Poursuivant son propos sur la vie du Royaume, Paul attire l’attention sur sa caractéristique la plus importante: ceux qui sont appelés à une telle vie...
Poursuivant son propos sur la vie du Royaume, Paul attire l’attention sur sa caractéristique la plus importante: ceux qui sont appelés à une telle vie doivent toujours conserver un état de sanctification (v. 7; dans la traduction synodale, la sanctification est généralement appelée «sainteté»). Ici, l’apôtre poursuit manifestement la tradition formée déjà au temps où fut écrite la seconde partie du Livre du Lévitique (Lv 19-27): c’est précisément là qu’a retenti pour la première fois l’appel non pas simplement à la pureté, qui avait déjà retenti auparavant, mais à une vie sanctifiée (Lv 1-2).
Paul appelle aussi les destinataires de sa lettre à une vie sanctifiée (v. 3-7). Il semblerait donc que les appels de l’apôtre n’aient rien de fondamentalement nouveau. Mais les choses ne sont tout de même pas exactement ainsi: l’appel est bien resté le même, mais les circonstances ont changé de manière fondamentale. Auparavant, l’appel à une vie sanctifiée résonnait précisément comme un appel et un souhait; maintenant, il résonne comme une exigence. Il n’y a rien d’étonnant à un tel changement: auparavant, il s’agissait de justice dans ce monde-ci, pas encore transfiguré; maintenant, il s’agit du Royaume auquel Paul appelle ses auditeurs et ses lecteurs. Dans le monde non transfiguré, la question de la vie sanctifiée est avant tout la question de la justice dans toute sa plénitude: car la sanctification suppose la transfiguration de la nature humaine, sans laquelle elle n’est pas capable d’une vie juste, si toutefois l’on comprend la justice non comme l’observance formelle d’un certain code moral, mais comme l’acquisition de la Torah intérieure.
Cependant la Torah n’a jamais exigé de l’homme une telle justice; elle la proposait seulement comme un idéal auquel elle appelait à tendre. Mais l’idéal et les cas exceptionnels de notre monde, encore non transfiguré, sont manifestement la norme pour le Royaume; aussi l’apôtre, à la suite du Sauveur Lui-même, appelle-t-il les fidèles à une vie sanctifiée non comme à quelque chose d’exceptionnel, mais comme à la norme sans laquelle il est impossible de devenir habitant du Royaume. Et cela signifie qu’il est impossible aussi d’être chrétien.