Paul accorde une très grande valeur à l’amour fraternel, même lorsqu’il s’agit de chaque membre particulier de l’Église. Aujourd’hui, une telle manière de voir nous paraîtrait sans doute un peu...
Paul accorde une très grande valeur à l’amour fraternel, même lorsqu’il s’agit de chaque membre particulier de l’Église. Aujourd’hui, une telle manière de voir nous paraîtrait sans doute un peu étrange. Nous sommes davantage habitués à penser que c’est nous qui avons besoin de l’amour de l’Église, et non elle du nôtre. Mais pour Paul, comme on le voit, le processus est réciproque. Rien d’étonnant à cela. En effet, si l’Église était une organisation, même religieuse, prise comme un tout, elle dépasserait toujours et en tout chacun de ses membres, même le plus remarquable. Mais l’Église n’est pas une organisation religieuse : elle est une communauté de personnes qui vivent dans le Royaume. Ici, il existe des relations profondes et personnelles entre les personnes, mais il n’existe pas cette totalité ou cet ensemble qui serait d’avance plus important que n’importe quelle personne particulière. Le Royaume ne connaît ni masse, ni collectif, ni ensemble. Il ne connaît que la personne particulière. Et l’Église (la véritable, celle qui s’écrit avec une majuscule) ne connaît pas non plus la foule ni le collectif ; elle ne connaît que la personne particulière et la communauté, comme communion de telles personnes dans toute la profondeur et l’unicité de leurs relations entre elles. Ici, chaque personne est donc vraiment importante. Et l’amour de chacun peut vraiment soutenir toute l’Église (l’apôtre, dans la tradition de l’Église primitive, appelle les membres de l’Église des « saints »). Il apparaît alors que non seulement chacun dépend de l’Église, mais que l’Église dépend de chacun. Elle en dépend, bien sûr, non pas comme nous dépendons les uns des autres dans le monde non transfiguré, incapables de nous passer les uns des autres et en même temps incapables de vivre les uns avec les autres, mais comme on dépend les uns des autres dans le Royaume, en étant liés par des relations qu’on ne peut évidemment en aucun cas considérer comme obligatoires au sens où le monde non transfiguré comprend les obligations, mais qui nous sont pourtant absolument nécessaires, tout comme nous sont nécessaires les personnes auxquelles ces relations nous lient et sans lesquelles nous n’aurions personne avec qui partager cette plénitude de la vie du Royaume que nous recevons en y ayant part. Et cette disponibilité au partage est sans doute ce qui distingue le Royaume du monde non transfiguré. Ici, on entre en relation pour recevoir ; là-bas, pour donner. Et chacun qui donne, chacun qui est prêt à partager ce qu’il possède, devient dans le Royaume une figure visible. Visible au point que toute l’Église le connaît.
2 a) Var. « notre bien-aimée » ou « notre sœur bien-aimée ».
6 b) C’est-à-dire le sens de la communion avec le Christ et avec les frères dans le Christ (cf. 1 Co 1.9), que la foi établit dans le cœur du fidèle. De cette foi pénétrée de charité, v. 5, cf. Ga 5.6, Paul attend une direction pratique de la vie morale et charitable.
9 c) Le terme utilisé fait penser que Paul aurait entre 50 et 60 ans.
10 d) En le convertissant à la foi, cf. 1 Co 4.15 ; Ga 4.19.
11 e) Jeu de mots sur le nom d’Onésime, qui signifie « utile ». Cf. Ph 4.3.
12 f) « et lui... » var. (Vulg.) « mais toi, reçois-le comme mon propre cœur », cf. v. 17.
15 g) Retiré par Dieu, qui a permis la fuite de l’esclave pour le bien final de tous.
16 h) Aux liens naturels « dans la chair » (sens littéral du grec. cf. Rm 7.7) entre l’esclave et le maître se sont ajoutés des liens « dans le Seigneur ». Sans cesser d’être esclave, cf. 1 Co 7.20-24, bien que Paul suggère à Philémon de l’affranchir, 1.14-16, 21. Onésime sera désormais pour Philémon un frère. Devant le seul Seigneur des cieux, Ep 6.9, il n’y a plus ni maître ni esclave, 1 Co 12.13 ; Col 3.22-25.
L’authenticité de l’épître à Philémon n’a pas été mise en doute. On la rapproche généralement de Col et Ep parce que Paul est alors prisonnier 1, 9s, 13, 23 ; Col 4.3, 10 ; Ep 3.1 ; 4.1 ; 6.20, et parce que les noms de ses compagnes, 1.12, 23-24, apparaissent en Col 4.10-14. En conséquence, on les date des années 61-63. Mais les études récentes se refusent à donner une valeur décisive à ces indications et considèrent que l’emprisonnement de Paul à Éphèse (à un moment donné durant les années 52-54) serait un contexte plus approprié, particulièrement si l’on pense à la proximité entre Éphèse et Colosses, qui est la résidence supposée de Philémon, 22, cf. Col 4.9. Cette courte lettre annonce, à un chrétien de Colosses, converti par Paul, v. 19, le retour de son esclave fugitif Onésime, lui aussi gagné au Christ par l’Apôtre, v. 10. Ce billet autographe, v. 19, jette un jour précieux sur le cœur délicat de Paul ; il a aussi l’intérêt de nous confirmer sa solution du problème de l’esclavage, Rm 6.15 : même s’ils gardent leurs relations sociales d’antan, le maître et l’esclave chrétiens doivent vivre désormais comme deux frères au service du même Maître, v. 16, cf. Col 3.22–4.1.