Dieu peut-Il annuler Sa décision? Et s'Il le peut, dans quels cas? Qu'est-ce que le destin, la fatalité, la prédestination? Existent-ils? C'est l'expérience prophétique qui répond le mieux à cette question. On considère souvent les prophètes comme des prédicteurs des événements à venir...
Dieu peut-Il annuler Sa décision? Et s'Il le peut, dans quels cas? Qu'est-ce que le destin, la fatalité, la prédestination? Existent-ils? C'est l'expérience prophétique qui répond le mieux à cette question. On considère souvent les prophètes comme des prédicteurs des événements à venir, à qui Dieu Lui-même révèle Ses plans afin qu'ils soient connus des hommes.
Mais en est-il ainsi? La langue biblique ne connaît pas de mot que d'autres langues rendent par des notions comme le sort, le fatum ou le destin. La Bible n'y recourt pas du tout. Dans ce cas, naturellement, il n'y a pas lieu de parler d'une quelconque prédestination: car elle est impossible s'il n'y a rien de programmé d'avance. Ninive devait périr, elle semblait condamnée, mais ses habitants se repentirent de leurs péchés et se tournèrent vers Dieu; et Lui, voyant leur repentir, annula la fin déjà, comme même Jonas le pensait, inévitable.
Une question naturelle se pose: qu'en est-il alors des plans et des desseins de Dieu? Comment peut-on en général planifier quoi que ce soit si l'on ne sait jamais exactement si les événements se produiront comme prévu? Pourtant, lorsqu'il s'agit de nous-mêmes, nous nous trouvons précisément dans cette situation et nous sommes tout de même capables de planifier nos actions et souvent de réaliser ce que nous avons conçu, si bien sûr quelque chose ne va pas complètement autrement que nous ne l'avions prévu. Le but reste le même; seuls changent les moyens de l'atteindre. Pourquoi donc devrions-nous nous étonner que Dieu aussi agisse souvent de cette manière?
Il pourrait agir autrement; Il pourrait simplement réaliser Son plan sans prêter aucune attention à nous et à notre choix. Il pourrait ne rien nous pardonner et ne donner à chacun de nous qu'une seule chance. Mais Il ne veut pas seulement réaliser ce qu'Il a conçu; Il veut le faire de telle sorte que nous soyons impliqués dans Ses affaires aussi profondément que possible. Non parce qu'Il ne s'en sortirait pas sans nous, mais parce qu'être impliqués dans Ses affaires signifie aussi devenir participants de Ses plans et, à la fin, si bien sûr nous ne partons pas nous-mêmes, habitants de Son Royaume. Un Royaume sans lequel il n'y a pas lieu de parler ni de salut ni de vie.
3 Jonah's mission renewed and executed, Jon 3:1-4.
The humiliation and reformation of the Ninevites, Jon 3:5-9.
Their sentence revoked, Jon 3:10.
Ce petit livre diffère de tous les autres livres prophétiques. C’est uniquement un récit : il raconte l’histoire d’un prophète désobéissant qui veut d’abord se dérober à sa mission et qui ensuite se plaint à Dieu du succès inattendu de sa prédication. Le héros à qui est attribuée cette aventure un peu ridicule est un prophète contemporain de Jéroboam II, mentionné en 2 R 14.25. Mais le livret ne se présente pas comme étant son œuvre et effectivement ne peut pas être de lui. La « grande ville » de Ninive, détruite en 612, n’est plus qu’un lointain souvenir, la pensée et l’expression empruntent aux livres de Jérémie et d’Ézéchiel, la langue est tardive. Tout invite à placer la composition après l’Exil, dans le courant du Ve siècle. Le psaume, 2.3-10, qui est d’un genre littéraire différent et qui n’a aucun rapport avec la situation concrète de Jonas ni avec l’enseignement du livre, a été ajouté après coup.
Cette date basse doit déjà mettre en garde contre une interprétation historique. Celle-ci est écartée aussi par d’autres arguments : Dieu peut changer les cœurs, mais la subite conversion au Dieu d’Israël du roi de Ninive et de tout son peuple aurait laissé des traces dans les documents assyriens et dans la Bible. Dieu est aussi maître des lois de la nature, mais les prodiges sont ici accumulés comme autant de « bons tours » joués par Dieu au prophète : la tempête subite, Jonas désigné par le sort, le poisson monstrueux, le ricin qui pousse en une nuit et qui sèche en une heure, et le tout est raconté avec une ironie non déguisée, bien étrangère au style de l’histoire.
Le livre est destiné à plaire, et aussi à instruire : c’est un récit didactique, et son enseignement marque l’un des sommets de l’Ancien Testament. Brisant avec une interprétation étroite des prophéties, il affirme que les menaces, même les plus catégoriques, sont l’expression d’une volonté miséricordieuse de Dieu, qui n’attend que la manifestation du repentir pour accorder son pardon. Si l’oracle de Jonas ne se réalise pas, c’est qu’en effet les décrets de destruction sont toujours conditionnels. Ce que Dieu veut, c’est la conversion, et la mission du prophète est donc parfaitement réussie, cf. Jr 18.7-8.
Brisant avec le particularisme dans lequel la communauté postexilique était tentée de s’enfermer, ce livre prêche un universalisme extraordinairement ouvert. Ici, tout le monde est sympathique, les marins païens du naufrage, le roi, les habitants et jusqu’aux animaux de Ninive, tout le monde sauf le seul Israélite qui soit en scène, et c’est un prophète, Jonas ! Dieu sera indulgent pour son prophète rebelle, mais surtout, sa miséricorde s’étend même à l’ennemie la plus honnie d’Israël.
On est tout près du Nouveau Testament : Dieu n’est pas seulement le Dieu des Juifs, il est aussi le Dieu des païens, car il n’y a qu’un seul Dieu, Rm 3.29. Dans Mt 12.41 et Lc 11.29-32, Notre Seigneur donnera en exemple la conversion des Ninivites, et Mt 12.40 verra dans Jonas enfermé dans le ventre du monstre la figure du séjour du Christ au tombeau. Cet emploi de l’histoire de Jonas ne doit pas être invoqué comme une preuve de son historicité : Jésus utilise cet apologue de l’Ancien Testament comme les prédicateurs chrétiens utilisent les paraboles du Nouveau ; c’est le même souci d’enseigner par des images familières aux auditeurs, sans qu’un jugement soit porté sur la réalité des faits.