28 Or il advint, environ huit jours après ces paroles, que, prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. |
29 Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante. |
30 Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie |
31 qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem. |
32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. S’étant bien réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. |
33 Et il advint, comme ceux-ci se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie » : il ne savait ce qu’il disait. |
34 Et pendant qu’il disait cela, survint une nuée qui les prenait sous son ombre et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. |
35 Et une voix partit de la nuée, qui disait : « Celui-ci est mon Fils, l’Élu, écoutez-le. » |
36 Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva seul. Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu. |
37 Or il advint, le jour suivant, à leur descente de la montagne, qu’une foule nombreuse vint au-devant de lui. |
38 Et voici qu’un homme de la foule s’écria : « Maître, je te prie de jeter les yeux sur mon fils, car c’est mon unique enfant. |
39 Et voilà qu’un esprit s’en empare, et soudain il crie, le secoue avec violence et le fait écumer ; et ce n’est qu’à grand-peine qu’il s’en éloigne, le laissant tout brisé. |
40 J’ai prié tes disciples de l’expulser, mais ils ne l’ont pu. » |
41 « Engeance incrédule et pervertie, répondit Jésus, jusques à quand serai-je auprès de vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils. » |
42 Celui-ci ne faisait qu’approcher, quand le démon le jeta à terre et le secoua violemment. Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le remit à son père. |
43 Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu.Comme tous étaient étonnés de tout ce qu’il faisait, il dit à ses disciples : |
44 « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » |
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole. |
Peu après la confession de Pierre, comme on le voit, Jésus montra de manière visible aux plus proches de Ses disciples ce qu’est le Royaume et ce que devient en lui la nature humaine. Dans l’usage ecclésial, cet événement a reçu le nom de Transfiguration. Tel que le Sauveur apparut devant les disciples le jour de la Transfiguration, tel devient dans le Royaume chacun, s’il accueille sa vie dans toute la plénitude qui lui est accessible. La plénitude de la vie du Royaume transfigure toute nature humaine ; mais pour que cela se produise, il faut libérer la nature à transfigurer du pouvoir du mal et du péché, comme en était libre la nature humaine du Sauveur. Puis, aussitôt après la scène de la manifestation visible du Royaume, vient une autre scène : celle du triomphe non moins visible, dans ce monde, du mal dans lequel il gît.
En effet, on peut difficilement trouver un exemple plus frappant du mal triomphant que la possession, où la puissance des ténèbres se manifeste en fait ouvertement, comme si elle lançait un défi à tout ce qu’il y a de lumineux dans le monde. Et les disciples, qui viennent de voir le Royaume triomphant entrer dans le monde, ne peuvent rien opposer à ce mal. Ils ne sont pas capables d’aider le possédé. Rien d’étonnant à cela : le Royaume n’est encore qu’au seuil ; le processus de son entrée dans le monde, au fond, n’a même pas encore commencé, tant que toute sa plénitude est entièrement concentrée dans la personne du Sauveur.
Le Royaume n’est pas de ce monde, et il restera hors du monde jusqu’à ce que Jésus achève Son chemin terrestre. Ce n’est pas un hasard si, après tous ces événements, Jésus revient de nouveau au thème de Son chemin terrestre et de Sa mort sur la croix. Il répète encore et encore : le Royaume n’est pas du tout tel que la plupart des hommes se le représentent. Il ne deviendra pas une force terrestre triomphante. Le mal ne peut pas être vaincu par une force extérieure ; dans les limites du monde déchu, il est réellement invincible. Le Royaume de Dieu est par principe impossible comme royaume de ce monde.
Le Messie ne peut pas être un vainqueur triomphant, non parce que Dieu manquerait de force pour chasser le mal du monde et le vaincre, mais parce qu’en agissant ainsi le monde disparaîtrait avec le mal dans lequel il gît. En ce sens, le salut que Jésus a apporté au monde ressemble surtout à une opération de libération d’otages, ces otages que nous sommes tous. Et une telle opération ne peut être menée qu’au prix de la mort de Celui qui a apporté le Royaume dans le monde, au prix de Sa mort sur la croix. Le chemin est infiniment lourd, mais il n’y en a pas d’autre.
28 Or il advint, environ huit jours après ces paroles, que, prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. |
29 Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante. |
30 Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie |
31 qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem. |
32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. S’étant bien réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. |
33 Et il advint, comme ceux-ci se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie » : il ne savait ce qu’il disait. |
34 Et pendant qu’il disait cela, survint une nuée qui les prenait sous son ombre et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. |
35 Et une voix partit de la nuée, qui disait : « Celui-ci est mon Fils, l’Élu, écoutez-le. » |
36 Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva seul. Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu. |
37 Or il advint, le jour suivant, à leur descente de la montagne, qu’une foule nombreuse vint au-devant de lui. |
38 Et voici qu’un homme de la foule s’écria : « Maître, je te prie de jeter les yeux sur mon fils, car c’est mon unique enfant. |
39 Et voilà qu’un esprit s’en empare, et soudain il crie, le secoue avec violence et le fait écumer ; et ce n’est qu’à grand-peine qu’il s’en éloigne, le laissant tout brisé. |
40 J’ai prié tes disciples de l’expulser, mais ils ne l’ont pu. » |
41 « Engeance incrédule et pervertie, répondit Jésus, jusques à quand serai-je auprès de vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils. » |
42 Celui-ci ne faisait qu’approcher, quand le démon le jeta à terre et le secoua violemment. Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le remit à son père. |
43 Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu.Comme tous étaient étonnés de tout ce qu’il faisait, il dit à ses disciples : |
44 « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » |
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole. |
Les parallèles entre la Transfiguration de Jésus-Christ et les récits de Moïse et d'Élie montant sur la montagne étaient évidents pour les premiers lecteurs de l'Évangile selon Luc. Au sommet, les deux prophètes entendirent la révélation suprême, fondement du message qu'ils apportèrent à Israël (Exode 19 ; 1 R 19). À présent, les apôtres se trouvent à leur place : avec les prophètes d'autrefois, ils se tiennent devant la Source de la révélation et, comme eux, entendent la voix du Père venant de la nuée de lumière. Ce témoignage constitue le fondement de l'Évangile qu'ils devront annoncer au monde entier : « Voici Mon Fils bien-aimé, en qui Je trouve Ma joie ! » Comme au cours des siècles passés, l'essentiel ne se révèle ni dans des formules théologiques ni sous la forme d'une doctrine secrète, mais dans ces paroles de la Lumière au sujet de la Lumière.
28 Or il advint, environ huit jours après ces paroles, que, prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. |
29 Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante. |
30 Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie |
31 qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem. |
32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. S’étant bien réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. |
33 Et il advint, comme ceux-ci se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie » : il ne savait ce qu’il disait. |
34 Et pendant qu’il disait cela, survint une nuée qui les prenait sous son ombre et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. |
35 Et une voix partit de la nuée, qui disait : « Celui-ci est mon Fils, l’Élu, écoutez-le. » |
36 Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva seul. Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu. |
37 Or il advint, le jour suivant, à leur descente de la montagne, qu’une foule nombreuse vint au-devant de lui. |
38 Et voici qu’un homme de la foule s’écria : « Maître, je te prie de jeter les yeux sur mon fils, car c’est mon unique enfant. |
39 Et voilà qu’un esprit s’en empare, et soudain il crie, le secoue avec violence et le fait écumer ; et ce n’est qu’à grand-peine qu’il s’en éloigne, le laissant tout brisé. |
40 J’ai prié tes disciples de l’expulser, mais ils ne l’ont pu. » |
41 « Engeance incrédule et pervertie, répondit Jésus, jusques à quand serai-je auprès de vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils. » |
42 Celui-ci ne faisait qu’approcher, quand le démon le jeta à terre et le secoua violemment. Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le remit à son père. |
43 Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu.Comme tous étaient étonnés de tout ce qu’il faisait, il dit à ses disciples : |
44 « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » |
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole. |
La lecture d'aujourd'hui comprend deux événements qui, au premier regard, ne sont liés entre eux que chronologiquement: la Transfiguration (v. 28–36) et la guérison du fils possédé d'un homme dont le nom nous est inconnu (v. 38–45). Et pourtant l'évangéliste ne relie pas ces deux récits par hasard. On pourrait croire que, sur le fond de ce qui vient tout juste de se produire, une guérison de plus, même infructueuse pour les apôtres, est un événement assez ordinaire, dont on aurait pu ne pas parler.
Cependant la réaction de Jésus à cet événement fut extrêmement dure (v. 41). Bien sûr, les commentateurs ne sont pas encore parvenus à un avis unanime sur la personne à laquelle s'appliquent en premier lieu les paroles de Jésus: à l'homme qui Lui avait amené son fils, ou aux apôtres. Mais, sur ce fond, un détail important est la mention que c'est précisément après la guérison manquée que Jésus rappelle de nouveau et encore à ses disciples ses souffrances et sa mort (v. 43–44), tandis qu'eux ne peuvent absolument pas Le comprendre: quelque chose ferme aux apôtres le sens des paroles dites par le Sauveur (v. 45). Il est particulièrement remarquable qu'ils aient même eu peur d'interroger de nouveau le Maître. Jusqu'alors, Il n'avait jamais laissé leurs questions sans réponse et ne s'était pas une seule fois irrité d'une question; de quoi donc les disciples pouvaient-ils avoir peur?
Bien sûr, entendre parler de la mort du Maître de sa propre bouche était effrayant, mais les apôtres n'étaient ni des enfants ni des lâches prêts à se cacher la tête dans le sable à la vue du danger. Apparemment, ils ne comprenaient pas simplement pas, mais plutôt n'acceptaient pas les paroles de Jésus, espérant qu'elles n'étaient qu'un lapsus, un malentendu ou une sorte d'image, une parabole dont le sens serait expliqué en son temps. Car le jour de la Transfiguration, les apôtres avaient vu le Royaume déjà dans toute sa plénitude; on peut dire qu'ils étaient venus chez leur Maître, Lui qui les avait invités chez Lui afin de leur montrer sa vraie demeure. Et voilà qu'en ce jour de triomphe, Il se met soudain à leur parler de sa mort, qui ne pouvait être pour eux qu'une défaite et une catastrophe.
Cela, bien sûr, ne pouvait entrer dans leur conscience: car la résurrection, à laquelle les apôtres croyaient naturellement, restait pour eux quelque chose de trop lointain pour devenir une réalité de leur propre vie. Et c'est pourquoi ils ne croyaient tout de même pas Jésus jusqu'au bout. Or la méfiance détruit les relations, et lorsque vint le moment de la guérison, le moment du témoignage rendu au Royaume, les apôtres connurent l'échec. Peut-être est-ce en voyant cette méfiance aller si loin que Jésus jugea la situation avec une extrême sévérité. Et ce n'est pas étonnant: car c'est précisément cette incapacité, mentionnée ici par l'évangéliste, à accepter les paroles de Jésus sur sa mort et sa résurrection qui deviendra plus tard la cause du reniement de Pierre et de la trahison de Judas.
28 Or il advint, environ huit jours après ces paroles, que, prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. |
29 Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante. |
30 Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie |
31 qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem. |
32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. S’étant bien réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. |
33 Et il advint, comme ceux-ci se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie » : il ne savait ce qu’il disait. |
34 Et pendant qu’il disait cela, survint une nuée qui les prenait sous son ombre et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. |
35 Et une voix partit de la nuée, qui disait : « Celui-ci est mon Fils, l’Élu, écoutez-le. » |
36 Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva seul. Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu. |
37 Or il advint, le jour suivant, à leur descente de la montagne, qu’une foule nombreuse vint au-devant de lui. |
38 Et voici qu’un homme de la foule s’écria : « Maître, je te prie de jeter les yeux sur mon fils, car c’est mon unique enfant. |
39 Et voilà qu’un esprit s’en empare, et soudain il crie, le secoue avec violence et le fait écumer ; et ce n’est qu’à grand-peine qu’il s’en éloigne, le laissant tout brisé. |
40 J’ai prié tes disciples de l’expulser, mais ils ne l’ont pu. » |
41 « Engeance incrédule et pervertie, répondit Jésus, jusques à quand serai-je auprès de vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils. » |
42 Celui-ci ne faisait qu’approcher, quand le démon le jeta à terre et le secoua violemment. Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le remit à son père. |
La guérison du garçon possédé, dont nous lisons le récit aujourd’hui, est un cas particulier, différent des autres guérisons. Le père du garçon s’adresse au Seigneur non pas simplement comme à son dernier espoir. Les disciples du Christ, qui témoignent eux-mêmes que les démons leur obéissent lorsqu’ils témoignent du nom du Christ, se sont déjà révélés impuissants à guérir le garçon. Si les disciples, qui ne guérissent pas par eux-mêmes, mais au nom du Maître et comme Il le fait, n’y sont pas parvenus, reste-t-il un espoir pour cet homme ? Le père ne demande même plus la guérison ; il dit au Christ : « Regarde », sans être sûr qu’un espoir existe pour lui. De la même manière, dans les situations graves et désespérées, nous disons : « Il ne reste plus qu’à prier. » D’après les récits des évangélistes — les trois Évangiles synoptiques rapportent cette guérison —, le Seigneur n’approuve pas une telle attitude envers Lui. « Peut-être m’aidera-t-Il quand même » n’est pas la meilleure disposition pour celui qui recourt à Dieu. C’est peut-être pourquoi les paroles du Christ sur la génération incrédule et pervertie résonnent avec tant d’amertume.
Et pourtant, malgré le manque de confiance, le Seigneur répond à l’espoir timide de cet homme. L’évangéliste Marc rapporte qu’aux paroles du Christ : « Si tu peux croire tant soit peu, tout est possible à celui qui croit », le père du garçon répond par les mots célèbres : « Je crois, Seigneur ! Viens au secours de mon incrédulité. » Immédiatement après la lecture de ce jour, l’évangéliste ajoute : « Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu. » La confiance dans le Christ ou Ses disciples est nécessaire, comme le savent aussi bien le lecteur de l’Évangile que les témoins des guérisons du Christ. Aussi le fait que le Seigneur ait répondu à l’espoir faible et hésitant de cet homme témoigne-t-il avec une clarté particulière de Sa divinité et de Sa miséricorde.
28 Or il advint, environ huit jours après ces paroles, que, prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. |
29 Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante. |
30 Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie |
31 qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem. |
32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. S’étant bien réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. |
33 Et il advint, comme ceux-ci se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie » : il ne savait ce qu’il disait. |
34 Et pendant qu’il disait cela, survint une nuée qui les prenait sous son ombre et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. |
35 Et une voix partit de la nuée, qui disait : « Celui-ci est mon Fils, l’Élu, écoutez-le. » |
36 Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva seul. Pour eux, ils gardèrent le silence et ne rapportèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu. |
Dans le récit de la Transfiguration, les thèmes de la gloire du Christ et de Ses souffrances se fondent en un seul. Sur la montagne, Il s'entretient avec les prophètes de Son «exode», c'est-à-dire du Golgotha. En descendant de la montagne, Jésus annonce aux disciples ce qui L'attend à Jérusalem.
Il est intéressant que les disciples se montrent incapables à la fois de voir la gloire de Jésus transfiguré et d'entendre Ses paroles sur la Croix. Il se peut que ces choses soient aussi liées entre elles. On peut en juger par sa propre expérience: moins nous voyons la présence du Seigneur dans notre vie, moins nous savons ce qu'est la gloire, plus mal nous comprenons les paroles sur la croix. La croix nous apparaît comme certaines de nos contrariétés quotidiennes, et non comme le chemin de la foi et du renoncement à soi.
On ne peut acquérir cette nouvelle compréhension de la croix qu'en ayant vu la Gloire, la présence vivante de Dieu: ouvertement, comme l'apôtre Paul, ou de manière voilée, en discernant Son action dans les circonstances de la vie.
37 Or il advint, le jour suivant, à leur descente de la montagne, qu’une foule nombreuse vint au-devant de lui. |
38 Et voici qu’un homme de la foule s’écria : « Maître, je te prie de jeter les yeux sur mon fils, car c’est mon unique enfant. |
39 Et voilà qu’un esprit s’en empare, et soudain il crie, le secoue avec violence et le fait écumer ; et ce n’est qu’à grand-peine qu’il s’en éloigne, le laissant tout brisé. |
40 J’ai prié tes disciples de l’expulser, mais ils ne l’ont pu. » |
41 « Engeance incrédule et pervertie, répondit Jésus, jusques à quand serai-je auprès de vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils. » |
42 Celui-ci ne faisait qu’approcher, quand le démon le jeta à terre et le secoua violemment. Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le remit à son père. |
43 Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu.Comme tous étaient étonnés de tout ce qu’il faisait, il dit à ses disciples : |
On entend très souvent des personnes instruites dire que la colère de Dieu, telle qu'elle est décrite dans le Pentateuque de Moïse, est une sorte d'anthropomorphisme : Dieu ne peut être possédé par des passions aussi destructrices que la colère, puisqu'Il est le Bien suprême. C'est précisément ainsi que se présente à nous le Dieu des scolastiques : Bien absolu et miséricorde impassibles. Mais est-ce bien le « Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et non le Dieu des scolastiques et des savants » (B. Pascal) ? Peut-être n'est-ce vraiment qu'un anthropomorphisme, témoignage de l'imperfection, bien que de la vérité aussi, de la foi des Juifs à l'époque de l'Ancien Testament ?
Mais tournons-nous vers le passage d'aujourd'hui. Voici que le Seigneur Se tient devant le père du garçon malade, les disciples, les curieux rassemblés et nous-mêmes, et Il éprouve manifestement une certaine colère. Certes, elle n'est plus aussi catastrophique que dans l'Ancien Testament ; mais si nous la considérons en mettant les échelles en rapport, comme par une transformation affine, que voyons-nous ? « Jésus répondit : Ô génération sans foi et pervertie ! Jusqu'à quand serai-Je avec vous et vous supporterai-Je ? » Qu'est-ce, sinon de la colère, de l'irritation ? On pourra nous dire : « Oui, mais Jésus possédait à la fois une nature pleinement humaine et une nature pleinement divine ; c'est précisément pourquoi on ne peut parler ici d'anthropomorphisme : le raisonnement lui-même perd sa force. » Mais où les natures divine et humaine s'unissaient-elles en Lui ? Où se trouvait ce point d'articulation, si l'on peut s'exprimer ainsi ?
La première pensée est qu'on ne peut le déterminer, que cette union est incompréhensible. Il nous semble néanmoins que, malgré cette incompréhensibilité, quelque chose peut être dit. L'une des affirmations les plus importantes de notre foi est en effet qu'en assumant la nature humaine, le Seigneur en a tout accepté, sauf le péché. Mais qu'est-ce que le péché, comment pouvons-nous le « localiser » ? Le Seigneur Lui-même nous le dit : « ...car du cœur viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les débauches, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes » (Mt 15,19). La source du péché est donc le cœur. Mais c'est aussi dans le cœur que naissent l'amour, la colère et toutes nos émotions. Si donc le péché naît dans le cœur, et si notre Seigneur a assumé la nature humaine à l'exception du péché, alors Son cœur est précisément ce lieu où le divin s'articulait en Lui avec l'humain (cœur ou âme sont ici synonymes, une sorte de médiateur entre le corps et l'esprit). Il n'est pas étonnant que nous ayons identifié ce lieu comme le « point d'articulation » ; les émotions du Seigneur dans le passage d'aujourd'hui semblent fort bien en témoigner. Son cœur était pur, Sa colère tout entière aimante ; mais la forme de Son âme humaine (« forme » au sens aristotélicien) était remplie d'un contenu divin. Et, de fait, tous les raisonnements sur l'anthropomorphisme perdent leur force, car rien n'est comparable à cela.
37 Or il advint, le jour suivant, à leur descente de la montagne, qu’une foule nombreuse vint au-devant de lui. |
38 Et voici qu’un homme de la foule s’écria : « Maître, je te prie de jeter les yeux sur mon fils, car c’est mon unique enfant. |
39 Et voilà qu’un esprit s’en empare, et soudain il crie, le secoue avec violence et le fait écumer ; et ce n’est qu’à grand-peine qu’il s’en éloigne, le laissant tout brisé. |
40 J’ai prié tes disciples de l’expulser, mais ils ne l’ont pu. » |
41 « Engeance incrédule et pervertie, répondit Jésus, jusques à quand serai-je auprès de vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils. » |
42 Celui-ci ne faisait qu’approcher, quand le démon le jeta à terre et le secoua violemment. Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le remit à son père. |
43 Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu.Comme tous étaient étonnés de tout ce qu’il faisait, il dit à ses disciples : |
Une question se pose : à qui s'adressent les paroles de Jésus sur la génération mauvaise et pervertie qu'Il supporte, certes, mais avec peine ? On les rapporte habituellement soit au possédé lui-même, soit à son père. Pourtant, une telle interprétation paraît pour le moins inhabituelle : durant Son ministère terrestre, le Sauveur a dû guérir de nombreux possédés, et Il n'a jamais rien dit de semblable à ceux qui Lui demandaient de l'aide. En revanche, Il pouvait être assez strict avec Ses disciples, parfois jusqu'à la dureté, lorsqu'ils oubliaient ce Royaume à la vie duquel Il voulait les faire participer.
« Arrière, Satan ! » et « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes » ne sonnent pas moins durement que les reproches de malice et de perversité. Il semble donc que les paroles du Sauveur s'adressent bien aux disciples, en réponse à l'homme venu Le trouver qui avait mentionné que Ses disciples, ceux de Jésus, n'avaient pas réussi à guérir son fils. À première vue, cette réaction du Sauveur peut paraître quelque peu inattendue : après tout, personne n'est à l'abri de l'échec, et les apôtres n'avaient pas entendu auparavant de tels reproches de la part de leur Maître.
Manifestement, derrière cet échec en apparence ordinaire se cachait quelque chose de plus grave, qui provoqua une aussi vive réprimande de Jésus. Que s'était-il passé ? Apparemment, l'échec n'était dû ici ni au hasard ni à des difficultés objectives, mais au manque de concentration spirituelle des disciples eux-mêmes. Et le moment était manifestement venu pour eux de surmonter cette dispersion : les jours approchaient où elle pourrait devenir un facteur critique, susceptible de tout faire échouer. Bien sûr, Jésus Lui-même suivrait malgré tout Son chemin jusqu'au bout ; Il ne S'en écarterait pas et ne Se tromperait pas.
Mais le comportement de Ses disciples compterait lui aussi énormément, non seulement comme soutien dans une situation critique, mais aussi au regard de leur propre état spirituel pendant les événements de Gethsémani et immédiatement après. Tous les évangélistes s'accordent à souligner le désarroi total des disciples dès l'arrestation du Maître et jusqu'à Sa résurrection — et, en partie, quelque temps encore après. Et si, à un moment de l'histoire, l'œuvre du salut de l'humanité n'a tenu qu'à un fil, ce n'était pas à cause d'hésitations du Sauveur Lui-même, mais à cause de ce désarroi spirituel de Ses disciples. En réagissant si vivement à ce qui semblait n'être qu'un échec ordinaire de leur part, Il cherche seulement à mieux les préparer à ce qu'ils devront traverser. Pour leur propre bien.
43 Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu.Comme tous étaient étonnés de tout ce qu’il faisait, il dit à ses disciples : |
44 « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » |
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole. |
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem |
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. |
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem. |
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » |
55 Mais, se retournant, il les réprimanda. |
56 Et ils se mirent en route pour un autre village. |
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : « Je te suivrai où que tu ailles. » |
58 Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. » |
59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci dit : « Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. » |
60 Mais il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. » |
61 Un autre encore dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. » |
62 Mais Jésus lui dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. » |
Manifestement, les apôtres se représentaient encore mal ce qu’était le Royaume dont Jésus leur parlait. Ils l’imaginaient clairement comme quelque chose de semblable aux royaumes terrestres, avec peut-être ses particularités, des miracles quotidiens, mais ressemblant tout de même aux États du monde non transfiguré. En tout cas, d’après le témoignage de l’évangéliste, ils ne doutaient nullement que ce royaume serait gouverné comme n’importe quel royaume de « ce monde » : le Roi serait bien sûr Jésus Lui-même, mais ensuite... ensuite commençait le plus intéressant : qui ferait-Il entrer parmi Ses proches ? Comment répartirait-Il les places dans Son Royaume entre Ses disciples ?
Jésus s’efforce constamment d’expliquer aux disciples que Son Royaume n’est « pas de ce monde », non parce qu’il est rempli de miracles et de phénomènes surnaturels, mais parce qu’il se construit autrement, non selon les lois du monde non transfiguré, mais selon ses propres lois, qui peuvent paraître pour le moins étranges aux gens de « ce monde ». Est grand celui qui est le plus petit de tous : du point de vue du monde non transfiguré, c’est bien sûr une absurdité totale. Mais tout État terrestre se construit sur la force ; il doit toujours exister un centre de force qui devient aussi le centre du pouvoir fondé sur cette force.
Le Royaume que le Sauveur a apporté au monde se construit sur l’amour, dont la source est le souffle de Dieu ; et ce qui lui donne sa forme, c’est le réseau de relations qui lie ses habitants entre eux, chacun d’eux à Dieu et au Christ, et le Christ Lui-même à Son Père céleste. Dans un tel Royaume, l’importance d’une personne ne dépend pas de sa puissance potentielle, quelle que soit la nature de cette puissance, mais de la mesure d’amour qu’elle est capable d’accueillir.
Cette mesure, on le devine aisément, dépend de son degré de transparence au souffle de Dieu. C’est alors que deviennent compréhensibles les paroles de Jésus sur les enfants : les enfants sont réellement réceptifs à toute action de Dieu, non parce qu’ils sont sans péché, mais parce qu’ils n’ont pas encore eu le temps de perdre cette intégrité spirituelle que l’adulte ne possède pas, à moins d’y penser et d’en prendre soin délibérément. C’est ainsi que se résout dans le Royaume la question de la primauté, question principale du monde non transfiguré.
44 « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » |
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole. |
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
Continuant à révéler l'essence du chemin de croix qu'Il propose, le Seigneur nous parle aujourd'hui de l'abaissement de soi. L'évangéliste rapporte qu'une pensée vint aux disciples qui suivaient le Christ : lequel d'entre eux pouvait être le plus grand ? Une pensée très humaine, malheureusement familière aussi à beaucoup de ceux qui Le suivent à toutes les époques. Nous avons besoin de faire l'expérience de l'amour de Dieu, de sentir que Dieu nous accueille. Le Christ répond à ce besoin en disant qu'Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
L'homme perdu doit encore ressusciter d'entre les morts et être purifié de nombreux péchés. Nous pensons souvent que Dieu nous attend au tournant tandis que nous avançons maladroitement sur ce chemin, légèrement irrité par notre lenteur. En réalité, Il est venu dans ce monde pour nous accueillir tels que nous sommes et nous conduire à Sa suite sur le chemin de la sainteté. Chaque personne doit faire elle-même l'expérience de tout cela ; sans elle, il est impossible de vivre.
Mais, sous l'influence du péché, l'âme humaine déforme ce besoin de faire l'expérience de l'amour de Dieu et le transforme en ce que la psychologie appelle une estime de soi positive. Nous dépendons de la manière dont nous nous évaluons nous-mêmes et dont les autres nous évaluent, et cela s'exprime précisément dans la pensée qui « vint » aux disciples : lequel d'entre eux pouvait être le plus grand ? Nous ne savons pas exactement s'il s'agissait de savoir qui était le plus proche du Maître, le plus juste, le plus intelligent ou simplement le plus endurant... Quant à nous, à la différence des disciples du Christ, nous nous mesurons généralement à des choses plus primitives, jusqu'à l'argent.
Ce qui importe, c'est la réponse de Jésus aux disciples. Premièrement, Il ne rejette pas l'idée même de grandeur, si chère aux hommes, mais propose une autre échelle pour se « mesurer ». Cela signifie avant tout ne pas rechercher sa propre grandeur, mais, en se considérant comme le dernier, prendre soin des autres ; et puisqu'Il S'est Lui-même abaissé jusqu'au bout pour nous sauver, cette échelle devient celle de la ressemblance avec Dieu. Deuxièmement, comme dans tout ce que Jésus dit, par exemple au sujet du pardon, Il nous propose, pour faire l'expérience de l'accueil que Dieu nous réserve, d'accueillir nous-mêmes les autres, et tout particulièrement les plus faibles et les plus insignifiants. Ainsi, Ses paroles sur ceux qui accueillent un enfant et accueillent par là Celui qui L'a envoyé deviennent une réponse directe et précise aux pensées des disciples sur la grandeur.
44 « Vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » |
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole. |
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ? |
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, |
48 et leur dit : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » |
49 Jean prit la parole et dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. » |
50 Mais Jésus lui dit : « Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » |
Un enfant, un tout-petit... cet être est tant aimé du Seigneur. Et si cet enfant est abaissé non seulement par son jeune âge, mais aussi par la maladie, alors c'est un ange dans la chair, qui atteint ici-bas des hauteurs tout à fait inaccessibles pour nous, tandis que nous le regardons d'en bas. Un jour, un de ces enfants, âgé de huit ans et gravement atteint d'un cancer, a dit avant une opération extrêmement lourde : « Ne m'en voulez pas si je meurs. » Voilà une petitesse multipliée qui rapproche de Dieu comme rien d'autre. Nous avons pris l'habitude de considérer leur vie spirituelle avec condescendance. Nous disons qu'ils ne doivent pas jeûner ni se confesser avant un certain âge. Dans la plupart des cas, c'est probablement juste. Mais voici ce qu'écrit le prophète Joël : « Maintenant encore, dit le Seigneur, revenez à Moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les lamentations. <...> Rassemblez le peuple, convoquez l'assemblée, invitez les anciens, rassemblez les enfants et les nourrissons... » (Jl 2,12, 16). Il dit que les enfants et les nourrissons doivent participer même aux assemblées de pénitence, non bien sûr pour tourmenter leur chair, mais pour que le Seigneur voie, dans le miroir de leurs âmes transparentes, notre amour pour Lui.
Une autre enfant, âgée de quatre ans et en parfaite santé, a un jour raconté cette histoire de son invention : « Il était une fois une fille. Et on l'a tuée. Puis on l'a tuée encore une fois. Ensuite, on l'a emmenée à l'hôpital et les médecins lui ont fait des piqûres, mais ils ne l'ont pas guérie. Puis on l'a emmenée à Christos (c'est ainsi qu'elle le dit encore), et Il l'a guérie. Et elle s'est mise à danser. Voilà, c'est bientôt la fin de l'histoire. » Cette enfant ne sait pas encore qu'un médecin peut ne pas guérir, car, en quatre ans, elle n'a jamais eu de maladie plus grave que la grippe. Pourtant, elle est déjà parvenue, d'une certaine manière, à comprendre que ce qui est impossible à l'homme est possible à Dieu (cf. Mt 19,26 ou Mc 10,27). Cette compréhension nous coûte énormément, à nous adultes ; pour eux, c'est ce dont ils vivent, ce qui leur vient comme « de soi-même », simplement par la communion aux saints Mystères du Christ et par d'autres chemins que nous ignorons. C'est précisément pourquoi retentissent ces paroles : « Par la bouche des petits enfants et des nourrissons, Tu as établi la louange, à cause de Tes ennemis, pour réduire au silence l'ennemi et le vengeur » (Ps 8,3). Car leurs lèvres, bien qu'elles ne connaissent pas encore la loi, sont pleines de grâce. Et la grâce triomphe de la loi (cf. « la miséricorde triomphe du jugement », Jc 2,13).
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