La lecture d'aujourd'hui nous ramène comme aux temps du ministère terrestre du Sauveur, lorsque les principaux signes de la proximité du Royaume étaient les miracles et les guérisons. Le salut miraculeux de Paul lui-même et de ses compagnons ne fut que le commencement. Il fut suivi du miracle avec le serpent (v. 3-6) et des nombreuses guérisons accomplies par les prières de l'apôtre (v. 7-9). Tout cela n'était rien d'autre que le témoignage que le Royaume dont parlait Jésus était réellement entré dans le monde et s'y répandait, y faisant participer toujours de nouvelles personnes.
Le miracle avec le serpent est particulièrement intéressant à cet égard. La première réaction des témoins de l'incident fut la perplexité: qu'est-ce que Paul avait donc dû commettre pour que les dieux, même après lui avoir permis de mettre le pied sur le rivage, aient tout de même décidé de lui ôter la vie (v. 4)? Il n'est pas étonnant qu'ils aient pris l'apôtre pour un meurtrier recevant le châtiment mérité. Toutefois, lorsque tout se termina heureusement, les mêmes personnes étaient déjà prêtes à considérer Paul comme un dieu (v. 6).
Cependant, tout ce qui est arrivé montre clairement comment le monde change en devenant une partie du Royaume. Dans le monde qui n'est pas encore transfiguré par l'action de Dieu, le mal est pratiquement tout-puissant, et l'homme, au fond, n'est pas capable de lui résister, pas plus qu'il ne peut surmonter l'effet du venin de serpent. Dans le monde déchu, il ne s'agit pas de résister au mal, mais d'essayer de l'éviter; et si l'homme y parvient, on le considère comme heureux. Dans le Royaume, tout est autrement: ici le mal devient impuissant, et même le venin du serpent ne peut nuire à celui qui y demeure déjà. Il ne s'agit pas du fait que la force du Royaume serait une sorte d'antidote universel particulier, mais du fait que, dans le Royaume, tout change très réellement, y compris les lois mêmes de la nature, de sorte que les substances qui, dans notre monde pas encore transfiguré, tuaient l'homme, ne peuvent plus désormais lui faire de mal.
Il n'est pas étonnant que les païens aient commencé à considérer Paul comme un dieu: car, de leurs dieux, les anciens pensaient qu'ils n'étaient pas soumis aux lois naturelles selon lesquelles vit tout le monde terrestre. Ainsi le miracle avec le serpent devient un témoignage du Royaume, compréhensible à sa manière même pour les païens.
