Le désert n’est pas l’Égypte, et le peuple le comprit très vite. La première réaction fut la déception : mieux valait retourner en Égypte ; là-bas on pouvait mourir, mais au moins il y avait une vie normale...
Le désert n’est pas l’Égypte, et le peuple le comprit très vite. La première réaction fut la déception : mieux valait retourner en Égypte ; là-bas on pouvait mourir, mais au moins il y avait une vie normale, plus ou moins rassasiée. Mieux vaut mourir près des marmites de viande que dans un désert sans eau ; au moins, on aurait moins de regret pour la vie vécue. Ce n’était pourtant pas encore le problème le plus grave. La première réaction devant des conditions inconnues et extrêmes est rarement adéquate, surtout dans une grande masse de gens.
La réponse de Dieu à cette réaction du peuple fut des miracles que l’on aurait pu, si on l’avait voulu, attribuer à une coïncidence, mais au sujet desquels il était clair pour tous qu’il s’agissait précisément d’un miracle, d’une intervention de Dieu, même si tout paraissait entièrement naturel. Il fallait faire comprendre au peuple que Dieu ne l’abandonnait pas, qu’Il accompagnait ceux qu’Il avait fait sortir d’Égypte, même si ceux qui marchaient dans le désert avaient l’impression d’être restés tout à fait seuls et de n’avoir personne en qui espérer, sinon leurs chefs. Ces leçons n’étaient pas si difficiles, même si la défiance envers Dieu persista longtemps dans le peuple. D’un côté, chaque fois que Dieu intervenait, les gens semblaient convaincus : Dieu est réellement avec eux, Il ne les abandonne pas.
De l’autre, dès qu’une situation critique surgissait de nouveau, ils semblaient oublier ce qu’ils savaient et ce dont ils avaient déjà eu l’occasion de se convaincre, retombant dans la panique et exigeant une aide immédiate de Moïse ou d’Aaron. Il fallait ici un simple entraînement qui formerait chez le peuple la réaction appropriée devant une situation critique, une réaction qui supposerait non la panique, mais le recours immédiat de chacun à Dieu. Plus difficile était autre chose : apprendre au peuple à marcher derrière Dieu, littéralement pas à pas, en accomplissant exactement ce qui était ordonné. L’histoire de la viande gardée pour le lendemain, ou de la manne que certains sortirent ramasser le shabbat, parle d’elle-même.
La volonté de Dieu, en l’occurrence par le prophète de Dieu, par Moïse, est énoncée avec une clarté parfaite, et tous les événements précédents auraient dû faire comprendre qu’il faut simplement écouter Dieu et faire ce qui est dit, au lieu d’essayer de prendre des initiatives là où elles sont moins nécessaires que partout ailleurs. Or, dans l’état déchu, c’est précisément cela qui est le plus difficile à l’homme : il faut simplement se confier à Dieu, mais se confier sans réserve, en renonçant entièrement à contrôler ce que l’homme ne peut de toute façon pas contrôler.
Il est inutile d’essayer de modéliser le lendemain, et il est encore plus absurde d’essayer de prévenir des problèmes qui n’existent que dans le cadre d’un modèle inventé, mais nullement dans la réalité. Se défaire d’une telle « planification » était bien plus difficile que de perdre l’habitude de paniquer à propos de chaque situation critique. Dieu, pourtant, s’efforce tout de même d’en détourner le peuple ; autrement il lui sera difficile d’atteindre la terre qui lui a été promise, de la conquérir et d’y vivre.