Poursuivant ses réflexions sur le Royaume et la justice, l’apôtre pose une question rhétorique : si l’action de la grâce de Dieu devient particulièrement visible sur le fond du péché où demeure l’humanité déchue...
Poursuivant ses réflexions sur le Royaume et la justice, l’apôtre pose une question rhétorique : si l’action de la grâce de Dieu devient particulièrement visible sur le fond du péché où demeure l’humanité déchue, cela signifie-t-il que même les péchés commis par les chrétiens sont utiles à Dieu (v. 1) ? Si l’histoire de la Torah et du Royaume est telle que le Royaume entre dans le monde lorsque le monde manifeste pleinement son péché, peut-être la biographie spirituelle d’une personne particulière ou d’une communauté chrétienne particulière doit-elle aussi comprendre, pour ainsi dire, une étape de « mise en évidence du péché », afin de laisser place à l’action de la grâce de Dieu ? Mais Paul rejette aussitôt cette possibilité, en indiquant que maintenant que le Royaume est entré dans le monde, la situation est devenue autre, et qu’il ne vaut pas la peine de reproduire l’histoire du salut à l’exemple de sa propre vie. Il parle d’autres processus spirituels, inséparables de l’essentiel qui a commencé avec la venue de Jésus-Christ dans le monde. Il rappelle que le lavement (le baptême) par lequel est lavé chacun de ceux qui entrent dans l’Église, au nom de Jésus-Christ, n’est rien d’autre qu’une participation à la mort dont le Christ est mort sur la croix (v. 3).
Cela peut paraître quelque peu étrange, car la mort du Sauveur sur la croix n’était qu’une étape de Son chemin, qui s’achève pourtant non par la mort, mais par la résurrection. Mais les développements suivants de Paul éclairent ce qu’il voulait dire en parlant du « baptême dans la mort ». Il parle d’une ressemblance avec la mort sur la croix, qui unit le chrétien à Jésus dans Sa résurrection (v. 5). La logique de l’apôtre est simple : le péché ne tient l’homme captif que tant qu’il vit (v. 7). La mort le libère, de sorte que le péché n’a plus de pouvoir sur lui (v. 6). Mais la mort peut être soit un départ vers le shéol, comme elle le fut pour d’innombrables générations ayant vécu avant la venue du Sauveur dans le monde, soit un pas vers une vie nouvelle, la vie du Royaume, que les fidèles peuvent partager avec Jésus ressuscité (v. 8-9). Pour Paul, à ce qu’on voit, la vie et la mort ne sont pas des états de l’existence humaine qui se succèdent, mais des formes de relation avec Dieu, ayant des degrés différents de plénitude, depuis le Royaume, où la plénitude est absolue, jusqu’au shéol, où les relations elles-mêmes sont presque totalement absentes. Et la justice et le péché sont deux chemins : l’un mène à l’affermissement et à l’approfondissement de la relation avec Dieu, pour s’achever dans le Royaume ; l’autre mène à sa destruction, pour s’achever dans le shéol. Jésus a parcouru Son chemin terrestre, le chemin du juste qui a vaincu la mort (v. 10). Mais le Royaume n’est pas encore entré dans le monde dans toute sa plénitude, et le chrétien qui cherche le Royaume doit comprendre que chacun de ses péchés devient désormais un obstacle non seulement sur son propre chemin vers le Royaume, mais aussi sur le chemin du Royaume dans le monde (v. 11-13). Avant la venue du Messie, la question du péché humain était, en un certain sens, une question privée.
Certes, le péché a toujours séparé l’homme de Dieu. Mais auparavant, la question était seulement celle de la pureté ou de l’impureté, celle de savoir si l’homme était prêt ou non pour cette rencontre avec Dieu qui avait lieu auprès de l’autel. Désormais, la question du péché humain est devenue une question globale, la question du Royaume : l’homme entrera-t-il dans le Royaume ou non ? Et portera-t-il le Royaume dans le monde, ou restera-t-il à l’écart ? L’histoire de la Torah et de la justice s’est achevée avec la venue du Sauveur. L’histoire du Royaume conquérant le monde a commencé. Et, comme dans toute guerre, chaque pas ici peut être un pas qui mène à la mort. Ou un pas qui mène à la vie.