Le récit de la corruption du genre humain avant le déluge suscite énormément de questions ; peu de passages...
Le récit de la corruption du genre humain avant le déluge suscite énormément de questions ; peu de passages de l’Écriture sainte peuvent lui être comparés à cet égard. Mais voici ce qui est étonnant : ces questions, évidentes à première vue, se révèlent, à y regarder de près, largement vaines. En effet, nous voulons beaucoup savoir qui sont donc les fils de Dieu qui allaient vers les filles des hommes ; nous ne pouvons tout simplement pas vivre sans découvrir qui sont les géants, ces hommes fameux depuis les temps anciens. Pourtant, qu’est-ce que cela changera pour nous selon telle ou telle réponse ?
Ici, comme en beaucoup d’autres endroits, le récit biblique utilise le mariage comme symbole des relations de l’homme avec Dieu, et c’est un symbole très riche de sens. Le culte religieux apparaît comme apparenté à cette union essentielle d’êtres différents qu’est le mariage. Il est caractéristique que l’homme y apparaisse comme le principe féminin, qui a besoin de protection et que l’objet de son adoration assume la responsabilité de l’homme. Il s’agit donc d’événements de l’histoire religieuse. Quant aux fils, la Bible appelle le plus souvent ainsi, au sens figuré, ceux qui participent à la nature de quelqu’un ou de quelque chose. Tel est le sens de nombreuses expressions bibliques, depuis le « Fils de l’homme » jusqu’aux « fils de la désobéissance ». Les fils de Dieu mentionnés au début du chapitre 6 de la Genèse sont des êtres participant à une nature immatérielle, spirituelle ; pour parler simplement, des esprits incorporels. Ainsi, nous avons devant nous le récit de l’apparition du paganisme, de ce moment où l’homme, « devenu vain dans ses raisonnements », comme le dit l’apôtre Paul, a commencé à adorer des esprits créés au lieu d’adorer le Dieu unique. C’est de là que sont apparus sur la terre les géants : des hommes possédant, grâce à leur union avec ces esprits, des possibilités inhabituelles pour les hommes, et non prévues par le Créateur. Voilà, au fond, tout. Mais dans le récit de l’auteur biblique, ce n’est pas du tout la seule chose importante.
En lisant ce qui a conduit au déluge, on ne peut manquer de prêter attention aux paroles que l’auteur biblique met dans la bouche du Créateur. « Mon Esprit ne sera pas toujours méprisé par les hommes », dit-Il lorsque surgit le paganisme. C’est une promesse grandiose, saisissante, où nous est manifestée la grande miséricorde de Dieu. Car en disant que la séduction du genre humain dans une grande tromperie serait temporaire, le Seigneur promet par là même de vaincre cette folie et d’y mettre fin. Plus encore, Sa volonté est qu’une union d’amour lie l’homme à la Source même de la vie du monde, à l’Esprit Saint. Et le Tout-Puissant fixe une limite à la vie terrestre des hommes afin de nous donner la possibilité de Le rencontrer face à face ! Quelle pensée inattendue ! L’Écriture dit que Dieu n’a pas créé la mort ; ici, il est aussi question du fait qu’Il désire ramener à l’éternité l’homme qui s’en est détaché.
On ne peut manquer non plus de prêter attention aux mots : « ...le Seigneur se repentit d’avoir créé l’homme... » D’ordinaire, nous pensons que Dieu, comme un ingénieur malheureux, a regretté ce qu’Il avait « fabriqué » ; non, bien sûr, il ne s’agit pas de cela. Même la trahison de l’homme n’est pas capable de surpasser la volonté de Dieu de nous donner la vie. Les mots clés de cette phrase viennent ensuite, lorsque l’auteur biblique dit que le Seigneur « fut affligé dans Son cœur ». Dans la prière attribuée au roi Manassé (2 Ch 36:22a et suiv.), il est dit de Dieu : « Tu es le Seigneur très-haut, bon, patient, très miséricordieux, et Tu Te repens des méchancetés humaines » ; cette citation est entrée dans l’une des prières du sacrement de la pénitence. Voici ce que dit l’Écriture : le Seigneur s’afflige du mal que nous commettons. L’affliction et le repentir « des méchancetés humaines » dont parle l’auteur biblique au chapitre 6 sont une prophétie de la prière de la Croix, où le Seigneur dit : « Pardonne-leur, Père, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Ce mystère de la miséricorde est l’essentiel du passage d’aujourd’hui. La compréhension humaine du repentir, propre à nous comme à l’auteur biblique, ne doit pas nous empêcher de le toucher.