13 Puis il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui, |
14 et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, |
15 avec pouvoir de chasser les démons. |
16 Il institua donc les Douze, et il donna à Simon le nom de Pierre, |
17 puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, c'est-à-dire fils du tonnerre, |
18 puis André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d'Alphée, Thaddée, Simon le Zélé, |
19 et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. |
20 Il vient à la maison et de nouveau la foule se rassemble, au point qu'ils ne pouvaient pas même manger de pain. |
21 Et les siens, l'ayant appris, partirent pour se saisir de lui, car ils disaient : " Il a perdu le sens. " |
22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : " Il est possédé de Béelzéboul ", et encore : " C'est par le prince des démons qu'il expulse les démons. " |
23 Les ayant appelés près de lui, il leur disait en paraboles : " Comment Satan peut-il expulser Satan ? |
24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume-là ne peut subsister. |
25 Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison-là ne pourra se maintenir. |
26 Or, si Satan s'est dressé contre lui-même et s'est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini. |
27 Mais nul ne peut pénétrer dans la maison d'un homme fort et piller ses affaires s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort, et alors il pillera sa maison. |
28 " En vérité, je vous le dis, tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu'ils en auront proféré ; |
29 mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit Saint n'aura jamais de rémission : il est coupable d'une faute éternelle. " |
30 C'est qu'ils disaient : " Il est possédé d'un esprit impur. " |
31 Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler. |
32 Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit : " Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont là dehors qui te cherchent. " |
33 Il leur répond : " Qui est ma mère ? et mes frères ? " |
34 Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
35 Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " |
L'une des plus grandes saintes de notre temps — Thérèse de Lisieux, — commença à écrire ses notes autobiographiques, « Histoire d'une âme », après avoir ouvert l'Évangile au hasard et être tombée sur ces paroles mêmes par lesquelles commence notre passage : « Puis il gravit la montagne et appela auprès de lui ceux qu'il voulait ». Selon elle, tout le mystère de l'appel à la sainteté y est contenu : « Il n'appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu'Il veut Lui-même ».
Tout le passage parle de ceux qui sont « appelés » et « choisis », des relations du Seigneur avec Ses plus proches. Pourquoi choisit-Il le cercle de Ses disciples les plus proches ? Avons-nous des raisons d'être d'accord avec les paroles de Thérèse, ou sommes-nous secrètement persuadés que, parmi tous les auditeurs, ceux que Jésus a choisis étaient les plus dignes ?
Aux versets 28-29 se trouve un avertissement, et l'un des plus sévères de l'Évangile. Remarquons-le : ce n'est pas Jésus qui condamne les scribes. En parlant en paraboles, Il leur donne à eux-mêmes la possibilité de regarder et de vérifier ce qui, dans Ses paroles, les concerne. N'est-ce pas dans ce respect de la conscience humaine que se trouve la clé de ce que signifie « blasphémer contre l'Esprit Saint » ? Tout autre blasphème est extérieur : l'homme peut « ne pas savoir ce qu'il fait ». En blasphémant contre l'Esprit Saint, il sait, et il le fait contre ce que crie sa propre conscience. N'est-ce pas pour cela que la condamnation devient éternelle : parce qu'il ne reste plus rien dans l'homme qui puisse le relever ?
Dans les derniers versets du chapitre 3, on voit d'abord le témoignage amer du rejet des liens familiaux par Jésus à cause de l'incompréhension de Ses proches, jusqu'à ce que l'on comprenne ceci : le Seigneur ne s'éloigne pas de Ses proches ; sinon, quelle valeur y aurait-il pour les disciples à être appelés « frère, soeur et mère » ? Il partage avec ceux qui accomplissent la volonté de Dieu Son amour le plus personnel, le plus tendre et le plus attentif.
13 Puis il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui, |
14 et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, |
15 avec pouvoir de chasser les démons. |
16 Il institua donc les Douze, et il donna à Simon le nom de Pierre, |
17 puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, c'est-à-dire fils du tonnerre, |
18 puis André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d'Alphée, Thaddée, Simon le Zélé, |
19 et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. |
20 Il vient à la maison et de nouveau la foule se rassemble, au point qu'ils ne pouvaient pas même manger de pain. |
21 Et les siens, l'ayant appris, partirent pour se saisir de lui, car ils disaient : " Il a perdu le sens. " |
22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : " Il est possédé de Béelzéboul ", et encore : " C'est par le prince des démons qu'il expulse les démons. " |
23 Les ayant appelés près de lui, il leur disait en paraboles : " Comment Satan peut-il expulser Satan ? |
24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume-là ne peut subsister. |
25 Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison-là ne pourra se maintenir. |
26 Or, si Satan s'est dressé contre lui-même et s'est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini. |
27 Mais nul ne peut pénétrer dans la maison d'un homme fort et piller ses affaires s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort, et alors il pillera sa maison. |
28 " En vérité, je vous le dis, tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu'ils en auront proféré ; |
29 mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit Saint n'aura jamais de rémission : il est coupable d'une faute éternelle. " |
30 C'est qu'ils disaient : " Il est possédé d'un esprit impur. " |
31 Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler. |
32 Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit : " Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont là dehors qui te cherchent. " |
33 Il leur répond : " Qui est ma mère ? et mes frères ? " |
34 Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
35 Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " |
L'esprit humain est retors : cela est connu depuis longtemps et bien connu. Tout comme le fait qu'il est le plus grand complaisant du monde : si l'homme désire vivement se convaincre de quelque chose, se prouver quelque chose ou fonder quelque chose pour lui-même, son esprit est prêt à s'appliquer et à lui complaire ; il trouvera les arguments nécessaires et proposera de telles interprétations de faits pourtant parfaitement évidents que, s'il le veut, l'homme pourra les voir tout autrement qu'ils ne sont en réalité. Cette activité de l'esprit humain se révèle particulièrement « utile » lorsque certains faits refusent d'entrer dans les cadres d'un schéma, d'un concept, d'une théorie inventés par ce même esprit humain.
Il en allait à peu près ainsi lorsque certains « scribes » (apparemment des rabbins savants ou des maîtres de la Torah de l'académie de Jérusalem) se mirent à affirmer que Jésus chassait, soi-disant, les esprits obscurs en se servant de la force de leur propre chef, le maître du monde des ombres et du royaume de la mort, dont l'un des noms était Belzéboul. L'absurdité d'une telle affirmation était évidente, et Jésus la signala aussitôt aux scribes : si tout était comme ils l'affirmaient, ce serait une chance immense, car il apparaîtrait alors qu'une sorte de division s'était produite dans le royaume des ténèbres, de sorte qu'il ne serait plus du tout difficile de lutter contre lui. Il était évident pour tous qu'il ne fallait rien attendre de tel.
Les scribes proposèrent simplement une théorie capable d'expliquer ce qui se passait sans détruire leurs propres concepts, et d'abord leurs concepts messianiques, ainsi que quelques autres. Cet Homme, disaient-ils, transgresse la Loi donnée par Dieu (en réalité, les prescriptions inventées par des hommes et proposées comme interprétation de cette même Loi donnée par Dieu) ; par conséquent, Il ne peut pas être un homme de Dieu ; par conséquent, Il ne peut pas non plus guérir ; et puisqu'Il guérit tout de même, cela signifie... c'est là qu'une nouvelle théorie devenait utile : cela signifie qu'Il guérit par une autre force, non par celle de Dieu. La logique est respectée, mais elle n'a aucun rapport avec la réalité.
Cependant l'homme qui veut se tromper s'efforce de ne pas le remarquer, et de fait ne le remarque pas, tandis que l'esprit l'aide à demeurer dans l'ignorance. Car ce qui détermine la vie de l'homme, ce n'est ni l'esprit ni la logique, mais la volonté, qui force l'homme à choisir et à décider. À choisir, entre autres, ce qu'il veut voir et ce qu'il ne veut pas voir. Et voir ce que l'on désire ou ne pas remarquer ce qui est indésirable n'est pas si difficile : s'il le faut, l'esprit et les sentiments y aideront. Ils ne peuvent en effet pas résister à la volonté, qui détermine qui et quoi l'homme sera devant Dieu et devant les hommes.
13 Puis il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui, |
14 et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, |
15 avec pouvoir de chasser les démons. |
16 Il institua donc les Douze, et il donna à Simon le nom de Pierre, |
17 puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, c'est-à-dire fils du tonnerre, |
18 puis André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d'Alphée, Thaddée, Simon le Zélé, |
19 et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. |
Question intéressante: à quel moment les apôtres deviennent-ils finalement apôtres? Au moment où Jésus les a appelés à Sa suite, chacun à son heure? Le jour où Il les envoie au service? Après Sa résurrection et leur rencontre avec Lui, ressuscité d'entre les morts? Le jour de la Pentecôte? Sans doute est-il impossible de répondre à cette question de façon univoque. Car l'apôtre est avant tout un témoin, témoin du Christ et du Royaume. Et donc il devient apôtre au moment où il commence à témoigner. Mais que considérer comme le commencement? Car, au fond, ce qu'est le Royaume, les apôtres ne l'ont pleinement compris qu'après la Pentecôte, lorsqu'ils ont éprouvé sur eux son souffle. Mais ils sont devenus témoins bien plus tôt! Au fond, la simple disponibilité à suivre Jésus aussitôt après qu'Il les eut appelés à Sa suite peut, en un certain sens, être considérée comme un témoignage.
Mais, bien sûr, le moment où Jésus envoie les douze de Ses plus proches disciples prêcher se révèle réellement décisif sur leur chemin spirituel. Auparavant, ils témoignaient par leur présence même auprès du Maître, par le soutien qu'ils Lui apportaient; désormais, il leur revenait de porter un témoignage autonome, leur propre chemin, bien sûr lié au chemin terrestre de leur Maître, mais tout de même le leur. En même temps, la question se pose naturellement: comment les apôtres pouvaient-ils témoigner du Royaume, qu'ils n'ont vraiment connu que beaucoup plus tard, déjà après la Résurrection et la Pentecôte?
Mais ici, on le voit, se manifeste l'une des lois fondamentales de la vie spirituelle telle qu'elle existe dans notre monde en voie de transformation, mais pas encore transformé, et peut-être pas seulement ici. Il s'agit du fait que, dans la vie spirituelle, ce que l'on pourrait appeler, de façon conventionnelle, l'apprentissage et, tout aussi conventionnellement, la pratique, existent de manière indissociable. On ne peut pas apprendre la vie et la pratique spirituelles comme nous apprenons telle ou telle spécialité dans un établissement d'enseignement secondaire ou supérieur, afin de commencer ensuite à travailler une fois le cursus terminé. Ici, il n'y a même pas la pratique professionnelle habituelle dans de tels établissements. Il faut travailler, pour ainsi dire, directement à la production, en apprenant sans s'en détacher. Un tel apprentissage peut parfois paraître trop difficile et même risqué, mais il semble que ce soit la seule possibilité, du moins dans notre monde déchu. Et Jésus forme Ses disciples précisément ainsi: en chemin vers le Royaume. Afin qu'une fois arrivés là, ils sachent et sachent faire déjà tout ce qui leur sera nécessaire. Du moins pour les premiers temps.
13 Puis il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui, |
14 et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, |
15 avec pouvoir de chasser les démons. |
16 Il institua donc les Douze, et il donna à Simon le nom de Pierre, |
17 puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, c'est-à-dire fils du tonnerre, |
18 puis André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d'Alphée, Thaddée, Simon le Zélé, |
19 et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. |
Sur les routes de Palestine, beaucoup de gens suivaient Jésus, mais tous ne sont pas entrés dans le nombre des douze apôtres. Comme le dit l’évangéliste Marc, Il «appela auprès de lui ceux qu’Il voulut». Le Seigneur prépara ces disciples au service, en leur donnant la force de prêcher le Royaume de Dieu, de guérir les malades et de chasser les démons. Ayant répondu à l’appel du Christ et étant montés avec Lui sur la montagne, ils devinrent des hommes tout différents. N’est-ce pas ce dont témoigne le fait que Simon reçoit un nom tout à fait nouveau – Pierre…
Ayant reçu ces capacités «surnaturelles», les apôtres ne se transformèrent pas en magiciens fiers de leurs pouvoirs miraculeux, parce qu’il n’y avait là aucun mérite de leur part. Jésus appela ceux qu’Il voulut, et non ceux qui étaient plus dignes. Les choses étonnantes accomplies par les mains des apôtres, que nous trouvons dans le livre des Actes, sont l’action du Sauveur Lui-même, et non de ceux qu’Il a Lui-même établis pour ce service. Ces relations entre le Seigneur et les disciples sont pour nous un exemple étonnant de ce qu’est l’humilité.
13 Puis il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui, |
14 et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, |
15 avec pouvoir de chasser les démons. |
Le Seigneur, en descendant sur la terre dans Son abaissement, limite Ses actions aux possibilités humaines. Il ne suffit tout simplement pas pour tous, Il n'est pas en mesure de guérir tous ceux qui le désirent, de parler du Royaume de Dieu à tous ceux qui sont prêts à entendre Sa bonne nouvelle. C'est pourquoi Il appelle à Son aide des disciples : Il les enverra prêcher l'Évangile, guérir les maladies et chasser les esprits mauvais. Il les choisit Lui-même pour ce service, leur donne de nouveaux noms, comme à Ses serviteurs et ambassadeurs. Par la suite, les Douze deviendront le fondement de Son Église.
Pour nous, il est essentiel que les disciples du Christ ne soient pas simplement des adeptes d'un nouvel enseignement, des participants à certaines pratiques spirituelles, des gardiens de certains mystères et rites, mais les envoyés (en grec, les apôtres) de leur Maître, appelés à accomplir Son service, avec Lui et pour Lui. Il y a dans le monde assez de malheurs et d'injustices pour que nous puissions y accomplir notre mission : rendre le monde un peu meilleur, un peu plus ouvert à l'amour de Dieu, y apporter une parcelle de Sa présence. C'est précisément cela qui fait de nous de véritables disciples du Christ.
20 Il vient à la maison et de nouveau la foule se rassemble, au point qu'ils ne pouvaient pas même manger de pain. |
21 Et les siens, l'ayant appris, partirent pour se saisir de lui, car ils disaient : " Il a perdu le sens. " |
22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : " Il est possédé de Béelzéboul ", et encore : " C'est par le prince des démons qu'il expulse les démons. " |
23 Les ayant appelés près de lui, il leur disait en paraboles : " Comment Satan peut-il expulser Satan ? |
24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume-là ne peut subsister. |
25 Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison-là ne pourra se maintenir. |
26 Or, si Satan s'est dressé contre lui-même et s'est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini. |
27 Mais nul ne peut pénétrer dans la maison d'un homme fort et piller ses affaires s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort, et alors il pillera sa maison. |
28 " En vérité, je vous le dis, tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu'ils en auront proféré ; |
29 mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit Saint n'aura jamais de rémission : il est coupable d'une faute éternelle. " |
30 C'est qu'ils disaient : " Il est possédé d'un esprit impur. " |
Le refus de reconnaître l’évidence fait parfois naître les théories et les suppositions les plus étranges. Il en fut ainsi des pharisiens : certains d’entre eux, ne voulant pas voir dans le Messie le Messie, tentèrent d’expliquer les miracles accomplis par Jésus en disant qu’Il recourait à l’aide des puissances des ténèbres.
Une telle supposition devait paraître au minimum étrange à tout homme sans préjugé : Jésus avait en effet chassé à plusieurs reprises des démons hors des hommes, les libérant du pouvoir de ces mêmes puissances ténébreuses dont Il aurait dû se servir, si l’on suivait la logique des pharisiens qui L’accusaient. C’est cette contradiction que Jésus souligne en rejetant l’accusation portée contre Lui : le diable, dit-Il, ne va pas se faire la guerre à lui-même. En même temps, Jésus avertit du péché le plus terrible, celui qui n’est pas pardonné : le péché de blasphème contre l’Esprit Saint. Au premier abord, tout est simple et clair : Il chasse les démons précisément par l’Esprit Saint, et les personnes qui L’accusent considèrent et appellent cet Esprit ténébreux, démoniaque, blasphémant ainsi Dieu.
Mais il y a ici encore un second sens, moins évident, mais parfaitement clair lorsqu’on l’examine de près. Il s’agit de ce mensonge auquel l’homme recourt souvent pour justifier sa propre vision du monde, son attitude envers tels ou tels hommes et événements. En fait, en agissant ainsi, l’homme se trompe lui-même tout en essayant de tromper aussi les autres, et souvent même Dieu, malgré toute l’absurdité de cela. C’est une telle auto-tromperie qui finit par être un blasphème contre l’Esprit.
En effet, si l’homme peut voir la vérité, ne serait-ce que dans une certaine mesure, c’est seulement dans la mesure où Dieu la lui montre. Il s’agit de toute vérité en général, de la possibilité même de voir quelque chose de réellement existant. C’est bien le monde de Dieu, et seule la volonté de Dieu, l’action de Dieu, la détermination de Dieu le rendent réel et vrai. Pour l’homme, le monde se révèle comme quelque chose de réel et de vrai dans la mesure où Dieu le lui montre tel qu’il est.
Le refus de voir le monde tel que Dieu le montre à l’homme est le commencement et la racine du mensonge comme manière de percevoir la réalité. L’auto-tromperie semblable à celle à laquelle les hommes recourent souvent, et à laquelle recoururent notamment les accusateurs de Jésus, signifie justement le refus conscient de percevoir la réalité telle que Dieu la montre à l’homme. Ce refus devient un blasphème contre l’Esprit et n’est pas pardonné, non parce que Dieu serait impitoyable, mais parce que, tant que l’homme ne renonce pas à l’auto-tromperie, il ne pourra ni voir vraiment le monde de Dieu, ni rencontrer Celui qui l’a créé.
20 Il vient à la maison et de nouveau la foule se rassemble, au point qu'ils ne pouvaient pas même manger de pain. |
21 Et les siens, l'ayant appris, partirent pour se saisir de lui, car ils disaient : " Il a perdu le sens. " |
22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : " Il est possédé de Béelzéboul ", et encore : " C'est par le prince des démons qu'il expulse les démons. " |
23 Les ayant appelés près de lui, il leur disait en paraboles : " Comment Satan peut-il expulser Satan ? |
24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume-là ne peut subsister. |
25 Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison-là ne pourra se maintenir. |
26 Or, si Satan s'est dressé contre lui-même et s'est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini. |
27 Mais nul ne peut pénétrer dans la maison d'un homme fort et piller ses affaires s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort, et alors il pillera sa maison. |
Ce qu'il y a peut-être de plus frappant dans le récit de l'évangéliste Marc que nous lisons aujourd'hui, c'est que le Seigneur répond tout simplement à la déclaration scandaleuse des scribes. Une foule nombreuse se rassemble autour de Lui. Il y a tant de gens qu'il n'y a même pas le temps de faire une pause pour le repas. L'un après l'autre, ils s'approchent du Seigneur Jésus avec des questions et des supplications, et la plupart d'entre eux ont besoin de guérison. Il est difficile d'imaginer une telle concentration de souffrance en un seul lieu, et combien cela devait paraître terrible de l'extérieur... Des possédés et des fous, des infirmes et des déguenillés... Ici on peut facilement se souiller, ici on ne trouvera pas de profonde compréhension théologique de la loi, ici il n'y a rien de respectable. Pour un scribe cultivé, ou même simplement pour un homme respecté ayant une position dans la société, il est quelque peu honteux de s'approcher même de cette foule. Aujourd'hui encore, on dit parfois de notre Église que seules des vieilles femmes et des personnes dérangées y vont...
La religion pour laquelle les scribes ont du zèle est, au contraire, très respectable. Elle ne se soucie pas du sort de n'importe quelle racaille ; son but est d'élever l'homme au-dessus de l'aspect peu reluisant du monde souffrant. Le meilleur, seulement le meilleur, est digne de briller par la vertu dans le Royaume du Messie attendu. Et ce prédicateur de Nazareth... La conclusion naturelle pour les scribes : Il fréquente un tel public parce qu'Il est Lui-même l'un d'eux. Et même les miracles manifestes, impossibles à contester, Il les accomplit à cause de la possession.
L'incroyable miséricorde du Christ se manifeste en ce qu'Il accueille encore et encore ces foules de personnes souffrantes, peu attirantes comme toute souffrance. Il est réellement devenu l'un de nous, bien que non au sens où le pensent les scribes. Il est venu partager cette souffrance et apporter dans ces ténèbres Sa Lumière immatérielle. Mais les scribes eux-mêmes, qui ne connaissent pas leur propre faiblesse ni leur propre cécité, qui disent des choses sauvages, offensantes pour tout homme, ne sont pas étrangers à Jésus, même eux. Et, au milieu de cette foule, Il trouve la possibilité de s'adresser aussi à eux dans leur langue. C'est la langue de la sagesse, la langue de la logique, la langue de la théologie. Et le Christ ne refuse qu'une seule chose : l'absence de miséricorde cachée derrière la position des scribes.
20 Il vient à la maison et de nouveau la foule se rassemble, au point qu'ils ne pouvaient pas même manger de pain. |
21 Et les siens, l'ayant appris, partirent pour se saisir de lui, car ils disaient : " Il a perdu le sens. " |
Lorsque Jésus arrivait dans un village, presque tout le monde l’apprenait aussitôt. La foule L’entourait constamment, au point qu’il n’y avait même plus le temps de manger. Si l’on excepte les rares moments où le Sauveur Se retirait pour prier, le Christ et Ses disciples étaient continuellement au service de ceux qui avaient besoin de guérison et d’accompagnement spirituel. Une vie aussi étrange, orientée avant tout vers l’aide aux autres plutôt que vers son propre bien-être, ne pouvait manquer d’étonner l’entourage. Cela devait paraître particulièrement étrange à Ses proches, qui se souvenaient bien du temps de Nazareth, lorsque Jésus était un simple charpentier inconnu de tous. À leurs yeux, Il semblait avoir soudain cessé d’être Lui-même, perdu la raison et le bon sens.
L’évangéliste raconte cela immédiatement après le choix des Douze, lorsque plusieurs apôtres reçurent le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons. On pourrait penser que le respect et les honneurs de tous leur étaient désormais assurés, mais chacun n’est pas capable d’accepter facilement leur manière de vivre. Dans ce cas, la décision de vivre selon sa vocation non seulement ne garantit aucun avantage, mais entraîne le plus souvent l’incompréhension et la condamnation.
22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : " Il est possédé de Béelzéboul ", et encore : " C'est par le prince des démons qu'il expulse les démons. " |
23 Les ayant appelés près de lui, il leur disait en paraboles : " Comment Satan peut-il expulser Satan ? |
24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume-là ne peut subsister. |
25 Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison-là ne pourra se maintenir. |
26 Or, si Satan s'est dressé contre lui-même et s'est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini. |
27 Mais nul ne peut pénétrer dans la maison d'un homme fort et piller ses affaires s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort, et alors il pillera sa maison. |
28 " En vérité, je vous le dis, tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu'ils en auront proféré ; |
29 mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit Saint n'aura jamais de rémission : il est coupable d'une faute éternelle. " |
30 C'est qu'ils disaient : " Il est possédé d'un esprit impur. " |
Les scribes instruits discutent constamment avec Jésus, ne L'acceptent pas et essaient de Le prendre au piège dans Ses paroles. Mais maintenant ils commettent une énormité manifeste: ils montrent le blanc et disent «noir». Le Seigneur guérit les maladies, chasse les démons, en un mot foule aux pieds le pouvoir de Satan dans ce monde, et eux sont prêts à attribuer Ses actes au prince des ténèbres lui-même. Le Seigneur avait déjà dit que l'arbre se reconnaît à ses fruits; aujourd'hui Il parle encore plus clairement: une œuvre bonne ne vient que de Dieu, et si nous ne le reconnaissons pas, nous sommes proches du blasphème contre l'Esprit Saint. Si nous apprenons à voir le bien dans les personnes, dans leurs relations, dans la nature, en nous-mêmes, nous apprendrons à voir l'action et la présence de Dieu dans ce monde. Si nous Le remercions pour tout le bien que nous rencontrons sur notre chemin, nous ne confondrons jamais le blanc et le noir, le bien et le mal, l'action du démon et l'action de l'Esprit Saint.
28 " En vérité, je vous le dis, tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu'ils en auront proféré ; |
29 mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit Saint n'aura jamais de rémission : il est coupable d'une faute éternelle. " |
Il vaut la peine de prêter attention à ces paroles du Christ : « tous les péchés et blasphèmes seront pardonnés ». Or nous savons bien quels sont nos péchés. Comment, cela aussi sera pardonné ? Oui, ce sera pardonné, parce que Jésus le dit, et Sa parole est vraie.
Et donc, simplement ainsi, sans aucune condition ? Presque. Car il nous faut encore recevoir ce pardon : toutes nos relations avec Dieu ont deux côtés, le Sien et le nôtre. Son côté s'accomplit selon Sa promesse, grâce au sacrifice rédempteur du Christ ; mais le nôtre... Jésus dit que, pour que nous soyons pardonnés, nous devons nous aussi pardonner. Autrement dit, nous devons consentir à ce que le pardon soit précisément le chemin le plus juste dans la résolution des conflits, dans la restauration des relations rompues. Le pardon est miséricorde, commencement de l'amour ; par notre consentement, nous reconnaissons donc la primauté suprême de l'amour, nous acceptons que Dieu est amour. Refuser ce chemin signifie refuser l'amour, et par conséquent refuser l'amour de Dieu. Voilà le blasphème contre l'Esprit Saint : refuser à Dieu ce qu'Il est, l'amour. Alors, quelle miséricorde pour celui qui n'accueille pas la miséricorde, quel pardon pour celui qui n'accueille pas le pardon ? On ne peut pas pardonner ni sauver de force.
31 Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler. |
32 Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit : " Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont là dehors qui te cherchent. " |
33 Il leur répond : " Qui est ma mère ? et mes frères ? " |
34 Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
35 Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " |
Dans L'Evangile on trouve très souvent des réflexion sur la récompense qui peut être donnée a celui qui suit le Christ. Cette récompense est différente pour chacun de nous. L'un cherche "la bénédiction" de la richesse, le confort, ou la santé ; pour l'autre ce sera le progrès dans la vie spirituelle. Qui a le courage même de penser à la récompense que Jésus nous a promise dans cette lecture : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère. » C'est-à-dire que l’on peut devenir ses parents ; devenir Sa Famille. Nous essayons d'être ouvriers dans Son Royaume, Son troupeau, Sa communauté, élèves autour de leur Maître. Mais Il nous propose beaucoup plus : tout simplement d'être Sa Famille, de rentrer avec Lui dans une relation fraternelle. Les hommes n'ont jamais pu imaginer cette possibilité: devenir les parents de Dieu. Jésus lui-même ouvre pour nous ce chemin.
31 Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler. |
32 Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit : " Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont là dehors qui te cherchent. " |
33 Il leur répond : " Qui est ma mère ? et mes frères ? " |
34 Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
35 Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " |
La réponse de Jésus à la demande de Ses proches qui voulaient Le voir peut paraître trop dure. Pourtant, dans d’autres cas, Il érige cette dureté en principe : celui qui ne hait pas son père et sa mère, dit-Il, ne pourra pas être Mon disciple. Bien sûr, il faut comprendre ici la haine au sens biblique, dans un sens plus large que celui auquel nous sommes habitués. Pour nous, la haine est inséparable du désir de détruire ce qui est haï, de faire en sorte que cela disparaisse de la surface de la terre. Dans la Bible, la haine peut être cela aussi, mais pas toujours : souvent, elle suppose seulement le désir d’exclure quelque chose de sa propre vie, en cessant complètement toute interaction avec ce qui est haï ou, s’il s’agit de personnes, toute relation.
Cela signifie-t-il que Jésus veut exclure Ses proches de Sa propre vie et conseille la même chose aux autres ? À première vue, on pourrait croire que c’est bien le cas. Bien sûr, s’il s’agit de Lui-même et, dans certains cas, de tel ou tel de Ses disciples, un tel choix peut être considéré comme le seul possible : ce sont simplement les particularités du service et du chemin, qui excluent toute relation familiale ou de parenté. L’histoire et la pratique chrétiennes connaissent un tel chemin, même si l’appel à celui-ci est un phénomène assez rare ; il ne s’agit pas ici de la règle, mais de ses exceptions.
Cependant, il y a aussi autre chose ici : la négation du caractère absolu et de la valeur en soi des liens et des relations naturelles de parenté. Pour l’humanité déchue, la parenté, surtout la parenté de sang, est l’un des principaux liens psychophysiques sur lesquels beaucoup de choses reposent. La physiologie y forme un alliage solide avec le psychisme inférieur propre à l’homme déchu, et cet alliage unit les proches en un seul tout ; parfois eux-mêmes n’en sont pas heureux, mais ils ne peuvent absolument rien y faire, car la nature de l’homme déchu est d’ordinaire plus forte que son esprit.
De tels liens sont absolument incompatibles avec le Royaume et sa vie, ce dont Jésus témoigne avec toute la fermeté possible. Ils sont incompatibles non parce qu’une telle parenté serait mauvaise en soi, mais parce que les relations de ce genre et les liens qui les engendrent restent d’ordinaire très peu conscients pour les personnes mêmes qui y sont liées ; leur composante spirituelle, si elle n’est pas égale à zéro, tend donc vers zéro. Les relations doivent devenir autres, elles doivent être déterminées non par le sang, mais par l’esprit ; alors elles deviendront aptes au Royaume. Ce sera pourtant déjà une autre parenté, qui ne se réduit pas à la seule nature, une parenté consciemment édifiée par ceux qui la veulent et y aspirent.
31 Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler. |
32 Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit : " Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont là dehors qui te cherchent. " |
33 Il leur répond : " Qui est ma mère ? et mes frères ? " |
34 Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : " Voici ma mère et mes frères. |
35 Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. " |
L’Évangile parle souvent de la récompense que recevront ceux qui suivront le Seigneur. Chacun se représente cette récompense à sa manière. Pour certains, c’est une « bénédiction » sous la forme de richesse, d’aisance, de confort ou de santé dans cette vie ; pour d’autres, c’est la délivrance des tourments après la mort ; pour d’autres encore, c’est la réussite dans la vie spirituelle. Mais peu d’entre nous oseraient penser à la récompense dont parle le Christ dans la lecture d’aujourd’hui : celui qui accomplit la volonté de Dieu deviendra Son frère, Sa sœur et Sa mère, c’est-à-dire ce qu’un homme peut avoir de plus cher, Sa famille. Non pas seulement des ouvriers salariés dans Son Royaume, non pas seulement Son troupeau, non pas seulement une communauté rassemblée autour du Maître, mais une famille au sens le plus direct : il entretiendra avec le Christ des relations semblables à celles de frères qui s’aiment, d’un frère et d’une sœur, ou d’une mère et de son fils. Oui, cela dépasse peut-être notre imagination. Les hommes n’auraient pas pu concevoir une telle « récompense pour bonne conduite » : devenir parents de Dieu. Lui seul pouvait révéler cela à ceux qui peuvent l’accueillir.
7 Jésus avec ses disciples se retira vers la mer et une grande multitude le suivit de la Galilée; et de la Judée, |
8 de Jérusalem, de l'Idumée, de la Transjordane, des environs de Tyr et de Sidon, une grande multitude, ayant entendu tout ce qu'il faisait, vint à lui. |
9 Et il dit à ses disciples qu'une petite barque fût tenue à sa disposition, à cause de la foule, pour qu'ils ne l'écrasent pas. |
10 Car il en guérit beaucoup, si bien que tous ceux qui avaient des infirmités se jetaient sur lui pour le toucher. |
11 Et les esprits impurs, lorsqu'ils le voyaient, se jetaient à ses pieds et criaient en disant : " Tu es le Fils de Dieu ! " |
12 Et il leur enjoignait avec force de ne pas le faire connaître. |
13 Puis il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui, |
14 et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, |
15 avec pouvoir de chasser les démons. |
16 Il institua donc les Douze, et il donna à Simon le nom de Pierre, |
17 puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, c'est-à-dire fils du tonnerre, |
18 puis André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d'Alphée, Thaddée, Simon le Zélé, |
19 et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. |
Le choix des apôtres chez Marc est présenté comme une partie du ministère terrestre du Sauveur, de Son chemin terrestre. L'accent principal est alors mis sur les guérisons et les purifications, ce qui n'a rien d'étonnant : car la guérison et la libération des forces obscures sont précisément les principales manifestations, dans le monde déchu, du Royaume, de son souffle, de sa force. Sur un tel fond, le sens de l'appel des apôtres et le sens de leur ministère deviennent particulièrement évidents.
« Apôtre » signifie littéralement « envoyé ». Aux temps évangéliques, le ministère des apôtres était communautaire : il s'agissait en règle générale de représentants de telle ou telle communauté envoyés vers d'autres afin de témoigner de quelque chose d'important arrivé dans la communauté qui avait envoyé les apôtres. Il pouvait s'agir d'un miracle, d'une prophétie importante, ou en général d'un événement dont la portée spirituelle dépassait les limites de la communauté où il s'était produit.
Dans le cas présent, cet événement était la venue du Messie et le fait que le Royaume, selon Sa propre parole, « s'était approché ». Ce Royaume approché, prêt à entrer dans notre monde, était le principal événement que devaient annoncer les apôtres envoyés par Jésus. Des paroles seules, toutefois, ne suffisaient pas : il fallait témoigner par des actes que le Royaume était réellement proche.
Ces actes furent les guérisons accomplies par les apôtres avec la force de leur Maître : elles témoignaient que la force du Royaume n'appartient pas seulement à Celui qui l'a apporté dans le monde, qu'elle peut se manifester à travers chacun de ceux qui ont rapport au Royaume et à sa vie. Si seul le Sauveur Lui-même avait pu accomplir des miracles et des guérisons, cela aurait signifié que Lui, comme Dieu-homme possédant une nature tout à fait particulière, avait apporté dans le monde quelque chose qui ne peut véritablement appartenir qu'à Lui et à personne d'autre.
Mais si Ses disciples peuvent accomplir les mêmes miracles et les mêmes guérisons, cela signifie qu'eux aussi peuvent devenir habitants du Royaume, qu'ils peuvent devenir, bien sûr à la mesure de leur plénitude humaine, semblables à Lui, vivre d'une même vie avec Lui, qui ne sera pas qualitativement différente de Sa vie. Une telle perspective ouvrait la possibilité non seulement d'une participation temporaire de l'homme à la vie du Royaume, mais de la transfiguration complète de la nature humaine elle-même, qui fera de l'homme un habitant du Royaume non seulement par participation, mais aussi par nature ; et donc le Royaume et sa vie seront donnés à l'homme non pour un temps, mais pour toujours.
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