Les paroles de Jésus sur son unité avec le Père, prononcées pendant la dernière Cène, se chargent d'un sens nouveau par rapport à celui qu'elles avaient auparavant. Jésus parle maintenant de cette unité comme du chemin, de la vérité et de la vie. Sa vie elle-même se révèle non seulement la plénitude de la vérité vivante, mais aussi l'incarnation vivante du chemin que chacun doit parcourir, le chemin du Royaume. À cette époque, les notions de chemin, de vérité et de vie étaient traditionnellement associées à la Torah. La Torah était considérée comme le chemin, chemin de vérité et chemin de vie, qui conduisait celui qui le suivait vers Dieu et jusqu'au seuil du Royaume messianique. L'idéal était une Torah vivante, que l'homme pouvait devenir si sa vie lui correspondait entièrement.
En se nommant le chemin, la vérité et la vie, Jésus parle de lui-même comme de la Torah vivante. Mais son chemin devient le chemin du Royaume. Dans sa relation avec le Père existe une dynamique qui se révèle au monde comme la dynamique du Royaume qui y entre. Il va vers le Père, et le Royaume entre dans le monde. Tel est le chemin de l'Homme qui a révélé au monde la Torah dans toute sa plénitude, la Torah vivante. Mais tel est aussi le chemin de chaque chrétien, de quiconque veut suivre le Christ dans son Royaume et parcourir ce chemin jusqu'au bout.
Le Sauveur s'en va afin qu'une place dans son Royaume se trouve pour chacun de ses disciples et de ceux qui le suivent. Mais pour devenir véritablement son disciple, pour parvenir jusqu'aux demeures du Royaume qu'il promet de préparer pour eux, il faut répéter son chemin. Non l'imiter extérieurement, mais le répéter dans son essence, le parcourir soi-même et devenir soi-même une Torah vivante.
Bien sûr, l'homme ne demeure pas seul sur ce chemin; autrement, personne ne pourrait devenir une Torah vivante, car cela est impossible à un homme pécheur sans l'aide d'en haut. Pourtant chacun doit marcher lui-même. On peut aider un homme à marcher, mais seulement s'il marche au lieu de rester assis à l'écart. C'est à ce chemin que Jésus appelle ses disciples. Il est certain qu'ils le connaissent, car lui-même se tient devant leurs yeux comme un exemple vivant. Ils ne voient ni ne comprennent encore tout, bien sûr, mais ce qu'ils ne voient ni ne comprennent encore ne peut être compris que par leur propre expérience, que chacun d'eux acquerra en son temps. Les paroles sont inutiles ici. Jésus a déjà dit l'essentiel à ses disciples; le reste leur deviendra clair lorsqu'ils se mettront en chemin.
