1 Paul, prisonnier du Christ Jésus, et le frère Timothée, à Philémon, notre cher collaborateur, |
2 avec Apphia notre sœur, Archippe notre frère d’armes, et l’Église qui s’assemble dans ta maison. |
3 À vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! |
4 Je rends sans cesse grâces à mon Dieu en faisant mémoire de toi dans mes prières, |
5 car j’entends louer ta charité et la foi qui t’anime, tant à l’égard du Seigneur Jésus qu’au bénéfice de tous les saints. |
6 Puisse cette foi rendre agissant son esprit d’entraide en t’éclairant pleinement sur tout le bien qu’il est en notre pouvoir d’accomplir pour le Christ. |
7 De fait, j’ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère, que tu as soulagé le cœur des saints ! |
8 C’est pourquoi, bien que j’aie dans le Christ tout le franc-parler nécessaire pour te prescrire ton devoir, |
9 je préfère invoquer la charité et te présenter une requête. Celui qui va parler, c’est Paul, le vieux Paul et, qui plus est, maintenant le prisonnier du Christ Jésus. |
10 La requête est pour mon enfant, que j’ai engendré dans les chaînes, cet Onésime, |
11 qui jadis ne te fut guère utile, mais qui désormais te sera bien utile, comme il l’est devenu pour moi. |
12 Je te le renvoie, et lui, c’est comme mon propre cœur. |
13 Je désirais le retenir près de moi, pour qu’il me servît en ton nom dans ces chaînes que me vaut l’Évangile ; |
14 cependant je n’ai rien voulu faire sans ton assentiment, pour que ce bienfait ne parût pas t’être imposé, mais qu’il vînt de ton bon gré. |
15 Peut-être aussi Onésime ne t’a-t-il été retiré pour un temps qu’afin de t’être rendu pour l’éternité, |
16 non plus comme un esclave, mais bien mieux qu’un esclave, comme un frère très cher : il l’est grandement pour moi, combien plus va-t-il l’être pour toi, et selon le monde et selon le Seigneur ! |
17 Si donc tu as égard aux liens qui nous unissent, reçois-le comme si c’était moi. |
18 Et s’il t’a fait du tort ou te doit quelque chose, mets cela sur mon compte. |
19 Moi, Paul, je m’y engage de ma propre écriture : c’est moi qui réglerai... Pour ne rien dire de la dette qui t’oblige toujours à mon endroit, et qui est toi-même ! |
20 Allons, frère, j’attends de toi ce service dans le Seigneur ; soulage mon cœur dans le Christ. |
La forme choisie par Paul pour s'entretenir avec Philémon est très intéressante. Voyons : Paul est un vieillard, comme il le dit lui-même—c'est-à-dire un homme respectable ; un apôtre—c'est-à-dire quelqu'un qui occupe une position élevée dans l'Église ; un homme qui jouit d'une grande autorité. Ainsi, dans sa position d'aîné, il pourrait, semble-t-il, donner des ordres. Mais Paul ne veut pas commander. Tout d'abord, il ne suggère même pas qu'il pourrait faire usage de son autorité : il dit qu'il « a dans le Christ une grande assurance pour commander ». Ce n'est pas en vertu de ses propres mérites, mais dans le Christ ; et ce n'est pas un droit, mais une assurance. Bien plus, il ne veut même pas user de cette assurance et préfère adresser une demande au nom de l'amour.
1 Paul, prisonnier du Christ Jésus, et le frère Timothée, à Philémon, notre cher collaborateur, |
2 avec Apphia notre sœur, Archippe notre frère d’armes, et l’Église qui s’assemble dans ta maison. |
3 À vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! |
4 Je rends sans cesse grâces à mon Dieu en faisant mémoire de toi dans mes prières, |
5 car j’entends louer ta charité et la foi qui t’anime, tant à l’égard du Seigneur Jésus qu’au bénéfice de tous les saints. |
6 Puisse cette foi rendre agissant son esprit d’entraide en t’éclairant pleinement sur tout le bien qu’il est en notre pouvoir d’accomplir pour le Christ. |
7 De fait, j’ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère, que tu as soulagé le cœur des saints ! |
8 C’est pourquoi, bien que j’aie dans le Christ tout le franc-parler nécessaire pour te prescrire ton devoir, |
9 je préfère invoquer la charité et te présenter une requête. Celui qui va parler, c’est Paul, le vieux Paul et, qui plus est, maintenant le prisonnier du Christ Jésus. |
10 La requête est pour mon enfant, que j’ai engendré dans les chaînes, cet Onésime, |
11 qui jadis ne te fut guère utile, mais qui désormais te sera bien utile, comme il l’est devenu pour moi. |
12 Je te le renvoie, et lui, c’est comme mon propre cœur. |
13 Je désirais le retenir près de moi, pour qu’il me servît en ton nom dans ces chaînes que me vaut l’Évangile ; |
14 cependant je n’ai rien voulu faire sans ton assentiment, pour que ce bienfait ne parût pas t’être imposé, mais qu’il vînt de ton bon gré. |
15 Peut-être aussi Onésime ne t’a-t-il été retiré pour un temps qu’afin de t’être rendu pour l’éternité, |
16 non plus comme un esclave, mais bien mieux qu’un esclave, comme un frère très cher : il l’est grandement pour moi, combien plus va-t-il l’être pour toi, et selon le monde et selon le Seigneur ! |
17 Si donc tu as égard aux liens qui nous unissent, reçois-le comme si c’était moi. |
18 Et s’il t’a fait du tort ou te doit quelque chose, mets cela sur mon compte. |
19 Moi, Paul, je m’y engage de ma propre écriture : c’est moi qui réglerai... Pour ne rien dire de la dette qui t’oblige toujours à mon endroit, et qui est toi-même ! |
20 Allons, frère, j’attends de toi ce service dans le Seigneur ; soulage mon cœur dans le Christ. |
La forme que Paul a choisie pour parler à Philémon est très intéressante. Regardons : Paul est un vieillard, comme il le dit lui-même, c'est-à-dire un homme respectable ; un apôtre, c'est-à-dire un homme occupant une haute position dans l'Église ; un homme d'une très grande autorité. Ainsi, se trouvant dans la position de l'aîné, il pourrait en quelque sorte commander.
Paul ne veut pas commander. Premièrement, il ne présente même pas l'idée qu'il pourrait faire usage de son autorité : il dit qu'il « a dans le Christ une grande hardiesse pour ordonner ». Non par ses propres mérites, mais dans le Christ, et non pas un droit, mais une hardiesse. Bien plus : même de cette hardiesse il ne veut pas user, mais préfère demander par amour.
1 Paul, prisonnier du Christ Jésus, et le frère Timothée, à Philémon, notre cher collaborateur, |
2 avec Apphia notre sœur, Archippe notre frère d’armes, et l’Église qui s’assemble dans ta maison. |
3 À vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! |
4 Je rends sans cesse grâces à mon Dieu en faisant mémoire de toi dans mes prières, |
5 car j’entends louer ta charité et la foi qui t’anime, tant à l’égard du Seigneur Jésus qu’au bénéfice de tous les saints. |
6 Puisse cette foi rendre agissant son esprit d’entraide en t’éclairant pleinement sur tout le bien qu’il est en notre pouvoir d’accomplir pour le Christ. |
7 De fait, j’ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère, que tu as soulagé le cœur des saints ! |
8 C’est pourquoi, bien que j’aie dans le Christ tout le franc-parler nécessaire pour te prescrire ton devoir, |
9 je préfère invoquer la charité et te présenter une requête. Celui qui va parler, c’est Paul, le vieux Paul et, qui plus est, maintenant le prisonnier du Christ Jésus. |
10 La requête est pour mon enfant, que j’ai engendré dans les chaînes, cet Onésime, |
11 qui jadis ne te fut guère utile, mais qui désormais te sera bien utile, comme il l’est devenu pour moi. |
12 Je te le renvoie, et lui, c’est comme mon propre cœur. |
13 Je désirais le retenir près de moi, pour qu’il me servît en ton nom dans ces chaînes que me vaut l’Évangile ; |
14 cependant je n’ai rien voulu faire sans ton assentiment, pour que ce bienfait ne parût pas t’être imposé, mais qu’il vînt de ton bon gré. |
15 Peut-être aussi Onésime ne t’a-t-il été retiré pour un temps qu’afin de t’être rendu pour l’éternité, |
16 non plus comme un esclave, mais bien mieux qu’un esclave, comme un frère très cher : il l’est grandement pour moi, combien plus va-t-il l’être pour toi, et selon le monde et selon le Seigneur ! |
Dans sa lettre à Philémon, Paul parle d'un certain homme nommé Onésime, qui, semble-t-il, était l'esclave de Philémon et que Paul renvoie maintenant à son maître, non plus comme un esclave, mais comme un frère dans le Christ (v. 15–16). Avant sa conversion, Onésime n'était apparemment pas un homme très consciencieux ; mais, après s'être tourné vers le Christ sous l'influence de la prédication de l'apôtre, il a complètement changé. Paul lui-même l'appelle son « fils », au sens spirituel, bien entendu (v. 10–12). Une telle attitude envers les esclaves était évidemment déterminée avant tout par les exigences de la Torah, qui interdit l'esclavage à vie et demande de traiter l'esclave comme un égal. Elle différait des normes du monde gréco-romain, où l'esclave n'était souvent même pas considéré comme un être humain : on ne voyait en lui, selon l'expression d'Aristote, qu'un « outil parlant », une sorte de bétail doué de parole. Certes, les normes de la Torah concernant les esclaves ne s'appliquaient initialement qu'aux esclaves hébreux ; mais, avant même la venue du Christ dans le monde, certaines maisons juives avaient commencé à traiter ainsi tous les esclaves qui y vivaient, indépendamment de leur origine.
Pour Paul, il était évident que tout esclave était non seulement un être humain comme les autres, mais aussi un chrétien potentiel, auprès de qui l'on pouvait et devait témoigner en priorité : c'est en effet le maître qui répond devant Dieu du mode de vie de ses esclaves. Et si un esclave s'est converti et est devenu chrétien, il faut désormais construire les relations avec lui selon les lois du Royaume, et non selon celles de notre monde encore non transfiguré. C'est ce que Paul écrit à Philémon. En lui demandant d'accueillir Onésime « non comme un esclave, mais comme plus qu'un esclave, comme un frère bien-aimé » (v. 16), Paul vise une réalité spirituelle, non sociale. Selon les lois de la société où vivent Philémon et Onésime, le second reste l'esclave du premier ; mais selon les lois du Royaume, où les rapports de domination et de subordination n'ont pas leur place, ils sont frères, égaux devant Dieu. Et il ne dépend que d'eux de choisir les lois selon lesquelles ils construiront désormais leurs relations : celles du monde non transfiguré ou celles du Royaume.
1 Paul, prisonnier du Christ Jésus, et le frère Timothée, à Philémon, notre cher collaborateur, |
2 avec Apphia notre sœur, Archippe notre frère d’armes, et l’Église qui s’assemble dans ta maison. |
3 À vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! |
4 Je rends sans cesse grâces à mon Dieu en faisant mémoire de toi dans mes prières, |
5 car j’entends louer ta charité et la foi qui t’anime, tant à l’égard du Seigneur Jésus qu’au bénéfice de tous les saints. |
6 Puisse cette foi rendre agissant son esprit d’entraide en t’éclairant pleinement sur tout le bien qu’il est en notre pouvoir d’accomplir pour le Christ. |
7 De fait, j’ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère, que tu as soulagé le cœur des saints ! |
8 C’est pourquoi, bien que j’aie dans le Christ tout le franc-parler nécessaire pour te prescrire ton devoir, |
9 je préfère invoquer la charité et te présenter une requête. Celui qui va parler, c’est Paul, le vieux Paul et, qui plus est, maintenant le prisonnier du Christ Jésus. |
10 La requête est pour mon enfant, que j’ai engendré dans les chaînes, cet Onésime, |
11 qui jadis ne te fut guère utile, mais qui désormais te sera bien utile, comme il l’est devenu pour moi. |
12 Je te le renvoie, et lui, c’est comme mon propre cœur. |
13 Je désirais le retenir près de moi, pour qu’il me servît en ton nom dans ces chaînes que me vaut l’Évangile ; |
14 cependant je n’ai rien voulu faire sans ton assentiment, pour que ce bienfait ne parût pas t’être imposé, mais qu’il vînt de ton bon gré. |
15 Peut-être aussi Onésime ne t’a-t-il été retiré pour un temps qu’afin de t’être rendu pour l’éternité, |
16 non plus comme un esclave, mais bien mieux qu’un esclave, comme un frère très cher : il l’est grandement pour moi, combien plus va-t-il l’être pour toi, et selon le monde et selon le Seigneur ! |
D'après le contexte, Onésime, dont Paul mentionne le nom au début de la lettre, était l'esclave de Philémon, sans doute converti au Christ avec son maître. Plus tard, il devint compagnon et aide de Paul, et maintenant, alors qu'il est emprisonné dans une prison romaine, Paul renvoie Onésime à Philémon, selon ses propres paroles, non plus comme un esclave, mais comme un frère dans le Christ.
On peut penser que la formation spirituelle du nouveau converti Onésime s'est déroulée sous l'influence directe de l'apôtre ; il ne pouvait guère en être autrement si Onésime a réellement accompagné Paul pendant assez longtemps. Et lorsque sa formation spirituelle dans le Christ fut achevée, il cesse d'être esclave, sinon juridiquement, car la situation formelle d'Onésime n'est pas claire, on ne sait pas si Philémon l'a affranchi ou non, du moins effectivement.
La maison de Philémon, après le baptême du maître lui-même et de toute sa maisonnée, devenait de fait un espace de l'Église, où il ne pouvait y avoir d'esclaves au sens traditionnel du monde gréco-romain, et où il ne pouvait absolument pas y avoir d'esclaves chrétiens, quel que soit le statut juridique des personnes qui y vivaient. Ainsi le Royaume entrait dans le monde, le transfigurant d'abord au niveau des relations, qui constituent la base spirituelle du Royaume.
Mais cesser d'être esclave de fait signifiait parcourir le chemin qui fait de l'homme un habitant du Royaume. Donc un homme intérieurement absolument libre et pleinement responsable. Un homme pour qui il n'existe plus de relations forcées ou inconscientes avec qui que ce soit. Et qui, par conséquent, ne peut plus être l'esclave de personne, mais peut être l'aide de quiconque Dieu lui confie d'aider. Indépendamment du statut, qui devient désormais une affaire parfois importante, mais secondaire, ne déterminant ni la vie spirituelle de l'ancien esclave ni ses relations avec ses anciens maîtres.
7 De fait, j’ai eu grande joie et consolation en apprenant ta charité : on me dit, frère, que tu as soulagé le cœur des saints ! |
Paul accorde une très grande valeur à l’amour fraternel, même lorsqu’il s’agit de chaque membre particulier de l’Église. Aujourd’hui, une telle manière de voir nous paraîtrait sans doute un peu étrange. Nous sommes davantage habitués à penser que c’est nous qui avons besoin de l’amour de l’Église, et non elle du nôtre. Mais pour Paul, comme on le voit, le processus est réciproque. Rien d’étonnant à cela. En effet, si l’Église était une organisation, même religieuse, prise comme un tout, elle dépasserait toujours et en tout chacun de ses membres, même le plus remarquable. Mais l’Église n’est pas une organisation religieuse : elle est une communauté de personnes qui vivent dans le Royaume. Ici, il existe des relations profondes et personnelles entre les personnes, mais il n’existe pas cette totalité ou cet ensemble qui serait d’avance plus important que n’importe quelle personne particulière. Le Royaume ne connaît ni masse, ni collectif, ni ensemble. Il ne connaît que la personne particulière. Et l’Église (la véritable, celle qui s’écrit avec une majuscule) ne connaît pas non plus la foule ni le collectif ; elle ne connaît que la personne particulière et la communauté, comme communion de telles personnes dans toute la profondeur et l’unicité de leurs relations entre elles. Ici, chaque personne est donc vraiment importante. Et l’amour de chacun peut vraiment soutenir toute l’Église (l’apôtre, dans la tradition de l’Église primitive, appelle les membres de l’Église des « saints »). Il apparaît alors que non seulement chacun dépend de l’Église, mais que l’Église dépend de chacun. Elle en dépend, bien sûr, non pas comme nous dépendons les uns des autres dans le monde non transfiguré, incapables de nous passer les uns des autres et en même temps incapables de vivre les uns avec les autres, mais comme on dépend les uns des autres dans le Royaume, en étant liés par des relations qu’on ne peut évidemment en aucun cas considérer comme obligatoires au sens où le monde non transfiguré comprend les obligations, mais qui nous sont pourtant absolument nécessaires, tout comme nous sont nécessaires les personnes auxquelles ces relations nous lient et sans lesquelles nous n’aurions personne avec qui partager cette plénitude de la vie du Royaume que nous recevons en y ayant part. Et cette disponibilité au partage est sans doute ce qui distingue le Royaume du monde non transfiguré. Ici, on entre en relation pour recevoir ; là-bas, pour donner. Et chacun qui donne, chacun qui est prêt à partager ce qu’il possède, devient dans le Royaume une figure visible. Visible au point que toute l’Église le connaît.
14 cependant je n’ai rien voulu faire sans ton assentiment, pour que ce bienfait ne parût pas t’être imposé, mais qu’il vînt de ton bon gré. |
En regardant la vie de l'humanité déchue, une pensée se glisse parfois involontairement dans l'esprit : et si Dieu, lui-même ou par des personnes spécialement désignées par lui, récompensait et encourageait aussitôt les bonnes œuvres, et arrêtait tout aussi aussitôt les mauvaises en les punissant ? Ne nous trouverions-nous pas alors dans un monde sinon idéal, du moins bien meilleur que celui qui existe aujourd'hui ? À première vue, on peut croire qu'il en serait ainsi. Qui, en effet, voudrait faire quelque chose de mal en sachant qu'il serait puni immédiatement ? Seulement les hommes eux-mêmes n'en deviendraient guère meilleurs. Car la vie spirituelle de l'homme est déterminée avant tout par le choix qu'il fait. Et ce choix doit être volontaire. Or un choix fait seulement par peur du châtiment à venir ne peut en aucun cas être appelé volontaire. À proprement parler, ce n'est même pas un choix : on ne peut appeler choix qu'une décision prise librement, sans aucune pression extérieure. Bien sûr, la pression ne conduit pas toujours aux résultats voulus ; souvent la liberté intérieure l'emporte sur l'influence extérieure, et le choix se fait malgré une situation qui ne favorise pas du tout une décision libre. Mais, dans notre monde hypothétique, la source du bien devrait justement être l'absence de liberté, garante d'une conduite correcte ! Il apparaîtrait alors que les gens, dans un tel monde, ne seraient pas devenus meilleurs ; ils paraîtraient seulement bons, contraints de jouer le rôle correspondant. Or dans le Royaume, il ne faut pas jouer un rôle, mais vivre ! Dieu refuse donc de contraindre les hommes au bien. Et Paul, en homme de Dieu, ne peut pas ne pas le comprendre ; lui non plus ne veut forcer personne à faire de bonnes œuvres par contrainte, même s'il ne s'agissait pas d'une contrainte par la force, mais par exemple par l'autorité ou par la pression de l'opinion publique. Car son but n'est pas d'obliger son destinataire à bien se comporter, mais de lui montrer le chemin du Royaume. Un chemin que l'on ne peut parcourir que librement.
17 Si donc tu as égard aux liens qui nous unissent, reçois-le comme si c’était moi. |
On a beaucoup dit et écrit sur l'amour chrétien, y compris Paul lui-même. Mais le meilleur moyen de comprendre ce qu'est l'amour chrétien est encore de regarder l'exemple de ces relations qui ne sont même pas décrites, car il ne s'agit pas de descriptions, mais qui sont mentionnées dans les lettres de l'apôtre comme en passant, comme quelque chose qui va de soi. «Si tu es en communion avec moi, reçois-le aussi.» Bien sûr, quelque chose de semblable est possible selon les lois du monde non transfiguré. À celui qui dépend de toi, on peut adresser un ultimatum. Ceux qui t'aiment, on peut essayer de les manipuler. Mais ici, il n'y a manifestement ni l'un ni l'autre. Il y a seulement la certitude absolue que, s'il s'agit de chrétiens, d'habitants du Royaume, les relations d'amour qui le lient, lui Paul, à deux personnes différentes s'établiront nécessairement entre ces deux personnes aussi. Ou plutôt, elles se sont déjà établies: sinon l'apôtre n'écrirait pas avec une telle assurance. Mais d'où vient-elle, cette assurance? On pourrait bien sûr dire qu'il est question du devoir chrétien, qu'un chrétien ne peut tout simplement pas ne pas accueillir un frère qui a besoin de soutien, et beaucoup d'autres choses de ce genre. Mais sur le seul «devoir chrétien», comme le montrent deux mille ans d'histoire chrétienne, on ne va pas loin. L'amour chrétien, en revanche, comme le montre la même expérience, peut faire des miracles. Rien d'étonnant, car il est lui-même miracle, comme tout ce qui appartient au Royaume. L'amour dont parlait le Sauveur remplit le Royaume, formant sa nature, sa substance spirituelle, le tissu des relations qui unissent entre eux les habitants du Royaume, chacun d'eux au Christ, et le Christ Lui-même au Père. Alors la demande de Paul devient non seulement nullement étonnante, mais évidente: le Royaume ne connaît pas les distances au sens où nous les comprenons; ici, les hommes proches spirituellement se trouvent proches au sens le plus littéral du mot, et si nous ne le remarquons pas, c'est seulement parce que la réalité non transfigurée nous cache le Royaume. Pour Paul, visiblement, cet obstacle n'existe pas, et il écrit à son correspondant comme s'il n'existait pas non plus pour lui. C'est peut-être un optimisme excessif. Ou peut-être simplement l'espérance et la certitude. La certitude dans le Royaume, dans Celui qui l'a apporté au monde, et dans ceux qui L'ont suivi.
17 Si donc tu as égard aux liens qui nous unissent, reçois-le comme si c’était moi. |
18 Et s’il t’a fait du tort ou te doit quelque chose, mets cela sur mon compte. |
19 Moi, Paul, je m’y engage de ma propre écriture : c’est moi qui réglerai... Pour ne rien dire de la dette qui t’oblige toujours à mon endroit, et qui est toi-même ! |
20 Allons, frère, j’attends de toi ce service dans le Seigneur ; soulage mon cœur dans le Christ. |
21 Je t’écris avec pleine confiance en ta docilité : je sais bien que tu feras plus encore que je ne demande. |
22 Avec cela, prépare-moi un gîte ; j’espère en effet que, grâce à vos prières, je vais vous être rendu. |
23 Tu as les salutations d’Épaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus, |
24 ainsi que de Marc, Aristarque, Démas et Luc, mes collaborateurs. |
25 Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit ! |
Poursuivant son propos sur Onésime, Paul rappelle certaines dettes dont nous ne savons rien, parce qu'il n'en est question nulle part ailleurs dans les livres du Nouveau Testament. Et il ajoute : considère la dette d'Onésime envers toi comme ma propre dette. Ici, l'apôtre poursuit la pensée qu'il a exprimée dans la première partie de la lettre : la pensée qu'en Christ il n'y a déjà plus ni esclaves ni maîtres, et que les relations entre chrétiens peuvent et doivent être tout autres. Paul ne parle pas par hasard de lui-même comme d'un débiteur de Philémon, qui prend sur lui la dette d'Onésime.
La dette est probablement née de certaines dépenses liées au ministère apostolique de Paul. Mais l'affaire ne se réduit pas à cela. Il s'agit du fait que l'oeuvre de Paul n'est pas l'oeuvre de Paul, mais celle de toute l'Église. Et Onésime, qui a participé à l'oeuvre de toute l'Église dans la mesure de ses forces, ne doit à Philémon ni plus ni moins que ce que Paul lui-même lui aurait dû, si Philémon s'était décidé à présenter des réclamations à l'apôtre.
Il est clair que Philémon n'aurait guère osé le faire, non seulement à cause de l'autorité de Paul, mais aussi parce qu'il avait parfaitement conscience de l'importance du ministère de Paul. Avec Onésime, en revanche, tout n'était apparemment pas tout à fait ainsi. Onésime n'est pas Paul ; de plus, il est l'esclave de Philémon, et bien que Philémon, après sa conversion, ait réellement commencé à traiter Onésime autrement qu'auparavant, il n'était pas si simple de déraciner les anciennes habitudes.
En effet : les relations entre les personnes, surtout les relations quotidiennes, restent souvent peu conscientes et continuent dans une large mesure à être déterminées par les automatismes de comportement qui leur étaient propres dans l'ancienne vie, même lorsque, semble-t-il, l'homme s'est séparé de cette ancienne vie. La force de l'inertie comportementale est grande, et il est impossible de la surmonter si l'on ne reconnaît pas cette inertie comme un problème spirituel exigeant l'attitude la plus sérieuse.
C'est précisément cette inertie qui a poussé Philémon à exiger d'Onésime ce qu'il n'aurait jamais exigé, par exemple, de Paul. Et Paul l'interrompt en se plaçant lui-même à la place d'Onésime. Non seulement par solidarité avec son assistant, mais aussi pour Philémon lui-même, car sans surmonter l'inertie comportementale et les automatismes qui y sont liés, sa vie spirituelle ne deviendra jamais pleinement accomplie.
17 Si donc tu as égard aux liens qui nous unissent, reçois-le comme si c’était moi. |
18 Et s’il t’a fait du tort ou te doit quelque chose, mets cela sur mon compte. |
19 Moi, Paul, je m’y engage de ma propre écriture : c’est moi qui réglerai... Pour ne rien dire de la dette qui t’oblige toujours à mon endroit, et qui est toi-même ! |
20 Allons, frère, j’attends de toi ce service dans le Seigneur ; soulage mon cœur dans le Christ. |
21 Je t’écris avec pleine confiance en ta docilité : je sais bien que tu feras plus encore que je ne demande. |
22 Avec cela, prépare-moi un gîte ; j’espère en effet que, grâce à vos prières, je vais vous être rendu. |
23 Tu as les salutations d’Épaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus, |
24 ainsi que de Marc, Aristarque, Démas et Luc, mes collaborateurs. |
25 Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit ! |
Poursuivant le thème qu’il a abordé, Paul demande à Philémon d’accueillir Onésime et de le traiter comme il traiterait l’apôtre lui-même, tout en promettant de dédommager Philémon de tout le préjudice qu’Onésime lui a causé (v. 17–20). Ici encore, Paul reste fidèle à lui-même : les relations du Royaume, les relations d’amour mutuel, sont à ses yeux les seules possibles entre chrétiens. L’amour suppose avant tout la confiance en celui que l’on aime. Dans notre monde en cours de transfiguration, mais pas encore transfiguré, qui vit encore largement selon les lois de la nature et de la société et dont la vie ne diffère guère, au fond, de celle d’une meute de loups, les obligations financières déterminent souvent l’ensemble des relations entre ceux qu’elles lient. La volonté de changer cette situation, non pas en négligeant ces obligations, mais en les faisant passer au second plan, n’est possible que si le créancier et le débiteur vivent tous deux selon les lois du Royaume, et non selon celles du monde ancien. Paul invite Philémon à considérer les obligations financières précisément de cette manière, en faisant pleinement confiance à ses frères dans le Christ.
Mais, d’autre part, la confiance ne suppose ni le manque de sérieux dans les affaires d’argent ni leur négligence : l’apôtre n’invite pas Philémon à oublier le préjudice qu’Onésime lui a causé, mais promet de lui rembourser toutes ses pertes. Certes, Philémon peut remettre à Onésime toutes ses dettes s’il le juge bon, mais Paul ne s’estime pas en droit de l’exiger de lui. Il l’invite seulement à agir comme devrait, à son avis, le faire un homme qui vit selon les lois du Royaume. Pourtant, la vie dans le Royaume ne suppose pas, semble-t-il, de renoncer à toutes les obligations sociales. Et cela ne tient évidemment pas à une valeur intrinsèque de la société ou de l’État, qui ne pourraient tout simplement plus exister si ce renoncement devenait général. Cela tient au fait que les relations d’amour unissent les personnes telles qu’elles sont, et non telles qu’elles pourraient ou devraient être. Quiconque vit à l’époque du Royaume qui vient reste, à un degré ou à un autre, lié par les lois du monde encore non transfiguré, les uns davantage, les autres moins. L’un est prêt à remettre une dette à son prochain ; l’autre n’y est pas prêt et ne le peut pas. Les relations d’amour supposent la volonté d’accueillir l’un et l’autre tels qu’ils sont. Non pas pour le monde dont les lois les lient, mais pour le Christ et le Royaume, qui les libèrent.
17 Si donc tu as égard aux liens qui nous unissent, reçois-le comme si c’était moi. |
18 Et s’il t’a fait du tort ou te doit quelque chose, mets cela sur mon compte. |
19 Moi, Paul, je m’y engage de ma propre écriture : c’est moi qui réglerai... Pour ne rien dire de la dette qui t’oblige toujours à mon endroit, et qui est toi-même ! |
20 Allons, frère, j’attends de toi ce service dans le Seigneur ; soulage mon cœur dans le Christ. |
21 Je t’écris avec pleine confiance en ta docilité : je sais bien que tu feras plus encore que je ne demande. |
22 Avec cela, prépare-moi un gîte ; j’espère en effet que, grâce à vos prières, je vais vous être rendu. |
23 Tu as les salutations d’Épaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus, |
24 ainsi que de Marc, Aristarque, Démas et Luc, mes collaborateurs. |
25 Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit ! |
Les paroles « reçois-le comme moi-même » font écho à la parabole de Jésus (Mt 25,34-46) sur la manière dont nous devons accueillir les pauvres, les malades et simplement ceux que nous rencontrons sur notre chemin. « J'étais malade et vous M'avez visité. » Le pronom « moi », la comparaison « comme moi-même », paraissent excessivement personnels, car il est impossible de s'exercer sans cesse à voir en chaque personne les traits du Sauveur. Souvent, la foi en Dieu et la confiance en Dieu ne peuvent nous y aider. C'est alors que vient à notre secours l'argument rationnel de Paul, qui fait appel à la raison. Si tu ne peux ni comprendre ni expliquer cela, si tu ne veux pas vivre ainsi, souviens-toi de tout ce que tu dois personnellement à Dieu pour ton salut. Et tu ne peux acquitter cette dette que d'une seule manière : en accueillant l'autre, celui qui est différent, celui qui diffère de toi en tout.
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