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La Bible en cinq ans pour le 14 janvier 2025

La Bible de Jérusalem (fr)

Ecclésiaste (or Qohélet), Chapitre 12

Deuxième partie> 7 L’âge., 9 Épilogue.
Et souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence,
avant que viennent les jours mauvais
et qu’arrivent les années dont tu diras : « Je ne les aime pas »;
avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière,
la lune et les étoiles,
et que reviennent les nuages après la pluie ;
au jour où tremblent les gardiens de la maison,
où se courbent les hommes vigoureux,
où celles qui meulent, trop peu nombreuses, s’arrêtent,
où celles qui regardent par la fenêtre perdent leur éclat.
Quand la porte est fermée sur la rue,
quand tombe la voix du moulin,
quand on se lève à la voix de l’oiseau,
quand se taisent toutes les chansons.
Quand on redoute la montée
et qu’on a des frayeurs en chemin.
Et l’amandier est en fleur,
et la sauterelle est pesante,
et le câprier s’épanouit.
Tandis que l’homme s’en va vers sa maison d’éternité
et les pleureurs tournent déjà dans la rue.
Avant que lâche le fil d’argent,
que la coupe d’or se brise,
que la jarre se casse à la fontaine,
que la poulie se rompe au puits
et que la poussière retourne à la terre comme elle en est venue,
et le souffle à Dieu qui l’a donné.
Vanité des vanités, dit Qohélet, tout est vanité.
Sans compter que Qohélet fut un sage, il a encore enseigné au peuple le savoir ; il a pesé, examiné et corrigé beaucoup de proverbes ;
10 Qohélet s’est efforcé de trouver des paroles plaisantes et d’écrire exactement des paroles de vérité.
11 Les paroles des sages sont comme des aiguillons et comme des piquets, plantés par les auteurs des recueils : c’est le don d’un pasteur unique.
12 En plus de cela, mon fils, sois averti que faire des livres est un travail sans fin et que beaucoup d’étude fatigue le corps.
13 Fin du discours. Tout est entendu. Crains Dieu et observe ses commandements, car c’est là tout l’homme :
14 oui, Dieu fera venir toute œuvre en jugement, tout ce qu’elle recèle de bon ou mauvais.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 t) Ce très beau poème, plein d’émotion et de nostalgie, évoque la vieillesse de façon plus ou moins métaphorique ; mais il est parfois difficile de saisir la portée exacte de ces métaphores. Avec un courant d’interprétation rabbinique, on a parfois voulu y lire l’évocation des diverses parties du corps (cf. surtout v. 3, les bras, les dents et les yeux) ; mais cette interprétation physiologique ne s’impose pas. On peut y voir aussi la description de la vieillesse comme de l’hiver de la vie, mais un hiver qui, à la différence de celui de la nature, ne cède plus la place à aucun printemps.


3 u) Littéralement « s’obscurcissent ».


4 v) Littéralement « s’abaissent les filles du chant ». Cf. Isa 29.4.


5 w) On peut aussi comprendre « perd son goût » en lisant un passif wetuppar au lieu de la forme wetaper non attestée. La traduction adoptée garde l’image du retour de la belle saison la vie va quitter l’homme au moment même où la nature ressuscite. La sauterelle est « pesante », soit parce qu’elle est repue (encore une image du printemps), soit au contraire parce que le moindre poids est une charge pour le vieillard.


6 x) « lâche » yerateq qeré, Targ. ; « s’éloigne » yirhaq ketib ; versions « soit rompu ».


7 y) Ce qui dans l’homme est de la terre y retourne. Mais comme rien ici-bas ne peut le satisfaire, tout en lui ne vient pas de la terre, et ce qui est de Dieu retourne à Dieu.


8 z) Le livre se termine comme il avait commencé, mais on mesure le chemin parcouru. Il a appris à l’homme sa misère, mais aussi sa grandeur, en lui montrant que ce monde n’est pas digne de lui. Il le provoque à une religion désintéressée, à une prière qui soit l’adoration de la créature consciente de son néant en présence du mystère de Dieu. Cf. le Ps 39.


9 a) Le premier épilogue (9-11) est l’œuvre d’un disciple de Qohélet, qui fait l’éloge de son livre. Le second épilogue (12-14) provient d’un juif pieux pour qui la crainte de Dieu est le principe de la sagesse (cf. Qo 3.14 ; 5.6 ; 7.18 ; 8.12).


11 b) « par les auteurs » mibba`alê grec ; TM omet le mem et coupe la phrase autrement (« ... aiguillons, et les auteurs de recueils sont comme des piquets bien plantés »). — Aiguillons et piquets stimulent ou arrêtent le troupeau.


11 c) Il peut s’agir de Salomon, patron des sages, ou de Dieu, inspirateur de Qohélet.


Ce petit livre s’intitule « Propos de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem ». Le mot « Qohélet », cf. Ec 12, 12 ; 7.27 ; 12.8-10, n’est pas un nom propre mais un nom commun employé parfois avec l’article ; bien que sa forme soit féminine, il se construit au masculin. D’après l’explication la plus vraisemblable, c’est un nom de fonction qui désigne celui qui parle dans l’assemblée (qahal, en grec ekklèsia, d’où les titres latin et français, transcrits de la Bible grecque), en somme le « Prédicateur ». Il est dit « fils de David et roi dans Jérusalem », cf. Ec 1.12, et, bien que le nom ne soit pas écrit, il est certainement identifié avec Salomon à qui le texte fait clairement allusion, Ec 1.16 (cf. 1 R 3.12 ; 5.10-11 ; 10.7) ou Ec 2.7-9 (cf. 1 R 3.13 ; 10.23). Mais cette attribution n’est qu’une fiction littéraire de l’auteur qui met ses réflexions sous le patronage du plus illustre des sages d’Israël. La langue du livre et sa doctrine, sur laquelle on va revenir, interdisent de le placer avant l’Exil. On a souvent contesté l’unité d’auteur et l’on a distingué deux, trois, quatre et jusqu’à huit mains différentes. Mais beaucoup d’incohérences s’expliquent si l’on discerne un certain nombre de citations faites par Qohélet et ensuite critiquées par lui. L’épilogue (Ec 12.9-14) est dû à deux mains distinctes : l’une (9-11) est celle d’un disciple fervent ; la seconde (12-14), d’un juif pieux qui exhorte à craindre Dieu et à observer ses commandements.

Comme en d’autres livres sapientiaux, ainsi Job et l’Ecclésiastique, pour ne rien dire des Proverbes qui sont composites, la pensée va et vient, elle se reprend et se corrige. Il n’y a pas de plan défini, mais ce sont des variations sur un thème unique, la vanité des choses humaines, qui est affirmé au début et à la fin du livre, Ec 1.2, 12.8. Tout est décevant : la science, la richesse, l’amour, la vie même. Celle-ci n’est qu’une suite d’actes décousus et sans portée, Ec 3.1-11, qui s’achève par la vieillesse, Ec 12.1-7, et par la mort, laquelle frappe également sages et fous, riches et pauvres, bêtes et hommes, Ec 3.14-20. Le problème de Qohélet est celui de Job : le bien et le mal ont-ils leur sanction ici-bas ? Et, comme la réponse de Job, celle de Qohélet est négative, car l’expérience contredit les solutions reçues, Ec 7.25-8.14. Seulement, Qohélet est un homme en bonne santé, il ne cherche pas comme Job les raisons de la souffrance, il constate l’inanité du bonheur et il se console en cueillant les joies modestes que peut donner l’existence, Ec 3.12-13 ; 8.15 ; 9.7-9. Disons plutôt qu’il cherche à se consoler, car il est d’un bout à l’autre insatisfait. Le mystère de l’au-delà le tourmente, sans qu’il entrevoie une solution au problème du Shéol, Ec 3.21 ; 9.10 ; 12.7. Mais Qohélet est un croyant et, s’il est déconcerté par le tour que Dieu donne aux affaires humaines, il affirme que Dieu n’a pas de comptes à rendre, Ec 3.11, 14 ; 7.13, qu’on doit accepter de sa main les épreuves comme les joies, Ec 7.14 (cf. 1 S 2.6 ; Jb 2.10). À Qohélet comme à Job, la réponse ne peut être donnée que par l’affirmation d’une sanction d’outre-tombe.

Le livre a le caractère d’une œuvre de transition. Les assurances traditionnelles sont ébranlées mais rien de ferme ne les remplace encore. Dans ce tournant de la pensée hébraïque, on a cherché à discerner des influences étrangères qui se seraient exercées sur Qohélet. Il faut écarter les rapprochements souvent proposés avec les courants philosophiques du stoïcisme, de l’épicurisme et du cynisme, que Qohélet aurait pu connaître par l’intermédiaire de l’Égypte hellénisée ; aucun de ces rapprochements n’est décisif et la mentalité de l’auteur est très éloignée de celle des philosophes grecs. On a établi des parallèles, en apparence plus valables, avec des compositions égyptiennes comme le Dialogue du Désespéré avec son âme ou les Chants du Harpiste et, plus récemment, avec la littérature mésopotamienne de sagesse et avec l’Épopée de Gilgamesh où figure déjà le proverbe « le fil triple ne rompt pas » (cf. Ec 4.1), ainsi que l’exhortation au Carpe Diem (cf. Ec 9.7ss.). Mais on ne peut démontrer l’influence directe d’aucune de ces œuvres. Les rencontres se font sur des thèmes qui sont parfois très anciens et qui étaient devenus le bien commun de la sagesse orientale. C’est sur cet héritage du passé que Qohélet a exercé sa réflexion personnelle, comme le dit son éditeur, Ec 12.9.

Qohélet est un Juif de Palestine, probablement de Jérusalem même. Il écrit un hébreu tardif, semé d’aramaïsmes, et il emploie deux mots perses (pardes, Ec 2.5 ; pitgam, Ec 8.11). Cela suppose une date assez postérieure à l’Exil, mais antérieure au début du IIe siècle av. J.-C., où Ben Sira a utilisé le livret ; de fait, la paléographie situe aux environs de 150 av. J.-C. des fragments de Qo trouvés dans les grottes de Qumrân. Le IIIe siècle est donc la date de composition la plus vraisemblable. C’est le temps où la Palestine, soumise aux Ptolémées, est atteinte par le courant humaniste et ne connaît pas encore le sursaut de foi et d’espérance de l’époque des Maccabées.

Le livre ne marque qu’un moment dans le développement religieux et il ne faut pas le juger en le détachant de ce qui l’a précédé et de ce qui le suivra. En soulignant l’insuffisance des conceptions anciennes et en forçant les esprits à affronter les énigmes humaines, il appelle une révélation plus haute. Il donne une leçon de détachement des biens terrestres et, en niant le bonheur des riches, il prépare le monde à entendre que « bienheureux sont les pauvres », Lc 6.20.

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