
17 Je brisais les crocs de l'homme inique, d'entre ses dents j'arrachais sa proie.
18 Et je disais : "Je mourrai dans ma fierté, après des jours nombreux comme le sable.
19 Mes racines ont accès à l'eau, la rosée se dépose la nuit sur mon feuillage.
20 Ma gloire sera toujours nouvelle et dans ma main mon arc reprendra force.
21 Ils m'écoutaient, dans l'attente, silencieux pour entendre mon avis.
22 Quand j'avais parlé, nul ne répliquait, et sur eux, goutte à goutte, tombaient mes paroles.
23 Ils m'attendaient comme la pluie, leur bouche s'ouvrait comme pour l'ondée de printemps.
24 Si je leur souriais, ils n'osaient y croire, ils recueillaient sur mon visage tout signe de faveur.
25 Je leur indiquais la route en siégeant à leur tête, tel un roi installé parmi ses troupes, et je les menais partout à mon gré.
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En poursuivant son discours, Job se souvient de la vie juste qu’il menait auparavant...
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En poursuivant son discours, Job se souvient de la vie juste qu’il menait auparavant (v. 2 – 25). À première vue, on pourrait croire qu’il ne fait que se louer lui-même, en exhibant sa justice. Mais il ne s’agit pas d’autoglorification, ni même du contraste entre cette vie passée et la situation dans laquelle Job s’est trouvé après les malheurs permis par Dieu. En énumérant les bonnes oeuvres qu’il a accomplies, Job donne à Dieu une sorte de rapport, comme s’il faisait le bilan de sa vie passée. Il ne peut pas ne pas comprendre que cette vie passée, correcte, vertueuse et pieuse, est terminée. En faisant ce bilan, Job semble dire à Dieu : j’ai fait tout ce que pouvait et devait faire un juste qui te suit. J’ai accompli tout ce qui est possible à l’homme ; je n’ai rien à me reprocher, personne ne dira rien de mauvais de moi. Non seulement je n’ai fait de mal à personne, mais j’ai fait le bien en pleine mesure, autant que mes forces et les circonstances me le permettaient. On voit que Job est parfaitement sincère dans ses paroles. Ce n’est pas de la vantardise ; c’est une préparation au jugement, au procès avec Dieu dont Job lui-même a parlé plus d’une fois.
On pourrait dire qu’en énumérant tout ce qu’il a fait dans sa vie passée, Job présente son affaire au jugement, ce dossier qui contient tous les éléments le concernant et attestant la justice du plaignant. Une telle position n’a rien d’étonnant : ni avant ni après l’exil, les justes ne jugeaient nécessaire de cacher leur justice ni d’en avoir honte. Certes, étaler sa justice, comme le faisait le pharisien de l’Évangile, était considéré comme peu convenable pour un véritable juste. Mais si l’on en est venu au jugement, le juste n’a rien à cacher ; il ne portera pas de faux témoignage contre lui-même en se disant pécheur là où il ne voit pas de péché. Job aussi présente à Dieu les arguments de sa justice. Il en a d’autant plus le droit moral qu’il s’agit non de paroles, mais d’actes, et de tels actes pour lesquels beaucoup de ceux qu’il a aidés auraient pu le remercier. Ne pas le dire devant la face de Dieu, ne pas répondre aux accusations d’impiété qui viennent d’être formulées, aurait signifié consentir à ces accusations. Mais Job ne consent pas au mensonge ; il considère ses actes comme ceux d’un juste, et il le dit directement à Dieu.
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