Le Deutéronome reprend les lois sur les esclaves que nous voyons aussi dans le Livre de l'Exode. Elles ont sans aucun doute un sens bien déterminé dans le contexte de la société tribale où elles sont apparues...
Le Deutéronome reprend les lois sur les esclaves que nous voyons aussi dans le Livre de l'Exode. Elles ont sans aucun doute un sens bien déterminé dans le contexte de la société tribale où elles sont apparues. Le fait est que l'esclavage pour dettes pouvait facilement conduire à une stratification patrimoniale très sérieuse, puis sociale, qui, dans les conditions d'une propriété foncière principalement communautaire, aurait inévitablement engendré une instabilité sociale. Des esclaves qui, finalement, n'auraient plus rien à perdre, et cela en grand nombre, pouvaient représenter un grave danger public.
Contrairement à des représentations aujourd'hui assez répandues, le travail servile, s'il fut parfois efficace dans l'Antiquité, ne le fut que dans certains cas et dans des conditions bien déterminées, qui n'existaient pas dans la société hébraïque. C'est pourquoi l'esclavage de masse fut dans l'Antiquité un phénomène relativement rare et plutôt local. Les Hébreux ne l'ont jamais connu : dans la société hébraïque, l'esclavage resta toujours domestique, patriarcal, lorsque l'esclave était regardé comme un membre de la maisonnée, bien que privé de droits égaux ; son statut rappelait celui d'un membre mineur de la famille ou d'un grand clan patriarcal.
Ce n'est pas un hasard si, en hébreu, « esclave » et « adolescent » se disent par le même mot. Mais si l'esclavage était devenu massif, les conséquences auraient été tout à fait imprévisibles. C'est justement ce que les lois sur les esclaves permettaient d'éviter.
Il y avait cependant autre chose : la compréhension que l'homme n'est pas simplement un élément de la société qui le détermine entièrement, lui et son existence. L'homme ne peut pas et ne doit pas être l'esclave de l'ordre socio-économique dans lequel il lui faut vivre. Et cela non pas seulement parce que cet ordre est mauvais, même si dans le monde déchu il ne peut en aucune manière être bon, puisqu'il n'y a ici que le choix entre le mauvais et le très mauvais.
L'homme est d'abord et avant tout image de Dieu, et seulement ensuite sujet de quelque relation impersonnelle que ce soit. Les dettes, bien sûr, doivent être remboursées, mais l'homme ne doit pas se perdre lui-même comme image de Dieu, ni perdre sa liberté devant Dieu et les hommes à cause de dettes qu'il ne peut pas payer pour quelque raison objective. Objective, car un homme normal et en bonne santé est capable, en sept ans, de travailler pour rembourser toute dette qui soit tant soit peu proportionnée à ses possibilités. S'il n'a pas réussi à le faire en sept ans, il n'y réussira très vraisemblablement pas par la suite. Mais laisser un homme esclave jusqu'à la fin de sa vie signifie ignorer en lui l'image de Dieu, ce que la Torah ne peut naturellement pas admettre. De là vient le compromis qu'elle propose entre les exigences de la société et cette liberté dont l'homme a besoin pour une vie pleine devant Dieu.