RÉFLEXIONS pour Lc 9:28-45 — le 1 août 2018

RÉFLEXIONS pour Lc 9:28-45

Peu après la confession de Pierre, comme on le voit, Jésus montra de manière visible aux plus proches de Ses disciples ce qu’est le Royaume et ce que devient en lui la nature humaine. Dans l’usage ecclésial, cet événement a reçu le nom de Transfiguration. Tel que le Sauveur apparut devant les disciples le jour de la Transfiguration, tel devient dans le Royaume chacun, s’il accueille sa vie dans toute la plénitude qui lui est accessible. La plénitude de la vie du Royaume transfigure toute nature humaine ; mais pour que cela se produise, il faut libérer la nature à transfigurer du pouvoir du mal et du péché, comme en était libre la nature humaine du Sauveur. Puis, aussitôt après la scène de la manifestation visible du Royaume, vient une autre scène : celle du triomphe non moins visible, dans ce monde, du mal dans lequel il gît.

En effet, on peut difficilement trouver un exemple plus frappant du mal triomphant que la possession, où la puissance des ténèbres se manifeste en fait ouvertement, comme si elle lançait un défi à tout ce qu’il y a de lumineux dans le monde. Et les disciples, qui viennent de voir le Royaume triomphant entrer dans le monde, ne peuvent rien opposer à ce mal. Ils ne sont pas capables d’aider le possédé. Rien d’étonnant à cela : le Royaume n’est encore qu’au seuil ; le processus de son entrée dans le monde, au fond, n’a même pas encore commencé, tant que toute sa plénitude est entièrement concentrée dans la personne du Sauveur.

Le Royaume n’est pas de ce monde, et il restera hors du monde jusqu’à ce que Jésus achève Son chemin terrestre. Ce n’est pas un hasard si, après tous ces événements, Jésus revient de nouveau au thème de Son chemin terrestre et de Sa mort sur la croix. Il répète encore et encore : le Royaume n’est pas du tout tel que la plupart des hommes se le représentent. Il ne deviendra pas une force terrestre triomphante. Le mal ne peut pas être vaincu par une force extérieure ; dans les limites du monde déchu, il est réellement invincible. Le Royaume de Dieu est par principe impossible comme royaume de ce monde.

Le Messie ne peut pas être un vainqueur triomphant, non parce que Dieu manquerait de force pour chasser le mal du monde et le vaincre, mais parce qu’en agissant ainsi le monde disparaîtrait avec le mal dans lequel il gît. En ce sens, le salut que Jésus a apporté au monde ressemble surtout à une opération de libération d’otages, ces otages que nous sommes tous. Et une telle opération ne peut être menée qu’au prix de la mort de Celui qui a apporté le Royaume dans le monde, au prix de Sa mort sur la croix. Le chemin est infiniment lourd, mais il n’y en a pas d’autre.