12 Ce qui fait notre fierté, c’est ce témoignage de notre conscience que nous nous sommes comportés dans le monde, et plus particulièrement à votre égard, avec la simplicité et la pureté qui viennent de Dieu, non pas avec une sagesse charnelle, mais bien avec la grâce de Dieu. |
13 En effet, il n’y a rien dans nos lettres que ce que vous y lisez et comprenez. Et j’espère que vous comprendrez pleinement — |
14 ainsi que vous nous avez compris en partie — que nous sommes pour vous un titre de gloire, comme vous le serez pour nous, au Jour de notre Seigneur Jésus. |
15 C’est dans cette assurance que je voulais venir chez vous tout d’abord pour vous procurer une seconde grâce ; |
16 puis de chez vous passer en Macédoine et de Macédoine revenir chez vous ; et vous m’auriez acheminé vers la Judée. |
17 En formant ce projet, aurais-je donc fait preuve de légèreté ? Ou bien mes projets s’inspirent-ils de la chair, en sorte qu’il y ait en moi le oui, oui, et le non, non ? |
18 Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec vous n’est pas oui et non. |
19 Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons proclamé parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été oui et non ; il n’y a eu que oui en lui. |
20 Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’« Amen » à Dieu pour sa gloire. |
21 Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, |
22 Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit. |
Au cours de Son ministère terrestre, on posa plus d'une fois à Jésus des questions pièges et on Lui proposa des exercices d'intelligence tirés des manuels de théologie existant alors. À ces questions pièges existaient bien sûr des réponses traditionnelles, autre question de savoir à quel point elles étaient convaincantes. Mais Jésus les utilise même elles pour témoigner du Royaume. C'est ce qui arriva avec la question qu'on Lui posa au sujet d'une femme qui s'était mariée de nombreuses fois ; il s'agit probablement ici de la coutume du mariage léviratique. Manifestement, les sadducéens, et avant tout les représentants du sacerdoce du Temple, utilisaient cet exemple pour réfuter la possibilité de la résurrection universelle, à laquelle croyait la Synagogue, et avant tout, bien sûr, les pharisiens. Il n'est pas difficile de voir que le principal malentendu était lié ici non à des subtilités théologiques, mais à une mauvaise compréhension du Royaume et de sa nature. Et Jésus, sans entrer dans aucune subtilité théologique, attire l'attention de Ses interlocuteurs précisément sur ce point. Il leur dit directement : vous ne comprenez ni l'Écriture ni la manière dont Dieu agit dans le monde. Et Il ajoute : dans le Royaume de Dieu, on ne se marie pas et on ne donne pas en mariage, mais on demeure comme les anges dans les cieux. Réponse remarquable. Il ne reste qu'à comprendre comment, précisément, les anges « demeurent dans les cieux ». Mais ici Jésus, semble-t-il, ne donne à Ses interlocuteurs aucune information supplémentaire. Une seule chose est claire : cela ne ressemble pas au mode de vie dans le monde non transfiguré. Et l'enjeu n'est pas d'essayer de comprendre ce que peuvent être les relations conjugales dans le Royaume. L'enjeu est de comprendre que cela ne ressemble à rien de ce qui se passe dans notre monde non transfiguré, et de ne pas essayer d'extrapoler les lois de ce monde non transfiguré au Royaume. Or, à en juger par la question proposée à Jésus, de telles extrapolations étaient chose habituelle dans la théologie juive des temps évangéliques. Jésus, semble-t-il, propose à Ses interlocuteurs de se détourner des clichés qui leur étaient propres. Et pas tant pour eux-mêmes, car ils posaient cette question seulement pour Le « coincer », que pour ceux qui les entouraient, puisque la conversation était publique. Il fallait faire comprendre à ceux qui étaient là que le Royaume n'est en réalité pas du tout tel qu'ils se l'imaginent. Au moins pour ceux qui peuvent et veulent entendre.
12 Ce qui fait notre fierté, c’est ce témoignage de notre conscience que nous nous sommes comportés dans le monde, et plus particulièrement à votre égard, avec la simplicité et la pureté qui viennent de Dieu, non pas avec une sagesse charnelle, mais bien avec la grâce de Dieu. |
13 En effet, il n’y a rien dans nos lettres que ce que vous y lisez et comprenez. Et j’espère que vous comprendrez pleinement — |
14 ainsi que vous nous avez compris en partie — que nous sommes pour vous un titre de gloire, comme vous le serez pour nous, au Jour de notre Seigneur Jésus. |
15 C’est dans cette assurance que je voulais venir chez vous tout d’abord pour vous procurer une seconde grâce ; |
16 puis de chez vous passer en Macédoine et de Macédoine revenir chez vous ; et vous m’auriez acheminé vers la Judée. |
17 En formant ce projet, aurais-je donc fait preuve de légèreté ? Ou bien mes projets s’inspirent-ils de la chair, en sorte qu’il y ait en moi le oui, oui, et le non, non ? |
18 Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec vous n’est pas oui et non. |
19 Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons proclamé parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été oui et non ; il n’y a eu que oui en lui. |
20 Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’« Amen » à Dieu pour sa gloire. |
Dans la lecture d’aujourd’hui, l’apôtre Paul, en s’appuyant sur l’immuabilité de la Parole de Dieu, indique un trait très important de notre foi, qui la distingue d’une immense multitude de courants religieux. Il s’agit de l’absence d’un enseignement secret, qui dès la fin du premier siècle commença, comme terme, à être appelé du mot « gnose » (grec gnosis, connaissance). Cette désignation ne désigne pas la connaissance de la Vérité que les disciples reçoivent du Maître, mais un savoir secret, caché, qui sépare ceux qui le possèdent des profanes, des non-initiés. D’une manière générale, l’idée d’initiation, sauf l’initiation de tout le peuple de Dieu, n’est pas propre à la période initiale de l’histoire du christianisme. La structure de la hiérarchie sacrée se définit dans l’Église non par une gnose secrète particulière, comme le pensaient les païens hellénisés, mais par le devoir de mettre en pratique les dons particuliers de l’Esprit Saint donnés aux hommes.
Ainsi donc, l’apôtre écrit : « comme je l’espère, vous comprendrez jusqu’au bout ». Adressées à toute la communauté, ces paroles impliquent précisément qu’il n’y a rien de secret qui serait inaccessible aux hommes. Le Sauveur lui-même dit dans sa prière au Père : « Je leur ai fait connaître ton nom » (Jn 17:26) : que peut-il y avoir de plus élevé que cela ? Et encore, dans le Deutéronome, le Seigneur dit au sujet de la vérité : « ce commandement que je te prescris aujourd’hui n’est pas trop difficile pour toi et n’est pas éloigné » (Dt 30:11). Et si la vérité n’est ni inaccessible ni éloignée, quelles excuses avons-nous lorsque nous ne voulons pas la trouver ?
12 Ce qui fait notre fierté, c’est ce témoignage de notre conscience que nous nous sommes comportés dans le monde, et plus particulièrement à votre égard, avec la simplicité et la pureté qui viennent de Dieu, non pas avec une sagesse charnelle, mais bien avec la grâce de Dieu. |
Qu'est-ce que c'est le témoignage chrétien? Et comment peut-on témoigner ? Pendant des siècles de l'histoire chrétienne de nombreux témoins ont témoigné de leur fidélité au Christ et au Royaume avec plusieurs belles oeuvres et paroles. Mais il y a un témoignage, accessible à chacun sans exception: le mode de vie, que mène l’homme dans notre monde se transformant, mais pas encore transformé. C’est cela qui, probablement, doit être considéré comme le principal témoignage, ce témoignage sur lequel est fondée toute autre chose.
Bien sûr, si le christianisme était simplement une nouvelle religion, tout aurait été un peu différent: alors c’est notamment les mots séparés et les actes séparés des adeptes de la nouvelle religion, racontant de cette religion ou la démontrant, qui auront été le principal témoignage. Mais en effet, le christianisme n’est pas une nouvelle religion, mais vie nouvelle, la vie dans le Royaume. Et la principale tâche du chrétien comme témoin consiste à démontrer cette vie, sa capacité ici et maintenant, dans le monde bien que se transformant déjà, mais pas encore transfiguré jusqu'à la fin.
Tout le reste, tous les mots et toutes les oeuvres reçoivent leur sens seulement au fond de cette nouvelle vie, car ils ne sont tous qu’un dérivé d'elle. Et Paul parle notamment de cela, il parle de cette vie dans le monde non encore transformé, dont lui-même et ses compagnons menaient non pas d'après les lois du monde non transformé, mais «par grâce», par les lois du Royaume. Et il considère cette sa vie et celle de ses concélébrants comme on voit, le principal témoignage.
13 En effet, il n’y a rien dans nos lettres que ce que vous y lisez et comprenez. Et j’espère que vous comprendrez pleinement — |
14 ainsi que vous nous avez compris en partie — que nous sommes pour vous un titre de gloire, comme vous le serez pour nous, au Jour de notre Seigneur Jésus. |
15 C’est dans cette assurance que je voulais venir chez vous tout d’abord pour vous procurer une seconde grâce ; |
À en juger par le premier chapitre de la lettre de Paul, ses précédentes visites à l’Église de Corinthe ne furent pas du tout sans difficulté. Il ne nous reste qu’à deviner ce qu’il entend par les «tristesses» causées aux chrétiens de Corinthe lors de sa visite précédente. Une chose est claire: la conversation fut sérieuse et, très probablement, peu agréable.
Paul s’empresse néanmoins d’assurer aux frères de Corinthe que cela n’annule ni ne détruit en rien cette unité spirituelle qui les unit tous comme membres de l’unique Église du Christ. Il ne s’agit bien sûr pas d’une unité extérieure et formelle, mais d’une unité essentielle. L’apôtre l’exprime ainsi: au jour du Seigneur, c’est ainsi que les premiers chrétiens appelaient le jour du retour du Sauveur, nous, dit l’apôtre en son nom et au nom de ses compagnons, nous nous glorifierons devant Dieu de vous, et vous de nous.
Et il ne s’agit pas seulement du fait que Paul aurait réussi à faire des Corinthiens de bons chrétiens, qu’il pourrait présenter au Christ au jour de Son retour comme preuve de la réussite incontestable de son ministère terrestre. Il s’agit du fait que l’on ne peut se glorifier, au sens où l’apôtre emploie ce mot, que de ceux avec qui l’on demeure dans la plénitude de la communion. Dans l’unité spirituelle.
Et qu’en est-il de toutes les paroles, apparemment dures et peu agréables, que Paul a dites auparavant aux chrétiens de Corinthe? Manifestement, elles n’ont pas détruit l’unité mentionnée. Car il ne s’agit pas seulement des paroles; il s’agit aussi de la manière dont elles sont dites: avec amour ou avec haine. Avec le désir d’aider ou avec le désir de repousser, de s’affirmer, de triompher d’un adversaire terrassé.
Il s’agit de l’intention qui se tient derrière les paroles, intention positive ou négative, constructive ou destructrice. Et si les paroles sont dites avec amour, elles ne détruisent pas les relations et ne rompent pas l’unité spirituelle, bien qu’elles puissent causer non seulement de l’inconfort, mais aussi de la douleur. Sans amour, aucune parole, même la plus agréable, ne crée rien et n’établit aucune relation. Cela signifie que, pour le Royaume, elles sont inutiles: elles n’y parviennent tout simplement pas. Car le Royaume est le milieu de l’amour, et tout ce qui n’a pas de rapport avec l’amour demeure donc hors du Royaume. Avec toutes les conséquences qui en découlent.
23 Ce jour-là, des Sadducéens, gens qui disent qu’il n’y a pas de résurrection, s’approchèrent de lui et l’interrogèrent en disant : |
24 « Maître, Moïse a dit : Si quelqu’un meurt sans avoir d’enfants, son frère épousera la femme, sa belle-sœur, et suscitera une postérité à son frère. |
25 Or il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans postérité, laissant sa femme à son frère. |
26 Pareillement le deuxième, puis le troisième, jusqu’au septième. |
27 Finalement, après eux tous, la femme mourut. |
28 À la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Car tous l’auront eue. » |
29 Jésus leur répondit : « Vous êtes dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. |
30 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. |
31 Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu l’oracle dans lequel Dieu vous dit : |
32 Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Ce n’est pas de morts mais de vivants qu’il est le Dieu ! » |
33 Et les foules, qui avaient entendu, étaient frappées de son enseignement. |
La suffisance des sadducéens s'apparente à celle des pharisiens, tout en s'en distinguant par certains aspects. Si l'arrogance des pharisiens vient de leur certitude de connaître les subtilités de la loi, l'orgueil des sadducéens naît de leurs prétentions à la pensée rationnelle. Au fond, les sadducéens sont les précurseurs de ceux qui, n'ayant glané que quelques rudiments d'instruction et ne possédant qu'une vague idée des véritables profondeurs de la science, sont convaincus d'en savoir assez pour se croire plus intelligents que les autres.
On aurait pu résoudre le problème de la résurrection et de la femme aux sept maris proposé par les sadducéens selon leurs propres conditions, dont la principale est le rejet de la foi en la résurrection. Dans ce cas, en prenant au sérieux la situation présentée comme une plaisanterie, on pourrait tomber dans le piège qu'ils ont préparé. (D'ailleurs, tant par son ton que par sa construction, cette question rappelle beaucoup les questions types par lesquelles les témoins de Jéhovah essaient de réfuter la doctrine de la Trinité.) Mais le Christ ne cède pas à cette provocation. Il montre l'inconsistance des conceptions fondamentales des sadducéens, qui ignorent le véritable sens de ce qu'ils entreprennent de réfuter. Et là même, Il nous entrouvre le mystère de la vie après la résurrection, révélant aussitôt son lien avec le Dieu vivant, qu'Il appelle le Dieu des vivants. Sa volonté est donc que la vie triomphe.
23 Ce jour-là, des Sadducéens, gens qui disent qu’il n’y a pas de résurrection, s’approchèrent de lui et l’interrogèrent en disant : |
24 « Maître, Moïse a dit : Si quelqu’un meurt sans avoir d’enfants, son frère épousera la femme, sa belle-sœur, et suscitera une postérité à son frère. |
25 Or il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans postérité, laissant sa femme à son frère. |
26 Pareillement le deuxième, puis le troisième, jusqu’au septième. |
27 Finalement, après eux tous, la femme mourut. |
28 À la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Car tous l’auront eue. » |
29 Jésus leur répondit : « Vous êtes dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. |
30 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. |
31 Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu l’oracle dans lequel Dieu vous dit : |
32 Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Ce n’est pas de morts mais de vivants qu’il est le Dieu ! » |
33 Et les foules, qui avaient entendu, étaient frappées de son enseignement. |
Ce que nous désirons le plus, c’est savoir ce qui nous attend dans l’autre vie et si elle existe. C’est probablement l’impulsion principale qui préside à la construction de toutes les religions, leur préoccupation centrale. Mais si elle est autre, c’est précisément pour que nous n’essayions pas, comme les sadducéens venus interroger le Christ, de la dessiner en détail dans notre imagination. De même qu’un enfant dans le sein de sa mère ne peut comprendre les lois de ce monde, nous ne pouvons comprendre celles de l’autre monde. Deux affirmations devraient déjà nous suffire : Dieu sera tout en tous, et nous serons semblables aux anges dans le Ciel. Mais, à la différence de toutes les autres religions, le Christ dit quelque chose d’étonnant, précisément ce que les sadducéens ne parviennent pas à comprendre. Le Royaume du siècle à venir ne ressemblera pas au paradis hellénique, où les âmes jouissent du climat et du paysage. Les sadducéens, qui aiment tout ce qui est grec, se le représentent précisément ainsi. Mais le Seigneur parle de la résurrection des morts comme de la conséquence naturelle du fait que Dieu est le Dieu des vivants. Il est manifestement difficile de concilier cela avec les paroles selon lesquelles nous serons comme les anges dans les Cieux. La parole sur la résurrection contient apparemment un mystère qui échappe à toute explication rationnelle.
29 Jésus leur répondit : « Vous êtes dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. |
30 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. |
Au cours de son ministère terrestre, on posa plus d'une fois à Jésus des questions pièges et on lui proposa des problèmes d'ingéniosité tirés des manuels de théologie existant alors. Il existait bien sûr des réponses traditionnelles à ces questions pièges, autre question de savoir à quel point elles étaient convaincantes. Mais Jésus utilise même celles-ci pour témoigner du Royaume. Il en fut ainsi avec la question qui lui fut posée au sujet de la femme qui avait été mariée plusieurs fois, où il s'agit probablement de la coutume du lévirat. Cet exemple, manifestement, était utilisé par les sadducéens, et d'abord, évidemment, par les représentants du sacerdoce du Temple, pour réfuter la possibilité de la résurrection universelle, à laquelle croyait la Synagogue, et en premier lieu bien sûr les pharisiens.
Il n'est pas difficile de voir que le principal malentendu ici n'est pas lié à des subtilités théologiques, mais à une compréhension fausse du Royaume et de sa nature. Et Jésus, sans entrer dans des raisonnements abstraits, attire l'attention de ses interlocuteurs précisément sur ce point. Il leur dit directement: vous ne comprenez ni les Écritures, ni la manière dont Dieu agit dans le monde. Et il ajoute: dans le Royaume de Dieu, on ne se marie pas et on ne donne pas en mariage, mais on demeure comme des anges dans les cieux.
La réponse est remarquable. Il ne reste qu'à comprendre comment exactement les anges « demeurent dans les cieux ». Mais ici, Jésus ne donne manifestement à ses interlocuteurs aucune explication supplémentaire. Une seule chose est claire: cela ne ressemble pas au mode de vie dans le monde non transformé. Et l'essentiel n'est pas de tenter de comprendre quelles sont les relations conjugales dans le Royaume. L'essentiel est de comprendre que cela ne ressemble à rien de ce qui se passe dans notre monde, et de ne pas essayer d'extrapoler au Royaume les lois terrestres.
Or, à en juger par la question posée à Jésus, de telles extrapolations étaient monnaie courante dans la théologie juive de l'époque. Jésus, manifestement, propose à ses interlocuteurs de se détacher des clichés auxquels ils sont habitués. Et cela, non pas tant pour eux-mêmes, car ils ne posaient la question que pour le « coincer », que pour les auditeurs, puisque la conversation était publique. Il fallait leur faire comprendre que le Royaume est en réalité tout autre. Du moins à ceux d'entre eux qui peuvent et veulent entendre.
12 Ce qui fait notre fierté, c’est ce témoignage de notre conscience que nous nous sommes comportés dans le monde, et plus particulièrement à votre égard, avec la simplicité et la pureté qui viennent de Dieu, non pas avec une sagesse charnelle, mais bien avec la grâce de Dieu. |
13 En effet, il n’y a rien dans nos lettres que ce que vous y lisez et comprenez. Et j’espère que vous comprendrez pleinement — |
14 ainsi que vous nous avez compris en partie — que nous sommes pour vous un titre de gloire, comme vous le serez pour nous, au Jour de notre Seigneur Jésus. |
15 C’est dans cette assurance que je voulais venir chez vous tout d’abord pour vous procurer une seconde grâce ; |
16 puis de chez vous passer en Macédoine et de Macédoine revenir chez vous ; et vous m’auriez acheminé vers la Judée. |
17 En formant ce projet, aurais-je donc fait preuve de légèreté ? Ou bien mes projets s’inspirent-ils de la chair, en sorte qu’il y ait en moi le oui, oui, et le non, non ? |
18 Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec vous n’est pas oui et non. |
19 Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons proclamé parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été oui et non ; il n’y a eu que oui en lui. |
20 Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’« Amen » à Dieu pour sa gloire. |
21 Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, |
22 Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit. |
23 Pour moi, j’en prends Dieu à témoin sur mon âme, c’est par ménagement pour vous que je ne suis plus venu à Corinthe. |
24 Ce n’est pas que nous entendions régenter votre foi. Non, nous contribuons à votre joie ; car, pour la foi, vous tenez bon. |
S'adressant aux chrétiens de Corinthe, Paul passe du thème des persécutions et de la confession de la foi à des questions qui, à première vue, n'ont rien de commun ni avec l'un ni avec l'autre. Il partage avec l'Église de Corinthe ses projets, espérant manifestement le soutien de ses frères dans la foi (v. 15-16). Mais, d'autre part, l'apôtre ne rappelle pas par hasard aux destinataires de sa lettre la détermination et l'univocité de toutes ses paroles et de tous ses actes, prenant à témoin quiconque a pu l'entendre (v. 17-20). Une telle détermination et une telle univocité ne sont possibles qu'à condition que la personne possède une intégrité spirituelle, sans laquelle la vie spirituelle normale est impossible, et la vie ordinaire aussi. Alors devient évident le lien entre ce thème, soulevé par l'apôtre dans sa lettre, et celui des persécutions et de la confession de la foi qu'il a abordé un peu plus tôt. En effet, le témoin ne peut rester témoin dans une situation critique que si l'intégrité spirituelle dont parle Paul lui était déjà propre auparavant, dans la vie ordinaire, et si toute sa vie spirituelle, en général, se déroulait normalement et était telle qu'elle doit être chez un chrétien.
La confession de la foi et le martyre ne sont pas des actes héroïques pour lesquels un bref élan de l'âme suffirait, mais le point culminant de toute la vie du chrétien. Mais il ne s'agit pas seulement d'être prêt pour un tel sommet. Après tout, même si chaque chrétien est témoin du Christ et du Royaume, il n'est pas donné à chacun d'achever son témoignage par le martyre. Mais chacun est appelé à une vie pleine dans le Royaume, et celle-ci non plus ne peut exister sans l'intégrité spirituelle dont parle l'apôtre. Elle est nécessaire non seulement comme instrument du témoignage; elle est indispensable comme condition principale et vitale de la demeure dans le Royaume. Vitale au sens littéral: sans elle, vivre de la vie du Royaume est impossible. Au mieux, le chrétien qui ne la possède pas devra, dans le Royaume, non pas vivre en respirant à pleins poumons le souffle de Dieu, mais survivre en respirant péniblement, comme respire un homme dans un air raréfié. Au pire, la vie du Royaume ne restera pour lui qu'une abstraction ou un rêve inaccessible. Alors il n'y a plus lieu de parler ni de salut ni de christianisme.
12 Ce qui fait notre fierté, c’est ce témoignage de notre conscience que nous nous sommes comportés dans le monde, et plus particulièrement à votre égard, avec la simplicité et la pureté qui viennent de Dieu, non pas avec une sagesse charnelle, mais bien avec la grâce de Dieu. |
13 En effet, il n’y a rien dans nos lettres que ce que vous y lisez et comprenez. Et j’espère que vous comprendrez pleinement — |
14 ainsi que vous nous avez compris en partie — que nous sommes pour vous un titre de gloire, comme vous le serez pour nous, au Jour de notre Seigneur Jésus. |
15 C’est dans cette assurance que je voulais venir chez vous tout d’abord pour vous procurer une seconde grâce ; |
16 puis de chez vous passer en Macédoine et de Macédoine revenir chez vous ; et vous m’auriez acheminé vers la Judée. |
17 En formant ce projet, aurais-je donc fait preuve de légèreté ? Ou bien mes projets s’inspirent-ils de la chair, en sorte qu’il y ait en moi le oui, oui, et le non, non ? |
18 Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec vous n’est pas oui et non. |
19 Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons proclamé parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été oui et non ; il n’y a eu que oui en lui. |
20 Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’« Amen » à Dieu pour sa gloire. |
21 Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, |
22 Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit. |
23 Pour moi, j’en prends Dieu à témoin sur mon âme, c’est par ménagement pour vous que je ne suis plus venu à Corinthe. |
24 Ce n’est pas que nous entendions régenter votre foi. Non, nous contribuons à votre joie ; car, pour la foi, vous tenez bon. |
Dans la lecture d’aujourd’hui, nous entendons ces paroles de l’apôtre Paul : « Nous ne vous écrivons rien d’autre que ce que vous lisez ou comprenez et que, je l’espère, vous comprendrez pleinement. » S’appuyant sur l’immutabilité de la Parole de Dieu (verset 20), l’Apôtre souligne un trait très important de notre foi, qui la distingue d’une multitude de courants religieux. Il s’agit de l’absence d’un enseignement secret, que dès la fin du premier siècle on commença à désigner par le mot « gnose » (grec γνώσις, connaissance). Ce terme ne désigne pas la connaissance de la vérité que les disciples reçoivent du Maître, mais une connaissance secrète, cachée, qui sépare ceux qui la possèdent des profanes, des non-initiés. D’une manière générale, l’idée d’initiation n’est pas propre à la première période de l’histoire du christianisme, hormis l’initiation de tout le peuple de Dieu. Dans l’Église, la structure de la hiérarchie sacrée n’est pas déterminée par une gnose secrète particulière, comme le pensaient les païens hellénisés, mais par l’obligation de mettre en pratique les dons particuliers de l’Esprit Saint accordés aux hommes.
Ainsi l’Apôtre écrit-il : « comme je l’espère, vous comprendrez pleinement ». Adressées à toute la communauté, ces paroles impliquent précisément qu’il n’y a rien de secret qui soit inaccessible aux hommes. Le Sauveur Lui-même dit dans Sa prière au Père : « Je leur ai fait connaître Ton nom (aux hommes) » (Jn 17:26) : que pourrait-il y avoir de plus élevé ? Et dans le Deutéronome, le Seigneur dit encore de la vérité : « ce commandement que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ta portée » (Dt 30:11). Et si la vérité n’est ni inaccessible ni lointaine, quelles excuses pouvons-nous invoquer lorsque nous ne voulons pas la chercher ?
15 Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de le surprendre en parole ; |
16 et ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens, pour lui dire : « Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes. |
17 Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l’impôt à César ? » |
18 Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi me tendez-vous un piège ? |
19 Faites-moi voir l’argent de l’impôt. » Ils lui présentèrent un denier |
20 et il leur dit : « De qui est l’effigie que voici ? Et l’inscription ? » Ils disent : |
21 « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » |
22 À ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s’en allèrent. |
23 Ce jour-là, des Sadducéens, gens qui disent qu’il n’y a pas de résurrection, s’approchèrent de lui et l’interrogèrent en disant : |
24 « Maître, Moïse a dit : Si quelqu’un meurt sans avoir d’enfants, son frère épousera la femme, sa belle-sœur, et suscitera une postérité à son frère. |
25 Or il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans postérité, laissant sa femme à son frère. |
26 Pareillement le deuxième, puis le troisième, jusqu’au septième. |
27 Finalement, après eux tous, la femme mourut. |
28 À la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Car tous l’auront eue. » |
29 Jésus leur répondit : « Vous êtes dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. |
30 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. |
31 Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu l’oracle dans lequel Dieu vous dit : |
32 Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Ce n’est pas de morts mais de vivants qu’il est le Dieu ! » |
33 Et les foules, qui avaient entendu, étaient frappées de son enseignement. |
34 Apprenant qu’il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, |
35 et l’un d’eux lui demanda pour l’embarrasser : |
36 « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? » |
37 Jésus lui dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit :
|
38 voilà le plus grand et le premier commandement. |
39 Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
|
40 À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » |
Si seulement nous savions lire l’Écriture ainsi, en voir l’essence comme le Seigneur... Dans ses réponses sur la résurrection des morts et sur le plus grand commandement, il part du Pentateuque, que ses adversaires connaissaient presque par cœur. Non seulement il répond aux questions provocatrices des scribes, mais il nous montre aussi combien le sens de paroles bibliques qui nous sont familières peut être profond.
Dans le nom mystérieux de Dieu, «Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob», révélé dans le récit de l’appel de Moïse (Livre de l’Exode), nous découvrons soudain un message sur la résurrection des morts; directement, cela ne sera révélé que chez les prophètes tardifs, et accompli dans la Résurrection du Christ. Et les deux commandements les plus importants du Deutéronome se révèlent effectivement être une forme condensée du Décalogue (Ex 20), où les quatre premiers commandements parlent de l’amour de Dieu, et les six autres de l’amour du prochain.
15 Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de le surprendre en parole ; |
16 et ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens, pour lui dire : « Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes. |
17 Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l’impôt à César ? » |
18 Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi me tendez-vous un piège ? |
19 Faites-moi voir l’argent de l’impôt. » Ils lui présentèrent un denier |
20 et il leur dit : « De qui est l’effigie que voici ? Et l’inscription ? » Ils disent : |
21 « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » |
22 À ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s’en allèrent. |
23 Ce jour-là, des Sadducéens, gens qui disent qu’il n’y a pas de résurrection, s’approchèrent de lui et l’interrogèrent en disant : |
24 « Maître, Moïse a dit : Si quelqu’un meurt sans avoir d’enfants, son frère épousera la femme, sa belle-sœur, et suscitera une postérité à son frère. |
25 Or il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans postérité, laissant sa femme à son frère. |
26 Pareillement le deuxième, puis le troisième, jusqu’au septième. |
27 Finalement, après eux tous, la femme mourut. |
28 À la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Car tous l’auront eue. » |
29 Jésus leur répondit : « Vous êtes dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. |
30 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. |
31 Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu l’oracle dans lequel Dieu vous dit : |
32 Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Ce n’est pas de morts mais de vivants qu’il est le Dieu ! » |
33 Et les foules, qui avaient entendu, étaient frappées de son enseignement. |
34 Apprenant qu’il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, |
35 et l’un d’eux lui demanda pour l’embarrasser : |
36 « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? » |
37 Jésus lui dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit :
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38 voilà le plus grand et le premier commandement. |
39 Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
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40 À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » |
Pour les disciples du Christ, pour qui cet Évangile fut écrit, leur foi et leur espérance étaient liées de la manière la plus étroite à la Résurrection de Jésus d'entre les morts après Son exécution et Son ensevelissement. C'est précisément pourquoi le bref récit sur les adversaires de Jésus, qui s'efforçaient de prouver l'impossibilité de la résurrection, avait pour eux une telle importance. Car leur argument, qui peut d'abord paraître une casuistique absurde à propos d'une situation inexistante (sept frères pour une seule femme), est en réalité fort justement par son absurdité même ! Il y a tant d'absurdité et de mal dans le monde que la mort apparaît plutôt comme un remède à la douleur et à l'impasse. Que se passera-t-il donc si tous les hommes « ressuscitent » soudain, c'est-à-dire reviennent à cette vie, avec toute son imperfection et ses limites ? Comment les sept frères se partageront-ils la malheureuse femme ?
Le Christ répond depuis des positions tout autres. La résurrection est nécessaire parce que chaque homme, d'une manière ou d'une autre, est lié au Dieu vivant. Et cela signifie que, dans la résurrection, l'homme vit de la vie de Dieu Lui-même, libre de l'absurdité et de la douleur humaines.
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