Pour Paul, la résurrection du Christ d'entre les morts est la pierre angulaire de tout le christianisme. D'ailleurs, le christianisme a toujours reposé précisément sur la foi en la résurrection de chaque personne d'entre les morts, ainsi que sur la conviction que la résurrection du Sauveur avait inauguré ce processus. Et il ne s'agit pas seulement du fait que...
Pour Paul, la résurrection du Christ d'entre les morts est la pierre angulaire de tout le christianisme. D'ailleurs, le christianisme a toujours reposé précisément sur la foi en la résurrection de chaque personne d'entre les morts, ainsi que sur la conviction que la résurrection du Sauveur avait inauguré ce processus. Et il ne s'agit pas seulement du fait que, sans vie après la mort, la vie terrestre d'une personne se révèle en grande partie dépourvue de sens.
Dans l'Antiquité, la croyance en l'immortalité de l'âme et en la rétribution après la mort était propre aux Égyptiens, en partie aux Grecs, ainsi qu'à certains autres peuples. Mais la Bible parle d'autre chose. Il ne s'agit pas ici du fait qu'une partie de la personne humaine, fût-elle la plus importante, subsiste après la mort et que la personne continue ainsi à vivre, en gardant mémoire et conscience d'elle-même. La Bible parle de davantage : elle parle de la résurrection, du retour à la vie de la personne tout entière, et d'une vie pleine, non de la vie partielle et limitée que serait inévitablement celle de l'âme seule. Car, malgré toute son importance, l'âme n'est qu'une partie de la personne humaine, et non la personne dans son intégralité.
Mais pour que la résurrection de l'être humain devienne possible, le monde devait changer. La mort et le mal qui l'avait engendrée devaient être chassés du monde dans lequel ils étaient entrés après la Chute. Le monde devait redevenir le Royaume de Dieu, tel qu'il avait déjà été au premier jour de la création : en ce premier jour, il n'y avait dans le monde ni ténèbres ni mal ; il était entièrement pénétré par la lumière de la présence de Dieu, qui faisait de lui le Royaume du Dieu vivant et parfaitement réel. C'est précisément ainsi que Dieu veut voir le monde, et il ne se contente de rien de moins. Selon son dessein, l'être humain doit devenir un habitant de ce monde et y acquérir une plénitude de vie inconcevable aujourd'hui.
La résurrection du Christ d'entre les morts est devenue le centre de ce processus. Le salut de l'être humain consiste à prendre part à la résurrection universelle ; autrement, il lui faudra renoncer au Royaume. L'apôtre comprend parfaitement tout cela et ne se lasse pas de le rappeler aux autres, car rester à l'écart de ce qui se passe signifie tout perdre. Le christianisme perd alors lui aussi tout son sens, se transformant en religion, en enseignement—bref, en quelque chose qui ne peut, par lui-même, faire participer à la vie du Royaume. Et vivre de discours sur un Royaume vers lequel on ne marche pas signifie véritablement être le plus malheureux des êtres humains.
13 z) Si l’on nie la résurrection des morts, on nie aussi le cas particulier qu’est la résurrection du Christ. Autre interprétation la résurrection du Christ n’a de sens que comme prémices de la nôtre. Si celle-ci est niée, celle du Christ n’a plus de sens. Mais cette considération n’intervient qu’au v. 20.
14 a) Tous les aspects du message chrétien et de la foi qui lui correspond n’ont de sens que par rapport à la réalité centrale le Christ ressuscité. Sans elle, tout s’effondre.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.