Il existe dans l'Évangile un aspect important qu'il est douloureux à notre conscience d'affronter et que nous avons donc tendance à ne pas remarquer. L'Évangile, comme toute la Bible, parle de vie et de mort et ne se contente de rien de moindre. En l'oubliant, nous avons appris à percevoir le christianisme comme un mythe rose bonbon, le transformant en ce qu'un penseur peu séduisant appelait l'opium du peuple. Mais tout le sens de l'Évangile réside précisément dans cette tension du choix entre la vie et la mort. Les interprétations du genre « de toute façon, tout finira bien » sont très attrayantes et populaires, et pas seulement au XXe siècle. Mais si nous fermons les yeux sur la possibilité de nous perdre, la possibilité d'être sauvés devient elle aussi illusoire, et la vie elle-même se transforme en une sorte d'idéologie doucereuse.
C'est pourquoi l'interprétation que le Seigneur lui-même donne de la parabole du bon grain et de l'ivraie dans le passage d'aujourd'hui de l'Évangile selon Matthieu est si importante. Ne laissant aucune place à d'autres interprétations, il parle de la perte de ceux qui pratiquent l'iniquité et du salut des justes. Il existe encore toute une série de passages du Nouveau Testament où le Christ dit la même chose: la possibilité de se perdre et celle d'être sauvé sont parfaitement réelles.
Une autre difficulté tient à ce que nous commençons aussitôt à regarder autour de nous, cherchant à distinguer qui sont les fils des ténèbres et qui sont ceux du Royaume. C'est pourquoi il est si important de se souvenir que le Seigneur te parle, de toi et de personne d'autre. Ce sont deux possibilités de ton destin et de celui de nul autre. Paraphrasant les paroles du Christ aujourd'hui, l'apôtre Paul propose dans sa lettre aux Corinthiens une image très vive: « Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais un seul obtient le prix? Courez donc de manière à l'obtenir » (1 Co 9:24).
