Au terme de sa réflexion sur la vie spirituelle du chrétien, Jean revient une fois encore à la question du péché et du Royaume. L'apôtre affirme que la plénitude de la vie du Royaume est liée à la personne de Jésus-Christ. Le Père céleste témoigne de la vie dont le Fils — le Messie — a apporté la plénitude au monde...
Au terme de sa réflexion sur la vie spirituelle du chrétien, Jean revient une fois encore à la question du péché et du Royaume. L'apôtre affirme que la plénitude de la vie du Royaume est liée à la personne de Jésus-Christ. Le Père céleste témoigne de la vie dont le Fils — le Messie — a apporté la plénitude au monde. Et le souffle de Dieu parle de cette même vie, la rappelant à tous ceux qu'il touche. Il s'agit ici d'une réalité non pas religieuse, mais spirituelle, qui existe avant toute religion et au-dessus d'elle. Depuis la venue du Christ dans le monde et le commencement de l'histoire du Royaume, quiconque cherche Dieu entre inévitablement en contact avec le Royaume et rencontrera tôt ou tard le Christ, à condition, bien sûr, de ne pas quitter le chemin et de le parcourir jusqu'au bout.
Jean parle ici du christianisme non comme d'une nouvelle religion dotée d'une nouvelle doctrine, mais comme d'une vie nouvelle, dont la réalité est aussi objective que toute autre réalité et ne dépend nullement de ce qu'une personne croit ou des opinions qu'elle professe. Mais que cette réalité nouvelle ait ou non un rapport avec la vie d'une personne donnée, cela dépend de cette personne elle-même.
Personne n'entraîne personne de force dans le Royaume ; on peut, pour un temps, ignorer complètement sa présence dans le monde. Mais si l'on choisit malgré tout la voie chrétienne, la question du péché se pose de manière incontournable. Jean, lui, parle de péchés qui conduisent à la mort et de péchés qui n'y conduisent pas. Ces paroles de l'apôtre ont même donné naissance, dans l'histoire de l'Église, à toute une série de conceptions sur les péchés mortels, sur ceux qu'il faut considérer comme tels et ceux qui ne le sont pas.
Pourtant, à la lumière de tout ce que Jean a dit du péché et de la justice, il n'est pas difficile de comprendre que le péché qui conduit à la mort est un péché conscient et volontaire, un péché dont on ne se repent pas parce qu'on le choisit délibérément, en sachant à quoi l'on s'engage. Ce n'est pas que ce choix conscient rende le péché plus grave, mais que, par son choix, l'homme s'identifie au péché et ne fait plus qu'un avec lui.
Dieu pourrait, certes, même dans ce cas, séparer l'homme de son péché, mais une telle séparation violerait alors sa liberté : cela reviendrait à dire qu'il a choisi une chose et que Dieu, contre son gré, lui en impose une autre. Ainsi, celui qui choisit consciemment le péché finit, s'il confirme ce choix avec constance, encore et encore, sans se repentir de rien, par se trouver hors du Royaume : car le péché n'a pas sa place dans le Royaume. Et donc celui qui ne se conçoit pas sans son péché n'y a pas sa place non plus.
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).