Le commandement du Christ d'aimer ses ennemis, ceux qui nous offensent et ceux qui nous persécutent, est peut-être l'un des commandements les plus difficiles à accomplir pour nous. Bien sûr, on peut dire que l'on aime tout le monde, que l'on pardonne tout à tous et que l'on n'a pas d'ennemis, mais rares sont ceux qui peuvent le prononcer sincèrement. Car n'importe qui peut devenir l'ennemi d'un homme, même les personnes les plus proches; en réalité, c'est d'abord entre proches que surgissent le plus de tensions, ce sont eux qui blessent le plus douloureusement, c'est de leur part qu'il faut supporter les persécutions les plus lourdes. C'est peut-être pourquoi le Seigneur a dit ailleurs: « Les ennemis de l'homme seront les gens de sa maison » (Mt 10:36).
Et pourtant il nous appelle à aimer les ennemis, proches ou lointains. Et nous essayons de prier et de bénir non pas ceux qui nous plaisent, ceux qui nous font « du bien », mais ceux qu'il est le plus difficile d'aimer, ceux qui nous font souffrir. Quelqu'un peut qualifier cette approche de masochiste, mais elle ne l'est pas: elle est précisément ce que le christianisme peut opposer au masochisme, l'humilité et la douceur qui nous sont commandées non parce qu'il serait ainsi plus facile de vivre, mais parce qu'elles sont une caractéristique inséparable de notre Seigneur lui-même. Nous ne sommes pas obligés de suivre sa manière d'agir; mais si nous voulons comprendre ce qu'est le véritable amour, le véritable bonheur, il nous faudra apprendre à pardonner aux ennemis.
