En parlant de l'adoption comme état spirituel du chrétien, Paul prolonge d'une manière tout à fait inattendue la tradition liée aux paraboles du Sauveur lui-même et enracinée dans la prédication des derniers prophètes. Il s'agit de décrire les relations de l'homme avec Dieu à partir des relations...
En parlant de l'adoption comme état spirituel du chrétien, Paul prolonge d'une manière tout à fait inattendue la tradition liée aux paraboles du Sauveur lui-même et enracinée dans la prédication des derniers prophètes. Il s'agit de décrire les relations de l'homme avec Dieu à partir des relations familiales, tantôt conjugales, tantôt filiales. Déjà Osée disait que les relations entre Dieu et un homme particulier (ou même tout un peuple) ressemblent à des relations familiales, conjugales : dans une famille normale, personne ne s'appuie sur la loi ; le contrat de mariage est d'ordinaire signé en prévision d'un divorce, et les époux heureux y pensent rarement.
Il en va de même de l'alliance que le peuple juif a conclue avec Dieu : si l'on exige de Dieu ce qui est dû selon la loi, on risque de ne rien recevoir. Le peuple a trop souvent et trop gravement violé les lois qui étaient la condition de l'alliance pour pouvoir désormais compter sur quoi que ce soit. Mais si Dieu les traite comme Ses enfants, sans se régler sur la loi, en suivant seulement cet amour dont Il est plein même envers le pécheur, alors, peut-être, peut-on encore espérer quelque chose...
Dans les paraboles du Sauveur, ce thème « familial » se poursuit : dans la maison, on peut être esclave, salarié, fils du maître. L'esclave comme le salarié ne peuvent compter que sur ce qui leur revient selon la loi, et le salarié, selon la loi, peut recevoir davantage que l'esclave. Mais, dans certaines conditions, l'esclave peut être adopté : il s'agit en effet de l'esclavage patriarcal, où l'esclave ne se distinguait pas tellement du plus jeune membre de la famille.
Les Juifs n'ont jamais connu d'autre esclavage. L'esclave est membre de la maisonnée, le salarié est un étranger. L'étranger ne peut compter sur rien, tandis que le membre de la maisonnée a toujours une espérance. Paul ajoute ceci : selon la loi, nous sommes tous esclaves, mais il y a Celui qui peut nous aider à recevoir l'adoption, si nous le voulons et si nous nous adressons à Lui. Dans la maison du Père, on ne peut obtenir l'adoption autrement ; mais en s'adressant à Celui que le Père envoie pour libérer Ses esclaves, on peut cesser d'être esclave et devenir fils de son Père. Gratuitement. Et recevoir en héritage le Royaume. Gratuitement aussi. Non selon la loi, mais selon l'amour.