La lecture d'aujourd'hui est consacrée au thème central de la prédication d'Amos: le jour de Yahvé, dans la traduction synodale russe «le jour du Seigneur»...
La lecture d'aujourd'hui est consacrée au thème central de la prédication d'Amos: le jour de Yahvé, dans la traduction synodale russe «le jour du Seigneur» (v. 18-20). Il s'agit, semble-t-il, d'une fête particulière qui existait avant l'exil et se célébrait à l'automne, sans doute à peu près au temps où l'on célèbre Yom Kippour. Traditionnellement, c'était le jour du triomphe de Yahvé comme Dieu d'Israël et le jour du jugement de tous les ennemis du peuple de Dieu. Il n'est pas étonnant que les habitants du Royaume du Nord, comme tous les Juifs, l'aient attendu comme le jour du triomphe de leur Dieu, et donc aussi du leur.
Cependant Amos voit le jour de Yahvé tout autrement. Pour lui aussi, c'est un jour de Jugement, mais non sur les ennemis du peuple de Dieu: sur Israël lui-même. Il comprend que le Jugement, pour parler comme Paul, «commence par la maison de Dieu». Pour les contemporains d'Amos, cette compréhension était nouvelle et inattendue: ils étaient sûrs qu'en tout cas aucun Jugement ne les menaçait, puisqu'ils se trouvaient du bon côté dans l'affrontement entre Dieu et Ses ennemis. Personne, semble-t-il, ne pensait au fait qu'ils n'avaient aucun mérite propre à être nés Juifs.
Mais la prédication d'Amos sur le Jugement était nouvelle sous un autre rapport encore. La représentation traditionnelle du Jugement était liée à une sorte de rituel comprenant l'évaluation de l'homme selon certains critères. En fait, le Jugement était une sorte d'épreuve de conformité à ces critères. Pour Amos, le Jugement n'est manifestement pas cela. Ce n'est pas par hasard qu'il avertit que le jour du Jugement peut facilement devenir pour beaucoup non pas un jour de lumière, mais un jour de ténèbres (v. 18, 20).
Aux temps d'Amos, les théophanies étaient associées par les croyants yahvistes précisément à la lumière, à la splendeur par laquelle Dieu marquait le lieu de Sa présence. Comment donc le jour du triomphe de Yahvé pouvait-il devenir un jour de ténèbres? Cela ne serait possible, manifestement, que si ceux qui voulaient voir cette présence lumineuse, en venant au Temple, ne voyaient rien. Quand se trouve devant les yeux de l'homme quelque chose qu'il ne peut ni voir, ni entendre, ni percevoir autrement, cet imperceptible devient pour lui une obscurité impénétrable. Alors il devient clair que, pour Amos, le Jugement n'est pas un test de conformité à quelque critère que ce soit, même le plus strict. Le Jugement est pour lui le moment de la rencontre de l'homme avec Dieu face à face. Dès lors, seul l'état spirituel de celui qui vient au Jugement détermine si ce jour sera pour lui un jour de lumière ou un jour de ténèbres. Ce n'est pas Dieu qui condamne l'homme au Jugement, mais ses propres péchés. Et ce sont eux qui transforment la lumière de Dieu en ténèbres impénétrables.